Je synthétise dans le schéma qui suit des questionnements qui me suivent depuis un moment sur la question de la communication moderne à trois acteurs, caractéristique du schéma actuel de la communication. Cela reste une réflexion personnelle, non sourcée,  même si je pense qu’elle est aujourd’hui fondée.

Les différentes couches de couleur renvoie à l’évolution de cette communication. L’idée de couche vient elle-même de la notion de couche de langage qui est au cœur de l’informatique.

Du rouge vers le blanc

  • la communication peu ou non médiée entre deux personnes
  • la communication informatique de base d’un ordinateur qui part des langages vers les interfaces graphiques et dont le système d’exploitation/Opérating system est le centre
  • La communication des ordinateurs entre eux qui constitue l’infrastructure de la #machine et dont le coeur est la notion de réseau technique dont Internet (interconnected network) est le symbole. Ici on va retrouver les notions de clients/serveur (ne pas oublier l’architecture en pairs à pairs) et de base de données
  • La communication de contenus avec au centre la communication des sites internet, le web et l’externalisation vers ce dernier de tous les contenus et de tous les logiciels, le cloud d’une part et le magasin d’applicationsde l’autre
  • La communication fortement médiée des gens via les médias sociaux (processus) et dans le même temps la documentarisation de soi avec au centre le message, <maj 20160529> de plus en plus sous forme d’image conversationnelle, accompagné par la surabondance des notifications qui accompagne la mise en temps réel du monde côté usage et la mise en métadonnées, côté machine </maj 20160529>, et le profil. <maj 20160529> Si, parmi les médias sociaux, les réseaux sociaux ont pu capter les usages, ce qui est en train d’émerger aujourd’hui, c’est les messageries instantanées auxquelles sont associées des galaxies de micro-services comme, par exemple, la commande de repas</maj 20160529>.
  • La communication des objets entre eux avec au centre la question de la mobilité dans les espaces multiples des corps humains et celle de l’accélération du temps. <maj 20160529> Il s’agit aussi d’envisager l’automatisation de la relation entre un individu et un serveur, via un objet connecté. En parallèle de cette évolution, on observe également l’automatisation de #mise en relation, notamment de travail en ce qui concerne des plateformes comme Über ou Blablacar, mais aussi amoureuse, amicale, d’intérêt partagé… Au final, ce qui est envisagé, c’est l’augmentation du temps de présence au numérique et la captation de l’attention.</maj 20160529>
  • Le blanc c’est pour l’avenir

Cette évolution impacte plusieurs rapports classiques

  • privé/public, le débat est suffisamment connu. Tout devient public en même temps que la protection de notre privé devient notre préoccupation essentielle au détriment, à mon sens de l’engagement dans l’espace public qu’est devenu le numérique
  • intime/social.J’ai parfois l’impression qu’il y a une confusion avec le précédent rapport. Il s’agit là de considérer la communication comme un partage plus ou moins proche du corps et de ce qui en sort (intime) vers #autrui(les proches/intimes)
  • connu/reconnu, c’est là aussi un débat classique entre d’une part la connaissance/reconnaissance de ma personne (côté processus – qui je suis) comme de mon identité (côté document – qui je déclare/qui je suis déclaré être). Dans le même temps, cette question est doublé par l’autre aspect du terme de connaissance : ce que je sais et que j’applique (connaissance/compétence), ce que je sais et que j’externalise par mes discours (Savoir).
  • individu/communauté doublonne peut être avec ce que je viens de dire plus haut. Il s’agit de voir la communication comme un partage entre soi et les autres. Toute la question étant alors de caractériser les objets en partage : besoins individuels, intérêts, conversation, action. Il me semble que l’on peut reprendre là un rapport ancien entre action et contemplation.
  • entresoi/audience. Est un rapport poursuit l’item précédent et signifie le rapport entre le besoin d’être avec les siens dans un processus de communication et le besoin d’être dans une logique de branding (document).
  •  <maj 20160529> engagement/attention. Dans ce rapport, il s’agit alors de mettre en tension ce qui est de l’ordre de l’engagement des personnes dans l’action et l’attention de ces mêmes persones. La question est classique, la facilité à cliquer est-elle un engagement fort ? L’engagement a aussi à voir avec le temps consacré mais aussi l’intensité dans l’action et l’effort. La question de l’attention est aussi au coeur de l’évolution du web entre d’une part l’augmentation continue des sollicitations de tout ordre, notamment par le biais des notifications, et la perte d’attention face à ces mêmes messages (- de 7 secondes parait-il ?) </maj 20160529>.

Entre soi et la machine, il y a une mise en augmentation de soi. Ce terme d’augmentation fait référence au terme de réalité augmentée qui tend à remplacer celui de réalité virtuelle. Cette augmentation de soi par des prothèses matérielles ou numériques a aussi comme conséquence un changement de nature aux autres avec la mise en traces (niveau infra) et la mise en profil (niveau suppra) de soi. Les conséquences pour soi (matériel et numérique) renvoie à la distinction qu’a opérée diana boyd dans sa thèse en 2009 : publics invisibles (on est regardé par des gens que l’on ne connait pas), mise en mémoire et permanence des traces et effondrement des contextes avec le besoin de pouvoir recontextualiser.

Ce qui pose la double question classique d’un côté du droit à l’oubli et moins affirmée de l’autre il me semble du devoir de chacun de regarder ailleurs.

Enfin bien sûr, il convient d’avoir une juste représentation de ce qu’est la machine : à la fois des objets matériels mais surtout des objets numériques qui s’appuie d’abord sur des infrastructures avec au centre la notion de base de données qui va permettre à des agents non identifiés de faire des corrélations entre données issues de bases de données interconnectées et de construire des profils.

Ce qui, ici est au centre, c’est en premier lieu la notion d’algorithme. La visée principale des concepteurs d’algorithmes est l’objectivation des actions humaines. Ne jamais oublier alors que c’est un leurre car ces algorithmes sont eux-mêmes des productions humaines sujet à intention et à biais. Pour se convaincre, voir cet enquête sur les « algorithmes racistes« .

En second lieu, les bases de données ont également fait l’objet d’une description humaine. Les choix des critères/champs sont subjectifs à la fois dans la constitution en objet de chaque critère (la définition et les frontières du champs) mais aussi dans les intitulés.

En troisième lieu, ces bases de données sont des codages informatiques qui sont le fruit d’actions humaines. Les choix de langages ou de bout de code utilisés sont aussi des choix humains qui impactent la constitution des bases de données (bien que là je sois incapable de me représenter comment).

En fait il faut considérer ces questions techniques comme d’abord les conséquences d’une enquête au sens scientifique et particulièrement sociologique. Comment est constitué une enquête ? Comment est constitué un objet scientifique ? Comment sont constitués des critères ? Comment sont constituées des échelles d’évaluation ? Comment sont définis les items des critères choisis ?

Pour conclure, la machine instrumentise dans le sens où elle met en instrument des actions humaines. C’est à dire qu’elle veut mettre de la forme là où il y avait ordinairement du processus. Faire cela c’est aussi changer la nature du processus initial et recréer un nouveau  processus. Elle instrumentalise également car elle a une intention affichée ou cachée <maj 20160529> (du moins ceux qui ont produit la machine) </maj 20160529> et elles est le jeu de rapports de forces entre agents de différentes natures, des individus, des collectifs, des institutions comme les entreprises, les Etats, les différentes églises…