Lu cette semaine (weekly)

  • tags: documentation de soi identité fascisme totalitarisme

    • la prise de conscience que les données dont nous parlons sont avant tout celles de notre servitude volontaire
    • la formation à l’explicitation des enjeux de la surveillance (« Surveillance:// » de Tristan Nitot en est un exemple magnifique)
    • le soutien politique (et législatif) au déploiement du logiciel libre
    • le déploiement de solutions alternatives à la toute puissance des GAFAM (comme l’initiative Dégooglisons internet le permet déjà, et comme le permettrait encore davantage la création d’un index indépendant du web combiné à la mutualisation déjà effective de ressources en Creative Commons)
    • la multiplication d’outils effectivement respectueux de notre vie privée dans le traitement technique des données qui y circulent (c’est la cas de DuckDuck Go, de Qwant, et de quelques autres)
    • Doctrine n°2 : La vie privée est un droit constitutionnel dont les états et les grandes firmes technologiques doivent être garants. Et là vous aurez toujours quelqu’un pour commencer à parler des exceptions, toujours un « oui mais » : « oui mais s’il s’agit de pédophilie ? De terrorisme ? D’empêcher un pilote d’avion mentalement déséquilibré de causer la mort de centaines de personnes ? A quel moment commence le « principe d’une surveillance de précaution » et quel aspect du droit fondamental à la vie privée doit-il fouler au pied ? » Et on ne s’en sort pas. 
    • Doctrine n°1 : La vie privée est une anomalie et si vous n’avez rien à vous reprocher vous n’avez rien à cacher. Soit le scénario d’une surveillance totale et globale de chacun de nos comportements par les grandes firmes tech en lien avec les états. Un projet au mieux de nature totalitaire et au pire de nature fasciste
    • l’enfer c’est ce que quelques autres savent de nous et de ce qu’ils sont capables de faire de ce savoir.
    • d’un côté ceux qu’il est possible de contrôler et de manipuler (les « sur-documentés ») et de l’autre ceux contre qui il faut diriger la haine des premiers (les « sous-documentés », les « undocumented »).
    • ; c’est ainsi également que la toute puissance du discours totalitaire est d’autant plus efficiente qu’elle s’applique à des communautés ciblées parce que sur-documentées (et sur-documentables)
    • Deuxio, sa haine viscérale est adressée à des communautés et à des minorités (rien de nouveau sous le fascisme ordinaire …) mais elle se caractérise en cela qu’elle stigmatise principalement ces communautés du fait de leur absence de papiers (les fameux « Undocumented Men ») et qu’elle utilise, pour conduire et guider cette haine, les outils et les métriques ne pouvant s’appliquer qu’à une population « sur-documentable ».
    • C’est à dire que son rapport au pouvoir est d’abord un rapport à la manière dont est documentée l’image du pouvoir

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Lu cette semaine (weekly)

  • tags: externalité internalité conte

    • C’est absurde mais cela illustre parfaitement la faiblesse centrale du concept d’externalité : définissant une interdépendance entre deux personnes (ou entreprises) ne passant pas par la médiation d’un marché, son champ d’application est infini.
    • Troisième arrêt. Voici maintenant un cas exemplaire d’externalité négative, s’apparentant à une pollution
    • Quelle est la morale (économique) de cette histoire ? Sabu et Yoshi, plutôt que de rester enfermés dans leurs logiques de calcul personnel, comme les homo-économicus qui peuplent la théorie économique des externalités, ont trouvé une solution dans la coopération où ils sont gagnant tous les deux.
    • Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas seulement l’opposition individualisme / coopération mais le fait qu’ils aient réussi à s’extraire d’une situation à priori bloquée, qu’ils aient en quelque sorte modifié les règles du jeu dans lequel ils s’étaient enfermés.
    • L’application de ce modèle aux ressources naturelles aboutit à préconiser leur privatisation ou leur gestion par une instance centralisée.
    •  Les prisonniers du fameux dilemme ne peuvent modifier les contraintes que leur impose le procureur, ils sont en prison. Tous les utilisateurs de ressources naturelles ne se trouvent pas dans une telle incapacité de modifier leurs contraintes. Tant que les individus sont vus comme des prisonniers, les directives politiques s’intéresseront à cette métaphore. Il serait préférable de se pencher sur la manière de renforcer la capacité des acteurs concernés à changer les règles contraignantes du jeu afin de parvenir à d’autres résultats que d’implacables tragédies. »
    •                 Mais puisque tout ceci, quand même, reste une histoire, laissons le mot de la fin à Yoshi : « Mmmm ! J’avais tort ! Respirer, en solitaire, le fumet des anguilles, ce n’est rien comparé au plaisir de les déguster avec un ami »
  • tags: automatisation économie de l’attention travail

    • lors que l’économie du partage repose sur l’échange entre humains, sur une meilleure mise en relation des gens entre eux, son avenir pourrait être bien différent.
    • évolutions de l’économie collaborative… ce secteur pourrait être la prochaine victime de l’automatisation
    • Le partage de domicile ou de bureaux lui aussi va s’autonomiser avec le développement de serrures numériques, de conciergeries autonomes, des services numériques personnalisés qui se reconfigurent et se personnalisent pour s’adapter aux allées et venues, sans avoir plus besoin d’hôtes ou d’office managers…
    • Mais avec des robots qui apprendront plus vite que les humains (parce ce qu’ils sont en réseau, qu’ils peuvent traiter une plus importante masse de données, augmenter le rythme si besoin), le combat peut sembler perdu d’avance…
    • La question n’est d’ailleurs peut-être pas tant celle de la destruction ou de la création d’emplois que la transformation des façons de travailler, comme nous le soulignions dans Questions Numériques.
    • L’automatisation nécessite de revisiter la définition de l’emploi,
    • En effet, en partant du principe que la technologie, la numérisation et l’intelligence artificielle accélèrent les transformations, les relations entre performance et valeur deviennent plus complexes et donnent lieu à des opportunités potentiellement exponentielles de création de valeurs.
    • Le retour sur le rendement amélioré (ROIP) – similaire au rendement sur investissement (ROI) – mesure la valeur de l’amélioration des performances dans un emploi donné.
    • En effet, les robots managers permettent d’éviter les disputes (car malgré tous les progrès sur l’informatique émotionnelle, les robots n’ont pas d’émotions et ne se vexent jamais), de favoriser les retours « objectifs » (en quantifiant les performances), et de prendre de meilleures décisions (pour autant qu’elles ne soient pas encore trop complexes à prendre).
    • Les algorithmes peuvent aussi aider les employeurs à savoir comment leurs employés se portent, ce qui les intéresse, ce qui les ennuie,
  • « Ils envahissent nos applications de messagerie, répondent à nos questions, nous rendent service : les chatbots sont partout. Mais derrière leur omniprésence se profile un nouvel écosystème du web, plus fermé, avec Facebook en première ligne. »

    tags: chabot

    • Le smartphone nous a incités puis habitués à utiliser des applications pour accéder à l’ensemble de nos pratiques numériques mobiles
    • Aujourd’hui la surcharge informationnelle et la complexité à occuper cet écran encouragent les grandes firmes à dépasser l’applification[+] NoteLe fait de passer d’un site web ouvert à une application mobile généralement conçue pour fonctionner dans un système d’exploitation spécifique. Voir aussi la thèse de Tim Berners-Lee .X [1] et à proposer à leurs utilisateurs des modalités d’entrée en contact de plus en plus interactives et engageantes.
    • « les humains passent en moyenne 50 minutes par jour sur une app de messagerie ». C’est donc là qu’interviennent les chatbots.
    • Ainsi, ces plateformes conversationnelles peuvent tout faire ou presque : jouer, informer, rechercher, émettre, alerter ou rappeler, connecter, passer une commande sur internet …
    • e tout évidemment en nous maintenant confortablement installés dans la plateforme sociale.
    • La plateforme a en effet ouvert ses API (interfaces de programmation applicative) aux développeurs tiers, qui peuvent ainsi créer leurs propres bots, capables de contacter directement les utilisateurs,- comme le ferait un «  ami ».
    • commander un VTC ou des sushis ? Avec les bots d’Uber et d’AlloResto, c’est plus rapide, plus simple et ça ne nécessite pas l’installation de l’application. C’est la conversation avec le bot dans Messenger qui se charge de tout ;
    • acheter le jean de vos rêves ? Dans Telegram il suffit d’envoyer à Tap2Bot une photo du vêtement souhaité, et vous voilà sur un site de vente en ligne. Regarder un film ? TapBot sait déjà vous en proposer quelques-uns ;
    • Les plateformes conversationnelles investissent en effet le marché des petites annonces.
    • Après le phénomène d’applification engendré et accentué par le développement du modèle applicatif des plateformes mobiles (Android et iOS),
    • nous assistons à un mouvement de « chatbotisation » du web.
    • il faut comprendre que les géants du web sont en passe de devenir le web, ou plus précisément de devenir des OTT.
    • ls favorisent donc un contact direct avec l’utilisateur, en court-circuitant les primo-intermédiaires économiques ou techniques.
    • Ainsi, les chatbots se substituent aux applications mobiles, aux sites, mais également aux navigateurs et aux moteurs de recherche. Ils sont la voie pour « devenir le web » en offrant aux utilisateurs la possibilité de réaliser leurs pratiques numériques les plus courantes au sein d’une seule plateforme de messagerie : communication, information, commerce, consommation de services et de contenus…
    • Un coup dur pour les modèles applicatifs des systèmes d’exploitation mobiles (OS) tels que le Google Play Store et App Store,
    • Les boutiques de bots fleurissent d’ailleurs déjà. Mais une fois de plus les fournisseurs de contenus et de services se retrouvent « intermédiés » par une plateforme qui leur sert de cadre techno-économique, à l’image des boutiques d’applications et des comptes sur les réseaux sociaux.
  • tags: Thérapie d’approche cognitivo-comportementale

    • Celle-ci applique des principes dérivés de la recherche scientifique afin de traiter et modifier certains comportements humains.
    • la personne confronte son anxiété en s’exposant aux images mentales, objets et/ou situations générant chez elle de la peur jusqu’à ce qu’elle diminue
  • tags: biais cognitif endogroupe exogroupe autorité épistémique prestige social biais de fréquence automatisme mental heuristique de jugement pensée tribale

    • Les humains au sein d’un même groupe ont tendance à penser, sentir, et désirer les mêmes choses.
    • La plupart de nos intuitions sont acquises socialement et associées aux valeurs de notre tribu, ou endogroupe : nous développons alors une méfiance intuitive qui tourne facilement à la haine pour tous les autres dans notre exogroupe.
    • Pour ces derniers, il est souvent difficile de se rendre compte qu’ils ont simplement intégré une nouvelle tribu, et qu’ils n’ont pas œuvré aussi dur qu’ils le pensent pour choisir leurs nouveaux modes de vie et de pensée.
    • Les phrases « je déteste tous les immigrés », et « je déteste tous les ploucs qui ont voté pour Trump » sont ancrées dans le même biais cognitif pour la préférence de l’endogroupe et le dégoût de l’exogroupe.
    • Il faut maintenant comprendre comment cette pensée tribale est ancrée dans des biais plus profonds qui nous poussent à ignorer le contexte au sein duquel nous formons nos opinions,
    • En sciences cognitives, nous avons identifié des « heuristiques de jugement » profondément ancrées dans la pensée humaine : des raccourcis mentaux automatiques, intuitifs, et rapides qui nous induisent en erreurs statistiques.
    • La tendance à ignorer les causes situationnelles en ne regardant que les attributs personnels d’un seul coupable humain est très commune ; il s’agit d’une heuristique de jugement bien étudiée que nous appelons l’erreur fondamentale d’attribution.
    • nous avons une tendance intuitive vers l’ignorance du contexte,
    • nous sommes automatiquement biaisés vers la quête d’une causalité humaine, singulière, personnifiée
    • il faut comprendre que l’esprit humain est très inefficace dans sa perception des indices contextuels et situationnels tels que les forces historiques, sociales, et économiques
    • Il est aussi très inefficace à percevoir ses propres raccourcis mentaux et sa psychologie tribale.
    • Les mécanismes de coercition qui font tenir nos sociétés sont horizontaux, pas seulement verticaux. En d’autres termes, nous nous maintenons subjugués les uns aux autres par nos automatismes intuitifs de base et notre pensée tribale !
    • Demandez-vous encore : pourquoi aimez-vous ce que vous aimez ? Comment avez-vous développé vos goûts musicaux, vos préférences vestimentaires, vos valeurs morales et politiques ?
    • En anglais, dumbfounding décrit un état de stupéfaction dans lequel on se retrouve sans mot.
    • Les humains s’accrochent presque toujours à une position morale ou esthétique qui fait écho à ce qui est culturellement acceptable dans leur groupe.
    • Faute d’explication, ils feront appel à leur ressenti le plus profond et ne sauront plus quoi dire.
    • 1. Nous ne pensons presque jamais rationnellement à nos croyances, et aux conditions dans lesquelles nous les avons acquises. Une fois acquises, nous ne les revisitons plus.
    • 2. L’inspection des indices de contexte requiert un effort mental difficile, et nous ne sommes pas doués dans ses opérations.
    • 3. Nous « sous-traitons » nos pensées, croyances, goûts, ressentis, et comportements à notre endogroupe, et nous performons cette opération de manière automatique.
    • Nous pouvons maintenant conclure cette introduction à l’Effet Trump avec une description simple des biais cognitifs qui gouvernent la sous-traitance de l’information à l’endogroupe.
    • il existe effectivement des mécanismes invariants de pouvoir dans la gérance collective du comportement
    • Mais il n’existe que rarement des personnages maléfiques qui parviennent à tirer les fils de marionnettes qui font bouger nos corps.
    • L’Effet Trump décrit plutôt les mécanismes invariants du pouvoir épistémique.
    • l’épistémologie est la branche du savoir qui examine la connaissance, sa construction et son apprentissage.
    • On parlera ici d’autorités épistémiques : c’est-à-dire des indices spécifiques qui possèdent le pouvoir d’attirer notre attention et de guider notre pensée et notre ressenti automatiquement, intuitivement, et inconsciemment.
    • La recette de ces indices d’autorités épistémiques est courte et simple. Il n’y en a que trois :
    • 1. les autres, dans notre endogroupe (le biais de l’endogroupe) ;
    • 2. des membres spécifiques de notre groupe imbus de prestige (le biais du prestige (.pdf)) ;
    • 3. le confort des nombres (le biais de fréquence (.pdf) ; la preuve sociale).
    • Pour être plus précis, nous possédons des mécanismes intuitifs pour localiser des informations pertinentes au contexte, et pour découvrir presque instantanément de qui nous devons apprendre. La clé de cette recette est de trouver la personne, ou “figure d’autorité” avec le plus de pouvoir épistémique.
    • Nous ne modelons pas simplement nos attentes sur les attentes des autres dans notre endogroupe, mais surtout sur nos perceptions intuitives des personnes que nous percevons comme imbues de prestige et de haut statut social
    • Notre soif de servitude au prestige possède les mêmes origines dans l’évolution de l’espèce que les systèmes de dominance que l’on observe encore chez nos cousins primates.
    • C’est plutôt par consensus implicites que nous maintenons nos régimes de pouvoir.
    • L’âge et l’expertise
    • nous ignorons les aînés quand nous détectons une expertise supérieure – ou prestigieuse ! Les “gens branchés”
    • Réputation et commérage
    • Le commérage nous permet de surveiller la réputation des autres.
    • La force du nombre
    • En psychologie sociale, nous appelons cet effet la preuve sociale.
    • En anthropologie cognitive, nous parlons d’un biais de fréquence.
    • elle doit s’appuyer sur un cadre d’idée qui soit déjà répandue et acceptée. Si
    • Il faut donc travailler avec ses automatismes.
    • La pleine conscience, certaines techniques de méditation, et la thérapie cognitivo-comportementale nous apprennent à remarquer nos pensées, nos émotions et nos compulsions quand elles surgissent, et à rester en pause avant d’agir.
    • Identifier notre endogroupe est plus difficile : nous sommes beaucoup trop biaisés vers l’illusion que nous nous constituons nous même en tant que sujets individus. Mieux vaut attendre de le remarquer.
    • En apprenant à remarquer et reconnaître nos idées et pulsions, nous pouvons apprendre à reconnaître les figures de désir et d’autorités qui surgissent dans nos intuitions.
    • Vous pourrez remarquer alors que votre conscience la plus profonde est toujours structurée vers une ouverture à l’autre, et que c’est bien cela qui fait de l’Humain un être si précieusement altruiste.
  • tags: biais cognitif

    • L’étude de ces biais montre à quel point notre expérience du monde, nos pensées et nos comportements sont nettement moins libres qu’on ne l’imagine.
  • tags: biais déterminisme algorithmique information

    • ‘heure de la mobilisation fasse aux Fake News en France,
    • le 27 février et jusqu’à la fin de l’élection présidentielle Google lancera « Crosscheck », une plateforme sur la quelle les internautes pourront « signaler » des informations douteuses ou poser des questions sur un sujet, et différentes rédactions
    • Facebook de son côté, après avoir annoncé il y a quelques jours des modifs sur son algorithme visant à atténuer certains effets de personnalisation, tout en état partenaire du projet « Crossckeck », lance ce lundi son propre outil baptisé « CrowdTangle
    • prendre le problème sous un autre angle et tenter de comprendre la succession de biais cognitifs, culturels et sociologiques qui participent à la construction et au partage de ces différentes « fausses informations » tout autant qu’à nos éventuelles « bulles de filtre ».
    • autres, ce numérique là dispose d’un certain nombre d’invariants qui sont autant de fonctions et de caractérisations précises de ses modes d’agir et qui façonnent en retour la manière dont nous interagissons avec lui.
    • absolument rien à voir avec les plateformes ou avec le numérique mais que les plateformes ou le numérique permettent souvent « d’augmenter » avec un simple effet de corrélation
    • puis les biais cognitifs (culturels et sociologiques) directement reliés au numérique ou aux plateformes avec, cette fois, un lien de causalité directe. 
    • La spirale du silence est une théorie sociologique qui dit la chose suivante : 
    • La tyrannie des agissants est un phénomène décrit par Dominique Cardon, qui explique la chose suivante
    • la tyrannie des agissants amplifie et accélère les possibles spirales de silence sur certains sujets de société, permettant alors parfois de faire complètement basculer l’opinion.
    • On se tait devant la parole raciste, sexiste ou misogyne parce que l’on a l’impression que c’est cette parole qui est le point de vue dominant.
    • Et si l’on a cette impression c’est en partie lié à l’environnement numérique qui nous la fait éprouver.
    • Dans un environnement entièrement déconnecté de tout paramètre numérique (un café, une réunion de famille, une réunion publique) ces phénomènes sont aussi observables.
    • cette tyrannie des agissants ou ces effets de spirale de silence sont immédiatement rationnalisables et quantifiables par l’expérience, de manière empirique directe.
    • Je « vois »
    • A l’échelle d’environnements numériques
    • s’en ajoute au moins un troisième : les audiences invisibles décrites par danah boyd.
    • je ne vois pas les gens auxquels je parle ou qui parlent autour de moi.
    • Et si je dis « doublement » impossible c’est parce qu’un autre paramètre intervient qui est celle fois celui du déterminisme algorithmique 
    • Donc une sorte de cake de biais cognitifs et comportementaux composé de 4 étages : tout en bas la tyrannie des agissants, juste au dessus, comme causalité effective, la spirale du silence, au dessus d’elle, les audiences invisibles et tout en haut la bulle de filtre ou en tout cas le filtrage algorithmique. 
    • La « tyrannie des agissants » s’appuie elle-même sur une dichotomie plus profonde entre « endogroupe » et « exogroupe » que l’on nomme également « la pensée tribale ».
    • L’approche anthropologique, poursuit-il, fait qu’à certaines étapes de notre vie, nous changeons d’endogroupe, sans nécessairement en avoir immédiatement conscience et que chaque communauté dispose toujours de ses propres endo et exo-groupes qui s’affrontent plus ou moins violemment sur certains sujets.
    • L’autre point clé est celui qui veut que nous ayons tendance à « ignorer le contexte au sein duquel nous formons nos opinions.« 
    • Nous avons donc ici un autre « cake » composé cette fois de deux étages :
    • celui de la « tribu » réelle dans laquelle nous forgeons nos opinions et des endo et exogroupes qui constituent les lignes d’affrontement et de conflit au sein de ladite tribu,
    • les communautés tribales artificiellement augmentées et construites qui participent de notre rapport à l’information et aux autres au sein des grande plateformes de réseaux sociaux.
    • s’il renvoient au rapport à l’information d’un individu, se travaillent d’abord à l’échelle du groupe et/ou des dispositifs techniques (plateformes, algorithmes). 
    • Une heuristique de jugement c’est « un raccourci cognitif utilisé par les individus afin de simplifier leurs opérations mentales dans le but de répondre aux exigences de l’environnement« ,
    • Cela nous permet de gagner du temps mais cela est surtout la cause de nombreux biais et erreurs dans nos prises de décision.
    • un point clé est que l’humeur, notre humeur, joue un rôle fondamental dans la mise en place des ces heuristiques.
    • Or, à l’échelle des plateformes sociales, on sait deux choses : d’une part, à l’échelle de la psychologie individuelle, que certains sentiments se propagent plus facilement que d’autres
    • d’autre part, à l’échelle du modèle économique des plateformes, que c’est précisément la joie (ou l’humeur joyeuse) qui va nous installer dans un contexte cognitif facilitant, par exemple, les achats pulsionnels, ou nous rendant en tout cas plus réceptifs aux différentes sollicitations publicitaires
    • a) L’erreur fondamentale d’attribution. 
    • b) Le biais de confirmation et la dissonance cognitive.
    • privilégier les informations qui confirment ses propres opinions ou sa vision du monde,
    • négliger ou ignorer celles qui les contredisent.
    • nulle part davantage qu’au sein de cette plateforme nous ne sommes en permanence soumis à des situations de dissonance cognitive, et que notre équilibre mental impose en quelque sorte le recours à ce biais. 
    • c) L’écho de croyance.
    • On parle aussi de l’effet retour de flamme (les individus confrontés à des preuves en contradiction avec leur croyance ont tendance à les rejeter et à se refermer davantage sur leur croyance initiale) ou de la persistance des croyances discréditées comme corollaires du biais de confirmation.
    • d) Le biais d’auto-complaisance.
    • La biais de cadrage c’est la tendance à être influencé par la manière dont un problème est présenté.
    • e) L’effet cigogne (ou illusion de corrélation).
    • Là où les réseaux et les plateformes sociales « en rajoutent une couche » sur ce biais de cadrage, c’est dans la manière qu’elles ont de jouer et d’influer sur notre humeur, et ce faisant
    • g) Biais d’ancrage.
    • Il désigne la difficulté à se départir d’une première impression et pousse à se fier à l’information reçue en premier dans une prise de décision.
    • Là encore, du côté des plateformes sociales mais aussi et particulièrement des moteurs de recherche, ce biais d’ancrage est une clé de compréhension déterminante.
    • Sa traduction en termes de « Fake News » est double : d’un côté on a de fausses informations qui instrumentalisent sciemment cet effet, qui jouent délibérément sur la zone de flou entre corrélation évidente et causalité apparente
    • A l’échelle des réseaux sociaux ce biais d’ancrage se décline différemment mais revêt une importance tout aussi cruciale puisque l’information qui nous sert de « première impression » est souvent celle qui bénéficie de la plus forte viralité au sein de la plateforme alors même que cette viralité est précisément construite sur un empilement de biais cognitifs facilitant sa propagation.
    • f) Biais de cadrage
    • D’où l’importance non pas de stigmatiser le rôle de ces plateformes sociales ou de ces moteurs de recherche mais d’expliquer que leur régime de vérité est celui de l’engagement ou de la popularité et en aucun cas celui d’une quelconque vérité objectivable ou d’une information factuellement vérifiable. 
    • h/ biais de représentativité.
    • « des informations personnalisantes plutôt que statistiques« 
    • Et là encore le lien avec réseaux sociaux et moteurs de recherche est clair et évident tant les informations remontées (dans une recherche) ou affichées (sur notre « mur ») relèvent avant tout d’effets de personnalisation
    • i/ biais ou heuristique de disponibilité
    • e « un mode de raisonnement qui se base uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles, sans chercher à en acquérir de nouvelle concernant la situation.« 
    • D’abord parce que la « délégation de mémoire » et l’activation de cette mémoire de travail stockée dans le Cloud est un élément essentiel de la compréhension fine des écosystèmes connectés c
    • Ensuite parce que sur un sujet donné, le rappel, la réactivation des informations immédiatement disponibles sera contraint par des facteurs non pas objectivables mais une fois de plus liés à des logiques de personnalisation
    • j/ résistance au changement (biais de status quo)
    • k) effet de faux concensus.
    • l/ Illusion de savoir.
    • si l’on se fie à des croyances erronées plutôt que de chercher à recueillir de nouvelles informations, c’est précisément parce que l’on a l’impression d’être en permanence déjà sur-informés.
    • m/ Surconfiance (ou effet Dunning-Kruger)
    • « les individus les moins qualifié dans un domaine surestiment leurs compétences » alors qu’en corollaire, « les personnes les plus qualifiées auraient tendance à sous-estimer leur niveau de compétence et penseraient à tort que des tâches faciles pour elles le sont aussi pour les autres. »
    • n/ le biais de conformité.
    • o/ Effet de simple exposition.
    • En d’autres termes plus nous sommes exposés à un stimulus (personne, produit de consommation, lieu) et plus il est probable que nous l’aimions.« 
    • Naturellement c’est le plus souvent dans le cadre de la publicité que l’on fait appel à lui.
    • p/ Effet de Halo ou de notoriété.
    • des personnes étaient jugées plus intelligentes que d’autres uniquement sur la base de leur attrait physique. »
    • En effet nombre de ceux qui composent ces tyrannies des agissants bénéficient d’un effet de halo du fait de leur notoriété (e-reputation), de leur habilité langagière et rhétorique, mais également d’indices quantitatifs triviaux (nombre de followers, de RT).
    • q/ Effet Barnum
    • A l’échelle des réseaux sociaux cet effet Barnum jour un rôle important. D’abord parce que chacun d’entre nous, qu’il le veuille ou non, se construit un personnage « aimable » au travers des traces indiciaires de sa présence en ligne.
    • ‘en retour nos « amis » ont pour fonction de valider chacun de ces traits de personnalité à grands coups de commentaires et de « like ».
    • Mais l’effet Barnum s’applique également à la nature globale des informations les plus échangées et renvoie à une autre notion qui est celle de la « kakonomie », décrite dans ce billet : 
    • « La kakonomie est régulée par une norme sociale tacite visant à brader la qualité, une acceptation mutuelle pour un résultat médiocre satisfaisant les deux parties, aussi longtemps qu’elles continuent d’affirmer publiquement que leurs échanges revêtent en fait une forte valeur ajoutée. » 
    • Plus la conversation est « relâchée », plus le sujet est « vague » et plus les interactions sont possibles et non-clivantes. Et plus donc, ledit contenu informationnel voit mécaniquement sa représentativité, son affichage (Reach) augmenter. 
    • r/ Effet râteau et illusion des séries
    • L’effet râteau est un biais cognitif de jugement qui consiste à exagérer la régularité du hasard. Il revient à considérer qu’une répartition aléatoire, dans le temps ou dans l’espace, doit s’étaler selon des intervalles plus réguliers qu’ils ne le sont empiriquement.
    • « L’illusion des séries est la tendance à percevoir à tort des coïncidences dans des données au hasard. Cela est dû à la sous-estimation systématique par l’esprit humain de la variabilité des données.« 
    • nous sommes en permanence en train « d’exagérer la régularité du hasard » et de « sous-estimer la variabilité des données ».
    • Je m’explique. Même si les chiffres varient on considère généralement que sur Facebook nous n’avons accès qu’à une infime partie des contenus réellement publiés par nos amis ou par les pages auxquelles nous sommes abonnés, en gros entre 6% pour les estimations les plus basses et 20% pour les plus hautes.
    • ce petit pourcentage de publications visibles est lui-même contrôlé par une série de déterminismes algorithmiques dont la variabilité confinerait souvent à l’aléatoire du point de vue de l’utilisateur s’il pouvait avoir à sa disposition la globalité des publications disponibles.
    • est cognitivement difficile d’accepter la nature aléatoire de ce « bain » social et informationnel supposé nous permettre de prendre en temps réel le pouls du monde et de notre sphère sociale proche
    • nous rationalisons de deux manières. D’abord en ignorant ou en feignant d’ignorer que nous ne voyons qu’une toute petite partie des publications effectivement disponibles. Ensuite en considérant que ces publications visibles obéissent à une logique qui n’est pas aléatoire mais orientée en fonction de « l’importance » desdites publications. 
    • Car la majorité desdits amis n’a pas beaucoup posté sur l’affaire Fillon, mais l’algorithme de Facebook a identifé d’une part que cette affaire occupait un espace médiatique très important (ça c’est pas très difficile) et il a d’autre part constaté que ces contenus vous intéressaient. Il vous a donc présenté toute une série de publications sur cette affaire en les surexposant en termes de fréquence, dont celles de vos amis.
    • s/ biais de négativité
    • La biais de négativité consiste à prendre davantage en compte les informations « négatives » au détriment des « positives
    • d’un côté il tente de favoriser les contenus « joyeux » pour influer sur notre humeur et libérer un maximum de temps de cerveau disponible à destination des annonceurs et de son modèle d’affaire
    • de l’autre il sait parfaitement que la colère et l’indignation étant les sentiments qui se partagent le mieux, certains contenus tristes, révoltants, « désagréables et douloureux » mettant en oeuvre ce biais de négativité vont aussi bénéficier de logiques de viralité et d’interaction très fortes et qu’il faut donc « équilibrer » et personnaliser en permanence ces deux faces de nos humeurs et de nos personnalités.
    • Il s’agit d’établir une corrélation claire entre certains de ces biais cognitifs et la manière dont certaines plateformes dans certains contextes peuvent en effet contribuer, d’une part, à les instrumentaliser à des fins économiques (pour faire tourner leur régie publicitaire ou leur propre modèle d’affaire au regard des données personnelles collectées et accessibles),
    • et d’autre part à augmenter les effets de ces biais.
    • Les médias sociaux restent une source d’information importante mais loin d’être dominante :
    • Pendant les trois derniers mois précédant l’élection, les Fake News favorisant le candidat Trump ont été partagées plus de 30 millions de fois contre seulement 8 millions de fois pour celles favorisant Clinton
    • l’américain moyen a vu et se souvient de seulement 0,92% des Fake News favorables à Trump et de 0,23% de celles favorables à Clinton avec seulement la moitié des personnes s’en rappelant qui indiquent les avoir crues
    • pour que les Fake News soient en capacité d’influencer le résultat de l’élection, un article « Fake » aurait besoin d’avoir le même effet de persuasion que 36 campagnes publicitaires télévisuelles.
    • La plupart des américains (indépendamment de leur niveau d’éducation ou de leurs idées politiques) pensent que les Fake News sont une source de confusion
    • mais ils se sentent capables de les identifier facilement
    • ce qui ne les empêche pourtant pas d’en diffuser eux-mêmes
    • l’audience des Fake News est réelle mais extrêmement minoritaire
    • l’audience des Fake News stagne lors des pics d’audience des vrais sites d’info
    • il n’y a pas de « bulle de filtre des fake news »
    • le rôle joué par Facebook est déterminant en termes de trafic et d’audience
    • Globalement le « niveau de confiance général des français envers les médias » n’avait pas été aussi bas depuis … 2002. 2002 c’est la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la république française et l’arrivée d’un certain Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur.
    • Compris que ce que les gens vont y chercher, « sur l’internet« , ce n’est ni de la confiance, ni de la vérité, mais une zone de confort cognitive qui leur permet … de voir la vie en biais.
  • tags: abandon foad affectivité solitude dispositif socio-technique

    • Nous avons cherché à comprendre en quoi et comment la dimension affective de la communication participait à l’abandon en formation à distance
    • une démarche caractéristique des humanités digitales
    • leur rôle est à la fois de comprendre (approche théorique) et d’entreprendre (approche pratique), d’observer (approche descriptive), mais aussi de créer (approche pragmatique) avec les instruments de la connaissance  »
    • conçu une méthode opérationnelle (au stade encore expérimental) [1] visant à réduire l’abandon.
    • les taux d’abandon, systématiquement supérieurs à distance par rapport à ceux en présence, rappellent que les étudiants ne vivent pas la formation à distance de la même manière que celle en présence, en particulier lorsque l’enseignement se fait exclusivement ou quasi-exclusivement à distance.
    • l’abandon peut avoir un impact économique non négligeable
    • L’abandon peut donc avoir des conséquences économiques, à la fois immédiates (l’étudiant qui a abandonné ne s’inscrira pas dans les années suivantes) et à plus long terme (réputation, image de l’université). De plus, les citoyens moins diplômés sont plus souvent chômeurs [3], ce qui peut avoir un impact à plus grande échelle.
    • la formation à distance n’est pas l’autodidaxie. Il s’agit alors de tenir compte de la nécessité de différentes formes de communication entre l’étudiant et le dispositif [4] de formation dans son ensemble : pédagogique, sociale, cognitive, affective, etc.
    • Notre travail présente certaines originalités par rapport à d’autres études sur l’abandon.
    • un modèle intégratif de différentes théories sur la dimension affective
    • comprendre l’individu dans la globalité affective de son être
    • la solitude (et occultent d’autres formes d’affectivité), bien que ce sentiment aura effectivement un impact majeur –nécessaire mais pas toujours suffisant– sur la décision d’abandonner
    • pas seulement de tenir compte du ressenti affectif de l’individu, mais aussi de l’ensemble des relations qu’entretient l’individu et qui peuvent avoir un impact sur sa dimension affective et sur sa décision d’abandonner ou non.
    • La dimension affective de la communication, régulièrement appelée « dimension socio-affective » dans le travail de thèse, est l’ensemble des sentiments [9] ressentis par l’individu lors d’une relation sociale, qu’elle soit en présence ou à distance.
    • les sentiments avaient une origine tant intrinsèque (l’individu en « communication » avec lui-même) qu’extrinsèque au sujet (l’individu en relation avec son monde extérieur et en particulier les humains),
    • Il convient alors de prendre en compte la dimension communicationnelle pour comprendre le rôle de l’affectivité dans l’abandon en formation à distance.
    • Ceci passe à la fois par l’identification des individus en interaction avec le sujet (étudiant analysé) dans le dispositif de formation à distance (enseignants, autres étudiants, éventuellement personne administratif)
    • par l’analyse des communications entre eux.
    • L’intention est également questionnée
    • nous souhaitions vérifier l’existence d’un contrat de communication entre les différents partis
    • Ceci nous a amené à mobiliser les notions d’intercompréhension et d’agir communicationnel (Habermas, 1987).
    • L’ensemble des sentiments retenus pour caractériser la dimension affective, au nombre de neuf, sont issus de lectures qui concernent les sentiments et leur rôle dans un contexte d’apprentissage (Dussarps, 2014, p. 58-59)
    • sentiment de reconnaissance
    • sentiment d’auto-efficacité (SAE)
    • sentiment d’appartenance
    • confiance en l’autre
    • solitude
    • sentiment d’autonomie (ou a contrario de dépendance)
    • anxiété
    • estime de soi
    • plaisir
    • Ces sentiments sont constitutifs d’un sous-système (le système affectif) d’un système plus général (l’individu, composé de quatre sous-systèmes psychologiques [10] : cognitif, métacognitif, affectif et conatif).
    • Compte-tenu de l’objet de notre étude (l’abandon en formation à distance), le dernier système (conatif) fut également étudié en partie : seuls la motivation initiale à suivre la formation et l’« output » (abandon ou persévérance) du système conatif ont été étudié
    • Il est classiquement question en communication des organisations de dysfonctionnements dans la transmission de l’information, le modèle structurel ou l’organisation.
    • Ces dysfonctionnements sont souvent décisifs pour comprendre l’origine de problèmes plus généraux.
    • Les dispositifs de formation à distance peuvent être observés de manière méthodologiquement similaire et présentent les mêmes défauts de communication.
    • Les dysfonctionnements sont le « catalyseur » de nombreuses causes d’abandon.
    • Le contrat de communication est parfois inexistant ou rompu.
    • En cindynique
    • on classe les risques selon leur criticité
    • fonction de leur fréquence d’apparition et de leur gravité
    • Nous avons ainsi observé que les étudiants ayant un motif essentiellement intrinsèque à suivre la formation (plaisir d’apprendre par exemple) étaient ceux qui abandonnaient le plus souvent (70 % d’entre eux), au cours du premier semestre (Dussarps, 2014, p. 364).
    • s’ils accumulent les difficultés d’organisation, administratives, etc., au cours de leur formation, et ce malgré un désir fort d’apprendre, ils se lassent et abandonnent facilement.
    • En revanche, ceux qui ont un motif extrinsèque (avoir le diplôme pour évoluer professionnellement ou trouver un emploi par exemple) et un objectif à réussir leur formation « s’accrochent » plus volontiers, du fait de la pression de l’enjeu.
    • Le second facteur d’abandon est la solitude au sein du dispositif 
    • La solitude n’est pas seulement l’absence de l’autre, mais la difficulté à entrer en relation avec l’autre lorsqu’on en aurait besoin ou une insuffisance dans la qualité des communications.
    • En résumé, les abandons sont généralement dus à la synergie de plusieurs facteurs, qui peuvent être affectifs ou avoir un impact sur l’affectivité.
    • En premier lieu, une motivation à suivre la formation intrinsèque et des dysfonctionnements ; en second lieu, la solitude de l’étudiant face à une absence de réponse, conjointe à d’autres facteurs affectifs, solitude qu’il réduit parfois à l’aide de ses pairs.
    • il nous semble que le principal moyen de réduire l’abandon n’est pas nécessairement d’avoir un dispositif parfait (nous avons pu voir que la « compensation » par les pairs pouvait réduire l’abandon), mais d’établir un contrat initial clair et fidèle, y compris en assumant les imperfections du dispositif.
    • mais aussi et surtout d’aider les apprenants à prendre conscience de ce qu’ils attendent de la formation et des ressources qui sont à leur disposition, prise de conscience qui se ferait lorsqu’ils répondraient au questionnaire.
    • En acceptant de suivre la formation dans ce contexte, ils passeraient une forme de contrat moral, un engagement, avec le dispositif de formation
    • l’institution de formation s’engerait à respecter le dispositif tel qu’il est décrit, quitte à assumer, par exemple, le fait que l’accompagnement soit très limité, ou que des retards de cours de l’ordre d’une semaine puissent survenir, ce qu’il faudra donc que les étudiants prévoient initialement
    • :

        

       Tableau 1 : Attentes des étudiants vs offre du dispositif. Exemple de synthèse suite à un questionnaire des attentes proposé avant l’inscription en formation.

  • tags: posture corps voix enseignant

    • Ces différentes conceptions de formation universitaire aux métiers de l’enseignement m’ont amenée à proposer un dispositif de formation « Posture, corps et voix de l’enseignant dans la classe », à visée clinique postulant une culture du singulier et de la différence, et prendre en compte :
    • le sujet, singulier, son histoire et son rapport au corps (Jourdan 2006) ;
    • le temps, c’est-à-dire l’évolution, les changements, les questionnements sur sa pratique ;
    • le réel, la contingence de toute situation d’enseignement-apprentissage. Les choix que les enseignants opèrent dans ces temps d’interactions didactiques ne relèvent pas tous de comportements rationnels caractérisés par la cohérence entre moyens utilisés et objectifs poursuivis. Aux côtés d’actes explicables, de l’ordre de la rationalité, d’autres relèvent d’une autre logique répondant à des mobiles inconscients.
    • Le corps est révélateur de ce que nous sommes, un garçon, une fille, notre âge, le temps qui passe, les rides, les cheveux blancs…
    • Le corps apparaît comme un point de passage de toutes nos expériences, lieu de nos émotions
    • Ainsi, le corps de l’enseignant n’est pas neutre. Il envoie des messages non verbaux, des signes, tout aussi lisibles qu’un texte parlé
    • Il y a également la voix de l’enseignant, peut-être la partie la plus intime du corps.
    • Le climat sonore que le sujet instaure : agressivité, chaleur, fermeté… Toutes ces manifestations du corps, apparemment insignifiantes, mais qui vont être lues et interprétées et qui parfois peuvent donner lieu à des situations de conflit.
    • Le statut assure l’indispensable distinction des fonctions et des places distinctes adulte / enfant ; enseignant / élève. Une place d’exception à assoir.
    • Ce « être vu » pose le problème de l’image de soi et de l’importance des enjeux narcissiques pour pouvoir se sentir en sécurité face aux élèves et soutenir sa place d’enseignant,
    • le corps est mis en scène pour capter l’attention des élèves, « une théâtralisation symbolique » dans laquelle « plutôt que d’être passivement exposé aux regards, l’enseignant opère une mise en scène active du corps. Il tente de s’assurer ainsi d’une prise de possession des regards enseignés, de métamorphoser l’exposition passive en captation ».
    • trouver la bonne distance qui est tout à la fois un rapprochement, une alliance, et une mise à distance, une « séparation »
    • Il faut garder la face, mais l’imprévu fait lâcher prise, le « je » entre en jeu, colère, emportement, éclats de rire, autant de manifestations d’émotion qui, dans l’instant, peuvent mettre l’enseignant en situation d’inconfort et de désarroi : corps dont nous ne sommes pas maîtres.
    • L’enjeu essentiel de nos formations est de solliciter l’enseignant dans sa singularité, dans sa différence, pour l’amener à construire une gestuelle professionnelle en harmonie avec ce qu’il est, ce qu’il désire, afin de se saisir de ses ressentis dans ce contact à l’autre.
    • Le premier temps est une prise de conscience de ce que l’on donne à voir quand on se déplace, quand on s’adresse à autrui.
    • Etre face à une classe exige d’habiter son corps et sa voix, ce qui touche autant l’émotionnel et l’affect que le cognitif et le rationnel de la transmission de savoir.
    • Le premier axe de travail est l’accueil des élèves, à chaque heure de cours. Accueillir l’élève, c’est lui faire sa place – singulière parmi les autres – lui permettre d’exister tel qu’il est, comme il est, sans jugement, là où il en est de ses apprentissages didactiques et de ses comportements sociaux.
    • Premier instant de la relation, le regard qui invite, qui menace, regard qui méprise, regard qui stimule
    • On se cherche tout d’abord à travers des déplacements, un travail sur soi, son tonus, sa verticalité, sa respiration, ses différents rythmes 
    • Il s’agit de prendre le temps de s’exercer à mettre en scène sa corporéité, sa personnalité, de jouer à paraitre
    • Le corps est ici un outil de travail à jouer comme étant le premier médiateur entre soi et les élèves, un corps qui met en scène le savoir dans un rythme, une respiration, des déplacements qui accompagnent cette transmission.
    • Un travail sur la voix, véritable caisse de résonnance de notre être, lieu de tous nos affects, traverse l’ensemble.
    • L’enjeu est d’apprendre à préparer « son instrument », à l’instar d’un musicien ou d’un sportif.
    • La voix c’est avant tout une affaire de soufflerie, il va donc s’agir d’apprendre à mettre en place dans le quotidien une respiration ventrale et non thoracique, apprendre à gérer l’air pour ne jamais être en apnée.
    • Reconstruire sa verticalité est primordial pour que la colonne d’air puisse s’inscrire physiquement dans le corps de l’enseignant.
    • Le deuxième temps technique est de faire aller la voix dans les résonateurs qui se trouvent principalement dans le crâne (fosse nasale, sinus, dents, voûte palatale….).
    • La troisième phase qui vient en dernier dans l’apprentissage vocal, est l’utilisation des éléments qui viennent tout de suite à l’esprit lorsque l’on parle de voix : les cordes vocales.
    • Les journées de formation se font dans cette alternance « corps – voix ». Chacun exerce son corps et sa voix avec sa singularité, au regard de ses perceptions de l’autre, de son imaginaire, de ce qui lui semble être.

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Lu cette semaine (weekly)

  • tags: pratiques culturelles lecture

    • L’enquête qualitative conduite auprès de grands lecteurs permet de saisir la variété des pratiques de lecture numérique tout en insistant sur le caractère limité des transformations observées à l’heure où lire sur un écran devient une activité ordinaire.
    • D’un autre côté, les sociologues observent la montée en puissance de nouveaux modes de prescription, qui tendent à glisser depuis les prescripteurs traditionnels (médias, libraires, bibliothécaires, entourage, etc.) vers des formes de médiation numérique (blogs, réseaux sociaux, forums, moteurs de recommandation, statistiques d’usage, etc.).
    • En dépit des transformations à l’œuvre dans le secteur, l’analyse livrée dans l’étude relève une permanence des pratiques de lecture littéraire, qui s’inscrivent très largement dans la continuité des habitudes antérieures du lectorat.
    • Un apprentissage et une adaptation sont nécessaires de la part des lecteurs, qui peuvent ressentir un sentiment de submersion et d’addiction face aux outils numériques. 
    • C’est ainsi que la façon de lire privilégiée par les personnes interrogées dans l’étude correspond à un balayage quotidien de la presse en ligne, assimilable à une forme de « papillonnage informationnel », marqué par un usage presque compulsif des terminaux de lecture pour remplir des temps morts.
    • Les lecteurs se mettent à accéder à un flux continu d’informations en permanence, modifient leur manière de lire à travers une navigation de liens en liens et diversifient les ressources consultées.
  • tags: influence leader d’opinion

      • Faire connaître : accroitre la notoriété du produit/service ou de la marque.
      •  

      • Faire voir : générer une audience en cherchant à la pérenniser.
      •  

      • Faire partager: inciter, voir se reposer, sur la propagation du contenu ou de l’information par le public cible.
      •  

      • Faire réagir : inciter les internautes à commenter les contenus, les noter ou les évaluer.
    • L’approche informationnelle : « manière dont les informations et contenus qu’il diffuse sont « utilisés » par un public donné »
    • L’approche énonciative : « capacité de publication ne reposant plus sur une validation institutionnelle, et amenant alors l’auteur à être reconnu comme crédible ou fiable »
    • L’approche structurelle: « consiste à identifier le leader d’opinion par son contexte et son positionnement dans un réseau »
    • une matrice décisionnelle capable de fournir une méthode de détection de potentiels leaders d’opinions du web.
    • On peut raisonnablement penser que la diffusion de message sur internet n’est pas de la même nature que sur les autres supports. De nombreux autres facteurs viennent déterminer qui sont les personnes et groupes d’influence sur le web. Comment détecter ces « faiseurs d’opinion » ?
    • En effet, selon-eux, cette dynamique ne peut se déclencher que si « une masse critique d’individus influence un nombre important d’individus influençables ». L’influence serait ainsi co-construite entre les membres du réseau.
    • un influenceur correspondrait à un nœud au degré et à la centralité élevé.
      • La densité : la densité d’un graphe désigne le rapport entre le nombre d’arcs (liens orientés) ou d’arêtes (liens non-orientés) existants et le nombre maximum d’arcs ou d’arêtes possibles.
      •  

      • La connexité : la connexité d’un graphe désigne l’absence de sommets (nœuds) isolés des autres.
      •  

      • Le degré : pour un graphe non-orienté (où les arêtes, ou liens, n’ont pas de sens), il s’agit du nombre de liens rattachés à un nœud X. Pour un graphe orienté (où les arcs, ou liens, ont un sens), on parle de degré entrant pour le nombre d’arcs pointant vers un nœud Y ou de degré sortant pour le nombre d’arcs sortant d’un nœud Y.
      •  

      • La centralité : la centralité permet de mesurer la « position relative des acteurs au sein d’un système » (Lazega 2014).
    • Mercklé définit le concept de réseau comme « un ensemble de nœuds interconnectés […] constitué d’un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement, ou indirectement à travers des chaînes de longueurs variables » (Mercklé, 2011). Sa mesure peut se faire quantitativement, à l’aide de la théorie des graphes, tel que :
    • Quels sont les facteurs clés d’amplification d’une information sur le web ? Pour répondre à cette question, nous allons nous référer à l’analyse des réseaux.
    • Du fait de l’accroissement des interactions, le web 2.0 entraine inévitablement une augmentation des potentiels leaders d’opinion, allant même jusqu’à réduire la frontière entre influenceurs et influencés.
    • En d’autres termes, le leader d’opinion est une personne qui possède le réseau, les connaissances et les compétences de persuasion adéquates.
    • L’organisation qui souhaite implanter efficacement une idée sur un marché ou dans l’opinion publique se doit alors de cibler le ou les individus capables de diffuser au mieux ce message. Ce phénomène de l’influence n’est autre que celui de la contagion, de la viralité.
    • Dès lors, l’efficacité d’une stratégie d’influence repose en partie sur le ciblage des « faiseurs d’opinion »
    • Romain Zerbib, enseignant-chercheur en stratégie et intervenant du master 2 Intelligence Economique et Stratégies Compétitives, définit ce concept comme « un processus d’allocation, de planification et de modulation de ressources informationnelles, cognitives, humaines et financières dans le but d’orienter l’environnement en fonction de ses intérêts ».
    • Ainsi, Katz et Lazarsfeld constate que de petits groupes, les leaders d’opinion, servent d’intermédiaire entre les médias de masse et la population.
  • tags: ennui créativité

    • Quelle est la cause d’un tel phénomène ? Sans doute, nous dit Thompson, parce qu’un esprit qui s’ennuie recherche de la stimulation :
    • L’ennui accroît la créativité,
    • Leur présence sur Internet et les réseaux sociaux ne garantit pas de toucher les internautes qui les boudent, comme l’explique Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France Inter : « De plus en plus de personnes, surtout les moins de trente ans, s’informent à partir de ce que relaient leurs proches sur les réseaux ».
    • Cependant, et c’est ici un second paradoxe, les rumeurs et fausses informations trouvent un écho significatif.
    • Face à cette constatation, 72 % des utilisateurs de réseaux sociaux déclarent faire attention à l’émetteur d’une information qu’ils partagent, et 74 % disent lire le contenu.
    • Car s’ils deviennent, en effet, la première source d’information pour de plus en plus d’internautes, 73 % des sondés disent ne pas faire confiance aux informations qui y circulent.
    • Si la télévision et Internet sont les médias en lesquels les sondés ont le moins confiance, ils sont pourtant les deux moyens d’information principalement utilisés.
    • Il n’empêche que la concentration des médias qui est à l’œuvre dans les secteurs de la presse, de la télévision et de la radio ne favorise pas une image d’indépendance des médias.
    • 67 % des sondés pensent que les journalistes sont dépendants des pressions politiques et 58 % des pressions de l’argent.
    • En outre, les médias traditionnels (radio, télévision et journaux) doivent aussi faire face à une baisse de l’attention que leur portent les Français
    • Cette baisse généralisée de la confiance dans les médias interpelle de par sa continuité depuis deux ans, et de par les niveaux extraordinairement bas atteints.
    • Depuis 1990, la radio reste le média qui inspire le plus la confiance, suivie par la presse, qui devance la télévision à partir de 2004. Internet reste le média le moins crédible aux yeux des sondés, à partir de son apparition en 2005 dans l’enquête menée par Kantar Sofres (ex-TNS Sofres) pour La Croix.
    • our l’édition 2017, la tendance à la défiance, amorcée depuis 2015, se confirme. Cette crise de confiance apparaît comme un enjeu primordial pour les médias.
  • tags: entre-soi

    • « L’homophilie sociale domine et plus la distance entre classes augmente, plus les liens se raréfient »
    • Dans une présentation complémentaire, les chercheurs ont montré que la classe supérieure dépense surtout en billets d’avion et en séjours à l’hôtel, que la plus pauvre concentre ses dépenses sur la nourriture et l’essence et que la classe moyenne dépense surtout en éducation.
  • tags: anthropologie

    • La mondialisation, c’est un double mouvement. C’est d’une part celui, évident, de toutes les économies qui rentrent dans la logique des marchés. D’un autre côté, c’est le rejet de l’Occident, de sa domination, de ses diktats.
    • Si on veut comprendre le monde contemporain, il faut essayer de savoir quels éléments de l’histoire des peuples sont toujours actifs.
    • – Le fondement de toute société, dites-vous, est politico-religieux.
    • Les rapports de parenté étaient donc non pas ignorés, mais dépassés par ces grandes initiations où toute la tribu – quelque 2000 personnes – était embarquée.
    • il existe des institutions qui soumettent la parenté à un ordre global, politico-religieux, à travers lequel la société peut travailler sur elle-même et se représenter comme un tout.
    • – Vous soulignez la nécessité de se décentrer pour comprendre l’autre et vous contestez l’idée, répandue parmi les tenants de la déconstruction la plus extrême, selon laquelle on ne pourrait rien comprendre aux sociétés d’autrui…
    • – Le terrain, dites-vous, c’est aussi un travail sur soi…
    • la parenté est complètement sociale, mais il ne s’agit pas réellement d’homosexualité.
    • J’ai rendu un rapport où je mettais en lumière les différentes lignes historiques qui aboutissaient à cette possibilité: la valorisation de l’enfance depuis Rousseau; la dépathologisation de l’homosexualité par la médecine; le fait qu’en Occident, lorsque des minorités revendiquent des droits qui ne retirent rien à la majorité, ils finissent à terme par gagner; et la découverte que les primates les plus proches de nous, les bonobos, sont bisexuels.
    • l’enseignement moral et civique (EMC) et l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Elle fait porter l’effort sur le collège, en prenant appui, entre autres, sur les professeurs documentalistes, maîtres d’œuvre de l’acquisition d’une culture de l’information, de la presse, du numérique.
    • C’est bien là où le bât blesse, disent les enseignants, pour qui les lacunes de la formation sont un point faible. L’institution a repéré le problème, la bonne volonté est là, les initiatives locales en sont la preuve, mais le cadrage demeure flou
    • « plus vieux média du monde ».
    • des formes de la rumeur, qui s’exprime aujourd’hui à travers des manifestations inédites telles que l’activisme conspirationniste et la propagation instantanée sur les communautés numériques.
    • Plus qu’une croyance collective irrationnelle, la rumeur doit être définie comme un dispositif communicationnel singulier au sein de l’économie générale de l’information.
    • L’une des logiques structurantes de ce système est que les détenteurs de l’autorité publique, les professionnels agréés de l’information et les producteurs légitimes du savoir y revendiquent conjointement le monopole de certification des informations (Veyne, 1983).
    • face à ces instances légitimes de la vérité – et, plus généralement, à la prétention de « véridiction » du pouvoir dirait Foucault – se maintiennent toujours des dispositifs alternatifs  de communication, dont la rumeur est un instrument privilégié.
    • le colportage de rumeurs peut être jugé déviant, voire déviationniste, par les tenants de l’ordre établi (et de l’ordre des vérités établies) quand il devient l’outil stratégique de groupes organisés et dissidents.
    • marquée par la clandestinité.
    • une contre-version à la version officielle
    • parce qu’elle est surveillée (Bigo et al., 2009) et parfois disqualifiée par les tenants du système légitime de production de l’information.
    • son mode d’énonciation et de diffusion
    • les dispositions relationnelles de son réseau d’affidés
    • sa grammaire narrative
    • elle n’est pas un organisme doué d’une volonté propre
    • la rumeur est une nouvelle et qu’en tant que telle
    • l’analogie supposée entre la diffusion des rumeurs et un autre phénomène
    • dit nouvelle dit lien avec l’actualité et la réalité,
    • Qui dit non vérifiée dit circuit de diffusion qui contourne ou ignore les dispositifs institutionnels qui assurent de façon habituelle la certification et la promotion publique des informations.
    • • La rumeur est une révélation, étonnante, subversive voire scandaleuse.
    • Pour produire leur effet de dévoilement, les récits de rumeurs empruntent et combinent principalement quatre thèmes narratifs 
    • la faute
    • le complot
    • le mal dissimulé
    • la trahison
    • Par le ragot, les membres de l’in-group (où s’échangent les ragots) moquent et critiquent les membres de l’out-group (qui incarnent l’altérité).
    • renforcent les valeurs qui fondent l’in-group et le distinguent et, souvent, l’opposent aux autres groupes socialement ou géographiquement contigus
    • La rumeur a donc à voir avec l’entre-soi, le sentiment d’appartenance et les identités collectives.
    • La mécanique de diffusion de la rumeur épouse précisément les ramifications des liens sociaux établis
    • un schéma de diffusion de type réticulaire ou communautaire
    • phénomène banal, normal des sociétés humaines
    • Mais, quand la demande sociale d’informations sur la situation inhabituelle ou l’événement inexpliqué est urgente et excessive, alors l’excitation collective renforce le crédit accordés à des récits moins vraisemblables et des comportements collectifs irrationnels
    • Paul Veyne a définitivement démontré que notre rapport à un récit n’est pas limité à l’alternative binaire croire/ne pas croire
    • subsiste toujours un régime pluriel du croire
    • Les psychanalystes ont, par ailleurs, mis en lumière l’importance du « Et si c’était vrai » et du « Je sais bien (que ce n’est pas tout à fait la réalité) mais quand même (ça pourrait l’être) », ces petits jeux mentaux d’arrangement avec le réel (Octave Mannoni, 1985)
    • désorganisation structurelle du système sociotechnique qui régulait jusqu’aux années 2000
    • la pluralisation des acteurs et des moyens de la communication médiatique
    • l’égalisation tendancielle des prises de parole publiques
    • la mondialisation du marché des opinions, des émotions et des causes
    • un appareil de visibilité et d’intervention dans l’espace public
    • l’émergence des médias de masse avait imposé l’instauration progressive d’une orthopédie démocratique de l’expression publique des informations et des opinions
    • . En quelques petites années, les professionnels agréés de l’information ont perdu leur monopole de gatekeepers de l’espace public et des mass media. Même quand ils font l’objet d’une sélection par un modérateur, la place accordée aux commentaires des lecteurs sur les sites des grands titres d’information ou aux messages des « twittos » au cours des émissions de talk show consacre cette abolition du monopole et cette confusion des rôles.
    • Le « fact checking » est devenu une pratique spécifique des journalistes de métier (cf. pages « Les décodeurs » du journal Le Monde, « Désintox » chez Libération), sous la forme d’une rubrique à part entière (alors même que la vérification de l’information est intrinsèque à toute activité journalistique), mais aussi des gestionnaires de contenus des sites.
    • La chaîne improvisée d’information est désormais une cohue d’annonces, d’interprétations, où les journalistes professionnels tiennent guichet à côté d’autres courtiers en nouvelles plus ou moins honnêtes et de propagandistes.
    • La rumeur apparaît en effet comme l’une des principales armes stratégiques des ennemis de la démocratie.
    • ce combat pourrait bien se limiter à une concurrence stérile des vérités.
    • Or, cette situation d’escalade communicationnelle génère principalement des effets de boucle (loops) informationnelle propices au phénomène de « bulles » électroniques autour de certains événements (cf. les rumeurs récentes, en France, autour des ABCD de l’égalité).
    • ces entreprises de prophylaxie contre les « épidémies de rumeurs » et les fausses croyances reposent sur une conception erronée du phénomène, vu comme une maladie de l’inconscient collectif, un symptôme d’irrationalité des masses hyperconnectées.
    • Finalement, en levant toute entrave légale et morale à la promotion publique comme à la consommation d’opinions et d’informations quelles qu’elles soient, Internet et les réseaux sociaux rendent malheureusement illusoire une stratégie de lutte contre les rumeurs fondée sur les seuls appels à la raison, à la responsabilité et aux valeurs démocratiques.
    • Or, à côté des promesses d’un Internet démocratique et positivement collaboratif (Cardon, 2010), Internet est aussi un gigantesque et infatigable palais des rumeurs.
    • L’une des causes principales est à chercher du côté des « communautés » qui organisent l’économie des liens sur Internet, communautés présentant une structure sociologique très singulière.
    • Tissées en apparence autour d’« amis », d’« abonnés » ou de « followers », ces communautés sont dématérialisées, indénombrables et extraverties, à l’opposé donc des communautés physiques fondées sur des liens suivis, localisés et plus sélectifs d’interconnaissance.
    • La réussite de toute interaction, dit Goffman, est indexée sur la disposition des « partenaires de l’interaction » à respecter la face sociale des autres, à maîtriser leurs expressions et impressions, à éviter les gaffes et les offenses.
    • Internet et les réseaux sociaux autorisent des interactions affranchies de ce souci mutuel d’autocontrôle et de mesure
    • Rien ou presque n’y réfrène la « sociodynamique de la stigmatisation » à l’œuvre dans le commérage et le colportage de rumeurs.
    • Par ailleurs, il faut noter que les rapports dans l’espace public numérique sont marqués par l’égalité, la publicité et la promiscuité, abolissant ainsi les frontières entre l’officiel et l’officieux, l’autorisé et le clandestin (entre les coulisses et la scène, dirait Goffman), le factuel et le conjecturel.
    • Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie.
  • tags: théorie du complot

    • Nous sommes de plus en plus exposés à des messages que nous ne pouvons décrypter.
    • du temps et des efforts.
    • Or, nous sommes désormais soumis à un véritable déluge d’informations via la télévision en continu, le web et les médias sociaux.
    • L’attention portée aux questions citoyennes est aujourd’hui largement concurrencée par le divertissement et la socialisation.
    • L’information est d’ailleurs consommée elle-même comme du divertissement, qui fait diversion sur le réel.
    • La proportion d’une classe d’âge obtenant le baccalauréat est passée de 3% en 1945, à 25 % en 1975, pour atteindre 77,2 % en 2015.
    • Les statistiques de l’armée issues des évaluations de la journée citoyenne sont encore plus inquiétantes : il y a entre 20 et 30% de jeunes qui ont des difficultés de lecture et de compréhension.
    • La réalité est qu’une flopée d’ados et d’adultes n’ont pas l’outillage intellectuel pour faire le tri de tous les messages qu’ils reçoivent.
    • C’est l’explosion de la discussion de comptoir : les nouvelles technologies ont favorisé la vulgarisation de la parole.
    • L’esprit critique se résume à la critique, sans analyse. Un rejet global de la parole officielle, des “élites”, des institutions. “On nous cache tout, on nous dit rien.”
    • En réalité, le plus souvent, nous chérissons nos croyances, car elles nous arrangent.
    • Mais plus déprimant encore est de constater que les complotistes se recrutent aussi chez les gens instruits,
    • Mais corrélation n’est pas causalité.
    • Pour vendre de l’attention, médias, blogs, groupes d’intérêt font tout pour diffuser de la peur, de la colère, de la pitié. Quitte à relayer des rumeurs, à gonfler des doutes, à exagérer des risques, à monter en épingle du rien.
    • Les individus acceptent de moins en moins l’idée d’incertitude. Ils supportent aussi très mal l’idée du risque (d’où le fameux “principe de précaution” qui – brandi à toutes les sauces – peut aussi freiner l’initiative et l’innovation).
    • Eduquer, expliquer, démonter les mécanismes de l’erreur. Ecouter, discuter, échanger, raisonner avec ouverture et sans jugement dévalorisant.
    • le poids grandissant du mensonge et de la manipulation dans les affaires publiques
    • Le mensonge est devenu une manière (jugée habile, et de fait efficace) de communiquer
    • Cela peut ne pas étonner s’agissant des adolescents et des jeunes, qui, selon une récente publication de l’Université de Stanford, sont facilement dupés par les fausses informations en ligne, du fait des faiblesses de leur capacité de raisonnement face à Internet.
    • le fonctionnement des réseaux sociaux pousse leurs utilisateurs à s’enfermer dans la bulle de leurs opinions personnelles
    • Mais peut-être y a-t-il, dans la « post-vérité », des alertes à percevoir, et des enseignements à méditer.
    • Le discours politique qui s’y complaît joue sur les émotions et les passions. Or, celles-ci sont bien le premier moteur de la vie politique.
    • Pour faire vivre la démocratie, il faut mobiliser les passions.
    • L’information (au sens de « acquérir des connaissances vraies et pertinentes », mettre en forme, savoir et comprendre, éclairer la réalité) a donc des « ennemis »
    • l’information tue l’information
    • Trop de communication, donc trop de communion
    • adopter la vision ou l’explication de la réalité qui semble la plus cohérente parce que la moins complexe
    • La « difficulté » ou la technicité. Nous avons souvent tendance à évaluer l’information à la mesure de la « performance » que représente pour nous son acquisition.
    • victime d’une stratégie
    • Les stratégies du secret
    • Les biais cognitifs en général.

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Lu cette semaine (weekly)

  • tags: journalisme

    • Ce sociologue montre bien, justement, la jonction entre l’idéologie managériale et la promotion en soi du médiocre, la déculturation galopante au sein du monde de l’entreprise, et le fait que la sophistication intellectuelle y est devenue suspecte.
    • Il était donc fondamental pour moi de rappeler que ce journal emblématique d’une certaine gauche des années 1970 avait, dès ses débuts, campé sur les apparences de l’engagement, sans jamais prendre de vrai risque.
    • Pour revenir au paradoxe que vous souligniez, je pense en réalité que les deux affirmations sont vraies : il y avait un problème avec cette gauche-là dès l’origine, mais il est tout aussi certain que nous vivons une période d’appauvrissement intellectuel inédit.
    • Mais, même à cette époque là, il y avait encore une vraie exigence intellectuelle. Les commissaires politiques des années 2000 avaient autrefois lu Faulkner et Les Temps Modernes, ceux des années 2010 regardent The Voice sur TF1.
    • Ces actionnaires ne souhaitent pas perdre d’argent, mais espèrent-ils vraiment en gagner en investissant dans la presse ? Rien n’est moins sûr. Il s’agit uniquement pour eux d’enjeux de prestige et d’outils d’influence. Aussi abîmés soient-il, ces journaux leur sont parfois encore utiles dans certains trocs indicibles.
    • Pour vous donner un exemple de la sauvagerie actuelle, il faut savoir que, à L’Obs, la directrice générale qui était censée assurer le plan social l’hiver dernier s’est mise en arrêt maladie de longue durée, tandis que le jeune DRH chargé de l’épauler a, lui, posé sa démission.
    • Disons, pour résumer, que ce à quoi on a assisté, c’est à la greffe de mœurs néolibérales violentes sur un écosystème journalistique vieillot et bohème. Une expérience assez monstrueuse si l’on y réfléchit bien. La tragédie actuelle de L’Obs en est un résultat.
    • En 2015, les deux seuls titres qui ont progressé en ventes étaient Valeurs actuelles et Le Monde diplomatique, avec des lignes très tranchées donc. C’est assez instructif, vous ne trouvez pas ?
    • Après un licenciement comme le mien, j’aime d’autant mieux vous dire qu’un mec qui aurait envie de l’ouvrir face à Xavier Niel y réfléchirait à deux fois… C’est le management par la terreur assumée.
    • Si Patrick Drahi a investi dans la presse, ou si Bernard Arnault a racheté Les Échos, ce n’est pas seulement pour bénéficier de cadeaux fiscaux. Arnault, par exemple, tout en étant le premier annonceur de la presse française, détient le seul grand quotidien économique du pays. Le compagnon de sa fille, Xavier Niel, est copropriétaire de la plus importante holding de presse française, détentrice du journal “de référence” Le Monde. On n’est pas dans la fiscalité, là : on est dans la reconstitution d’une oligarchie extrêmement puissante et tentaculaire.
    • Personnellement, je peux comprendre pourquoi les intellectuels qui vivent de l’autre côté de la Méditerranée privilégient la lutte contre l’islamisme, dont ils subissent dans leur quotidien les conséquences odieuses, et ont tendance par contrecoup à sous-estimer parfois dangereusement les discriminations vécues par les musulmans dans les pays européens.
    • Quand on reste longtemps dans un journal comme L’Obs, le risque est d’une autre nature. C’est la perte de temps et d’énergie dans les guerres intestines auxquelles il faut sans cesse faire face. Autant de temps et d’énergie qui auraient pu être mieux dépensés.
    • Il est certain que j’aurais pu exercer ce métier dans de bien meilleures conditions dans des médias alternatifs. Mais il faut rappeler qu’au début des années 2000, ces médias n’existaient tout simplement pas.
    • Absolument. On n’a pas assez analysé cette compétition symbolique atroce que le pouvoir a instauré entre Nuit debout et les manifestions post-attentats de 2015. Comme si ces dernières exprimaient un quelconque soutien au pouvoir, ce qui relève d’une récupération indécente.
    • Le président du prix, Patrick Besson, a été personnellement touché par le livre car, lui aussi, a eu à subir en son temps des descentes musclées de la part de la police intellectuelle du “monde libre”, et lui aussi a connu l’ostracisation et les blessures qu’elle engendre.
    • C’est un des dangers du champ médiatique. À force de se faire tirer dessus par la gauche, certains intellectuels hétérodoxes finissent par ne plus parler qu’à la droite, parce qu’ils ont l’impression qu’il n’y a que là qu’ils sont compris, ce qui est extrêmement dangereux.

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Lu cette semaine (weekly)

    • Ce dont il s’agit c’est qu’elle ne parvient pas à corriger les effets des inégalités sociales sur les apprentissages scolaires.
    • aucun système scolaire ne parvient à le faire sinon marginalement.
    • Mais partout, on peut observer que la pauvreté, la misère ou la précarité ne favorisent pas les parcours scolaires paisibles.
  • tags: méthode

    • Une méthode d’analyse est avant tout une manière de représenter un ensemble d’informations, en les reliant ou en les comparant entre elles.
    • une méthode d’analyse ne vaut que par son application : l’enseigner sans donner de cas réel d’application ou sans mener des exercices avec n’est pas pertinent car l’objectif de l’analyse est d’aider à la décision.
    • Le principal risque de la phase « analyse » est l’analyste lui-même car il peut commettre des erreurs d’analyse, de façon volontaire ou inconsciente.
    • Quel qu’en soit le nombre il est rare que l’on ait le temps de toutes les appliquer car chacune requiert une manière de formater et structurer les données, et parfois un logiciel.
    • la SWOT, sont utilisées pour analyser toutes sortes de situations alors que son rôle est de représenter de façon synthétique les forces, faiblesses, menaces et opportunités d’une organisation seule
    • La MEDO décrit un processus d’analyse d’un environnement militaire confrontant différentes hypothèses ami/ennemi afin de prendre une décision : est-elle utilisable dans une entreprise ?
    • Il n’en est rien : un biais cognitif est la conséquence involontaire, automatique et systématique d’une opération de simplification conduisant à une erreur de jugement, que réalise en permanence le cerveau de n’importe quel individu.
    • La seule manière de lutter contre les biais est de les connaître, de se connaître, d’utiliser des processus pour les contrer et de travailler en équipe.
    • Il est avéré qu’une équipe aux compétences diversifiées (tant par les parcours personnels que les compétences rassemblées ou les langues/cultures maîtrisées) a une meilleure efficacité dans l’analyse et un moindre risque d’exposition aux biais.

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Lu cette semaine (weekly)

  • tags: théorie des communs réciprocité réciprocité positive réciprocité négative réciprocité symétrique autorité collectif

    • D’un autre côté, le commun est une réciprocité collective, c’est-à-dire une structure de réciprocité particulière de tous pour tous, puisque : « On en tirera ici cette conséquence que le terme de “commun” est particulièrement apte à désigner le principe politique d’une co-obligation pour tous ceux qui sont engagés dans une même activité »[22].
    • D’un côté, le commun apparaît comme réciprocité, et à ce titre possède tous ses caractères : il est une pratique qui engendre une autorité sous forme d’une charge ou d’un statut social ou une responsabilité politique.
    • « Le terme qui désigne la réciprocité “mutuum”, est d’ailleurs dérivé de “munus”. Mais le “munus” n’est pas pour autant réductible à une exigence formelle de réciprocité. Sa singularité réside dans le caractère collectif et souvent politique de la charge ré-munérée (au sens étymologique du verbe remuneror, qui veut dire offrir en retour un présent ou récompenser).
    • Notre liberté naît en effet du respect, de sorte que la liberté de chacun commence où commence celle d’autrui.
    • Cette réciprocité, que nous disons symétrique, de quoi est-elle plus précisément la matrice ? Cette “ bonne distance sociale”, comme disent les anthropologues, est la matrice du respect, c’est-à-dire d’un “Tiers” commun qui ne se manifeste par aucun imaginaire ni pouvoir
    • Nous introduisons ici le terme de réciprocité symétrique comme la matrice des valeurs éthiques pures : la responsabilité, la confiance, la justice, l’amitié, ces valeurs menacées dans l’imaginaire du prestige ou de l’honneur de se transformer en pouvoir.
    • Quelle que soit la structure considérée et la valeur produite, lorsque celle-ci naît d’une relation de réciprocité symétrique et non plus positive ou négative, elle se développe comme un sentiment objectif.
    • La valeur produite s’affranchit de l’imaginaire de la réciprocité positive (le prestige) et de l’imaginaire de la réciprocité négative (l’honneur)
    • La bienveillance n’efface pas la violence. Elle la domestique, en quelque sorte, en l’introduisant dans son propre devenir de façon dialectique. Et celui qui donnera plus obligera ceux qui donneront moins. Cette différence se traduit en autorité[17]
    • Le moteur de la production reste le savoir-faire et le travail personnel. La générosité est dictée par le souci d’être le plus grand donateur, mais incite autrui à une compétition qui n’est pas sans rappeler la concurrence, bien qu’en réalité elle s’inspire de la réciprocité négative[16]
    • au fur et à mesure qu’elle intègre plus de monde, impose d’investir davantage pour assurer une redistribution plus grande.
    • Ces propriétés reviendraient à la communauté villageoise seulement si la famille disparaissait. Peut-on définir une propriété de façon plus forte ?
    • William Carter et Mauricio Mamani utilisent le terme occidental d’usufruit pour dire la propriété du jeune couple.
    • désigner non seulement ce qui est “mis en commun”, mais aussi et surtout ceux qui ont des “charges en commun”.
    • si le don se convertit en redistribution pour le plus grand nombre, l’autorité morale du plus grand donateur devient celle du représentant politique de la communauté
    • la valeur produite par la réciprocité, le Tiers, est d’abord une force morale, comme dit Mauss : la valeur créée par la relation de réciprocité est une puissance d’investissement de nature éthique.
    • L’idée que le commun signifie à la fois donner (la charge) et une valeur éthique (une responsabilité) mérite d’être explicitée.
    • Le don engendre le prestige, et le contre don apparaît comme récompense qui fait obligation à son bénéficiaire de reproduire la réciprocité pour garder son rang, ce qui devient la charge.
    • Il s’ensuit une dynamique orientée dans la circularité des dons : sans doute l’origine de la primauté, que remarque Aristote, de celui qui donne sur celui qui reçoit.
    • par sa racine, il renvoie à un type particulier de prestations et de contre-prestations qui concernent des honneurs et des avantages attachés à des charges »
    • le terme latin “munus” appartient dans les langues indoeuropéennes au vaste registre anthropologique du don, tout en désignant un phénomène social spécifique
    • Comment s’effectue le passage entre la réciprocité donnée par la nature dans la communauté d’origine, la communauté de parenté, et la réciprocité voulue par la raison pour créer la cité ?
  • tags: aristote théorie des communs individu réciprocité responsabilité

    • Et l’on est ainsi conduit au débat entre les citoyens qui fondent l’État, au rôle de la transmission des valeurs acquises telles que l’amitié, la responsabilité, la confiance, par l’enseignement et l’éducation, mais sans oublier la définition du citoyen à partir de l’entraide réciproque qui caractérise la koinonia, la communauté de l’oikos, la maisonnée, où tout est commun et qu’Aristote reconnaît comme la structure de réciprocité originelle
    • Nous avons insisté sur le fait que la parité des citoyens était scellée par la philia, qui procédait elle-même d’une réciprocité inaugurale de toute vie sociale, le commun de la parenté.
    • Aucun sentiment créé par la réciprocité ne pourrait fonder la cité sans la raison éthique qui permet de limiter l’imaginaire ou la démesure du pouvoir de chacun.
    • le commun doit être interprété comme la relation collective qui permet d’instituer des règles de vie qui améliorent les conditions d’existence de tous.
    • L’individu est désormais sensé revendiquer la propriété des moyens qui lui sont nécessaires pour exercer la responsabilité qui lui incombe vis-à-vis d’autrui
    • la matrice de l’individuation et de la responsabilité qui trouve son origine dans la filiation
    • la matrice de la philia, l’alliance ou le commun
    • La relation réciproque est en réalité, dès l’origine, double
    • Ici on voit poindre l’idée que le commun ne suffit pas à épuiser le sens de la réciprocité.
    • La structure sociale du marché qui fait intervenir la production individuelle, l’échange de réciprocité et la consommation individuelle, échappe à la définition du commun
    • tout le monde met en commun ses réflexions pour définir les objectifs essentiels de la cité.
    • C’est à ce stade que Pierre Dardot et Christian Laval situent leur conception du commun qui n’est pas seulement de mettre en commun des forces productives pour une consommation partagée mais la procédure de fondation de la cité : la démocratie. Le commun est au fond synonyme de délibération, et celle-ci de démocratie politique.
    • le sentiment individuel du tiers intermédiaire entre deux protagonistes d’une relation de réciprocité ternaire généralisée, qui reçoit de l’un et qui donne à l’autre et redonne au premier de ce qu’il reçoit du second, est le siège du sentiment de justice ou plus exactement d’un sentiment de responsabilité qui se transforme en sentiment de justice.
    • ce Tiers est toujours le juste milieu entre deux contre-valeurs opposées, le juste milieu entre les contraires,
    • le produit d’une relation de réciprocité simple (le face-à-face, par exemple) est un Tiers commun, l’amitié, incommensurable (“inappropriable” diraient Dardot et Laval) parce qu’on ne peut en prendre la mesure pour en faire une norme.
    • C’est, précise-t-il, à partir de la genèse du sentiment de justice que l’on peut découvrir que la matrice de toutes les valeurs éthiques est la réciprocité
    • Le partage est donc déjà ternaire et produit non plus le sentiment de fraternité entre pairs mais le sentiment de responsabilité des uns pour les autres ainsi que le sentiment de justice.
    • chacun doit faire face à tous mais reçoit des uns et redonne aux autres.
    • la genèse du commun à partir de relations réciproques précises : la metadosis, le partage. Le partage est une structure de réciprocité intermédiaire entre le face-à-face collectif (la communion de la maisonnée) et la structure ternaire généralisée (le marché)
    • On en déduit donc que ce sont bien les pratiques de réciprocité qui engendrent le sentiment de responsabilité, comme celui de l’amitié.
    • l’activité humaine est toujours co-activité et co-obligation, co-opération et réciprocité »
    • Et c’est à partir de leurs pratiques que l’on peut rendre compte du mouvement même des sociétés pour autant que, comme Marx l’a souligné, la société est le “produit de l’action réciproque des hommes”.
    • on posera ici que ce sont les pratiques qui font des hommes ce qu’ils sont.
    • Il plaide, par contre, en faveur de la responsabilité et de la générosité des uns vis-à-vis des autres
    • la propriété privée capitaliste, la propriété privatrice du droit d’autrui.
    • respecter cette série de causes et d’effets : réciprocité –> amitié –> propriété particulière –> générosité.
    • on doit se souvenir que la philia est elle-même engendrée par la réciprocité
    • Si Aristote approuve la propriété individuelle, c’est dans la mesure où elle est ordonnée à l’usage commun de ceux qui sont unis entre eux par l’amitié (philia), comme l’ont souligné Pierre Dardot et Christian Laval.
    • si la distinction entre la propriété et l’usage est théoriquement féconde, comme nous aurons l’occasion de nous en convaincre tout au long de l’ouvrage, la réalité de l’usage commun des biens privés est remise à la seule “vertu” qui résulte de la législation et de l’éducation »
    • Sa principale limite, qu’il ne saurait être question de méconnaître, est de préconiser la propriété privée des biens sous la condition que ce qui est possédé privativement relève de l’usage commun
    • la pratique de mise en commun la condition même de tout commun, dans ses dimensions affectives et normatives.
    • « L’institution du commun (koinôn) est l’effet d’une “mise en commun” qui suppose toujours une réciprocité entre ceux qui prennent part à une activité ou partagent un mode d’existence. Ce qui est vrai d’une petite communauté d’amis visant une fin commune l’est également, à une autre échelle, de la cité qui est orientée vers le “bien souverain”.
    • L’abus à Rome consistait à retirer de la propriété communautaire un bien et à l’aliéner dans le commerce et l’échange, le contraire donc de l’abusus bourgeois qui consiste à séparer un bien du domaine de l’échange et le destiner à une consommation hors du marché
    • C’est la valeur produite par cette communauté que doit exprimer le dominus.
    • Et que signifie maison ? La première institution sociale de l’humanité issue de la relation exogamique entre deux familles biologiques.
    • Le maître se situe à l’extérieur de l’emprise de la loi puisqu’il est toujours en situation de pouvoir la modifier ou de s’en exempter. Soit ! Mais tient-il son pouvoir de lui-même ?
    • On sait que le dominium renvoie à domus, la maison, et que celle-ci conduit à dominus : le maître de la maison, autrement dit à la souveraineté.
    • Cela s’entend si l’on veut marquer que le dominium et la propriété privée sont des droits absolus. Marx lui-même appelle le dominium “propriété privée patriarcale”.
    • Par “politique”, nous entendons cette activité de délibération par laquelle les hommes s’efforcent de déterminer ensemble le juste, ainsi que la décision et l’action qui procèdent de cette activité collective »
    • Les conclusions de l’épisode sont de deux ordres. Il confirme qu’une image narrative est une ellipse qui perd toute signification en l’absence du récit qui la sous-tend.
    • Mais la discussion d’une image énigmatique aura exposé pendant une bonne partie de la journée un public de gauche à une opinion de droite – opinion qui sera restée pour beaucoup incompréhensible, témoignant de la complexité des réseaux signifiants à l’œuvre derrière les identités politiques
  • tags: base de données des émotions capitalisme affectif émotion reconnaissance faciale

    • Quelque chose permettant d’assurer le lien, le passage entre le séquençage, la mise en index de nos comportements et des différents objets connectés. Ce quelque chose c’est la base de donnée des … émotions.
    • L’analyse des « émotions » c’est celle d’algorithmes qui après s’être entraînés à la reconnaissance d’images (et ils ont encore un peu de mal même si les progrès de ces dernières années sont hallucinants) se spécialisent désormais dans la reconnaissance faciale pour être capables de détecter et de reconnaître si nous sommes tristes, embarrassés, heureux, gênés, etc. Et aussi naturellement pour tout un tas d’applications pas très humanistes de vidéo-surveillance.
    • , je vous renvoie à l’extension pour le navigateur Chrome qu’un développeur a mis en libre accès et qui permet de « voir » les informations extraites par Facebook de la moindre des photos déposées sur son résea
      • En quoi ces « émotions » peuvent permettre d’être le chaînon manquant entre :

         

         
      • « nous » (nos comportements, nos actions),
      •  

      • la multiplicité de terminaux connectés à notre disposition (ordinateurs, tablettes, smartphones mais aussi « objets » connectés et capteurs passifs)
      •  

      • et les interfaces que nous utiliserons le plus demain (c’est à dire principalement les interfaces vocales) ?
  • La réponse à cette question est la suivante : dans les interactions homme-machine qui domineront demain nos vies connectées, ce sont les « émotions » qui seront les mieux à même d’apporter les éléments contextuels nécessaires à la compréhension fine de nos requêtes et de nos (inter)actions.
  • Mais le fait est que sans compréhension du « contexte », les algorithmes, quels qu’ils soient, ne peuvent nous apporter que des réponses « impersonnelles » (= non personnalisées) et ça c’est pas bon pour le modèle économique des grandes firmes
  • La capacité de comprendre le contexte est donc l’élément clé qui permet de faire tourner la régie publicitaire.
  • Car si le web actuel s’est bâti sur une économie de l’attention, chacun a compris la corrélation directe existant entre « l’attention portée » et « l’émotion suscitée ».
  • partage le plus, sont ceux qui disposent du plus fort capital émotionnel
  • Il existe même une « hiérarchie » émotionnelle et l’on sait, par exemple, que « la colère est beaucoup plus influente que les autres émotions comme la joie ou la tristesse« .
  • La nouveauté vient, d’une part, de la quantification fine desdites émotions et, d’autre part, de l’échelle littéralement « industrielle » à laquelle il est possible de les instrumentaliser sur des niveaux de prédictibilité plus ou moins discutables.
  • celui du brevet déposé par Apple en janvier 2014 censé permettre de diffuser des publicités contextuelles en fonction de l’humeur de l’utilisateur :
  • « Selon le brevet, les critères pour la définir peuvent reposer sur la collecte de diverses informations, comme la pression sanguine, le rythme respiratoire, la température du corps, mais aussi des schémas de comportement selon les contenus et applications utilisées, qui peuvent donner une idée de l’état d’esprit
  • Ces éléments peuvent servir à définir des profils (« plutôt heureux », « plutôt triste », etc) à partir desquels des publicités choisies peuvent être proposées, en plus d’autres types de données personnelles plus classiques (âge, sexe, localisation…).« 
  • « Les caractéristiques associées à l’humeur peuvent être physiques, comportementales ou spatio-temporelles.
  • Par exemple, le rythme cardiaque, la pression sanguine, le niveau d’adrénaline, la fréquence respiratoire, la température corporelle et les expressions vocales peuvent être utilisés pour déterminer l’humeur d’un utilisateur.
  • Les données spatio-temporelles sont utilisées pour inférer certains types d’humeurs à partir de caractéristiques types de certaines humeurs déjà enregistrées.
  • Dans certains cas, l’humeur est jugée par une caméra qui, lorsqu’elle est couplée à un logiciel de reconnaissance faciale, peut mesurer les expressions faciales.
  • En fin de processus, une base de donnée contenant l’ensemble des informations sur le profil d’un utilisateur est automatiquement mise à jour en fonction d’un ensemble de règles définies soit par l’utilisateur soit par le système. Certains éléments du profil peuvent être revus en fonction des besoins nécessaires aux algorithmes d’apprentissage (« learning algorithms ») qui vont puiser dans des données externes comme par exemple le compte iTunes.
  • Les émotions sont un peu à la reconnaissance faciale en particulier (et à la reconnaissance d’image en général), ce que les entités nommées sont à la linguistique de corpus et au TAL (traitement automatique des langues).
  • « Une base de donnée de émotions d’environ 4,7 millions de visages analysés et de 50 milliards de points émotionnels enregistrés. » C’est énorme
  • Enorme et ridicule à la fois si l’on songe que Facebook dispose de son côté de 1,5 milliards de profils avec pour chacun d’entre eux des centaines de photos associées. Imaginez deux minutes que la techno d’Affectiva se mette à tourner sur Facebook, et cette base de donnée déjà gigantesque de 4,7 millions de visages prendrait alors des allures … dantesques
  • Et que ce sera le paradis puisqu’on pourra « optimiser l’engagement » pour réaliser des publicités plus efficaces (sic), des bandes-annonces plus percutantes (sic),
  • Le premier âge, c’est donc celui d’une complémentarité entre l’homme et la machine.
  • Le deuxième âge, ce n’est donc plus celui de la complémentarité homme-machine, mais celui d’une substitution.
  • mais d’une forme inédite de dépendance, et donc de domination émotionnelle
  • L’informatique affective n’a pas pour objet de comprendre nos émotions. La compréhension de nos émotions n’est qu’un moyen au service d’un objectif premier qui consiste à nous proposer des réponses émotionnelles pré-construites. La réponse avant la question, une fois de plus
  • Alors demain, lorsque moteurs, programmes, terminaux, algorithmes et interfaces sentiront, non plus seulement les « sentiments du monde » mais chacune de nos propres émotions, qu’arrivera-t-il s’ils comprennent et répondent mal à la peur, à la souffrance, à la surprise, à la joie, à la tristesse ? S’ils nous proposent de mauvaises réponses émotionnelles ? 
  • tags: pensée critique critical thinking

  • tags: drogue effet

    • « la causalité est complexe, mais ce qui est clair, c’est qu’elle va dans les deux sens : les drogues «répondent» aux questions culturelles et permettent à des cultures d’être créées autour d’elles. »
    • , les choses ne sont pas aussi simples qu’une drogue par génération.
    • A différentes populations, différents psychotropes.
    • notre structure neurologique. Mais cette fois, en 2016, David Nutt et son équipe ont utilisé toute la technologie disponible comme l’IRM ou la magnétoencéphalographie pour étudier le cerveau des patients sous trip.
    • Première constatation, le comportement du cortex visuel change : ce dernier communique beaucoup plus que d’habitude avec les autres parties du cerveau, ce qui peut expliquer le côté hallucinogène du LSD. 
    • Ensuite, et c’est le plus intéressant : les sujets, nous dit Inverse semblent posséder un « cerveau intégré et unifié » similaire « à la nature hyper-émotionnelle et imaginative de l’esprit d’un enfant ». C’est précisément cet aspect qui permet l’usage du LSD en psychothérapie, plus que ses effets hallucinogènes (très exagérés de toute façon).
    • s le voyage psychédélique n’est pas toujours une promenade d’agrément. Le « bad trip », un événement cauchemardesque et angoissant, est toujours à l’affût.
    • 5 participants auraient développé des tendances dépressives, voire suicidaires, durant leur « voyage », mais six autres auraient affirmé que leur propension à l’anxiété et à la dépression aurait disparu suite à cette terrible expérience.
  • tags: facebook algorithme source évaluation de l’information infotainment média social

    • The company uses a mix of secret-sauce algorithms to choose which pieces of news you see.
    • Some items are displayed based on what you’ve responded to before. For example, if you always like or reply to news from Trevor but ignore news from Mike, you’re going to see more Trevor and less Mike.
    • Given that Facebook’s main goal is to serve you ads and get you to buy things, their number-one priority is keeping you glued to your feed.
    • If you see a bunch of things you hate in your feed, you’re going to stop looking at it and take your clicks elsewhere.
    • Common sense dictates that Facebook should avoid showing you news that will upset you or make you angry
    • Sure enough, the people fed positive news responded with more indicators of happiness.
    • To the extent that people at Facebook believe their own data analysis, they know that the news feed affects people’s emotions and shapes their perceptions of the world. Their business depends on it.
    • Facebook’s big innovation was the discovery that it could sell ads against people’s friendship networks.
    • We consume each other’s posts on Facebook the same way we consume new episodes of Mr. Robot and with the same result. Our eyeballs translate into ratings, which translate into ad dollars.
    • This courting intensified with the creation of the Facebook Instant service in 2015, which allows media companies to publish stories directly on Facebook and share ad revenues.
    • Your news feed would not discriminate between stuff your friends passed along and news sources.
    • This rule had one exception. To the right of the news feed on your default Facebook page is the « trending » module.
    • For a while, Facebook had a team of human editors who curated trending news from a long list of reputable sources.
    •  Facebook fired them and set up an algorithm to take their places.
    • With no human checks on it, that algorithm immediately started posting fake news.
    • Facebook’s algorithms are great at keeping people glued to their screens, but they are terrible at distinguishing real news from fake
  • tags: facebook algorithme source évaluation de l’information éducation aux média consommation infotainment

    • Ces pratiques de publication de faux articles sont donc plus répandues que nous ne le pensons. 
    • Le problème n’est pas l’existence de faux sites d’information, mais le relais de leurs articles à grande échelle.
    • En clair : Facebook est-il un média (qui diffuse de l’information) ou une plateforme sociale (qui héberge des contenus) ? 
    • Cette posture les arrange, car comme ça ils n’ont pas à subir les contraintes des médias (responsabilité du directeur de la publication en cas de diffamation…),
    • mais bénéficient quand même d’une très large audience qu’ils peuvent monétiser auprès des annonceurs.
    • Mais ça serait oublier que depuis 2 ans ils travaillent très dur pour faire de Facebook la première source d’information, notamment en draguant les éditeurs de sites d’informations pour héberger leurs articles grâce à la fonction Instant Articles.
    • Les choses se sont accélérées cet été avec le scandale du bloc « Trending News » : une petite équipe de modérateurs humains étaient en charge de la modération des actualités
    • Certains observateurs se sont rendu compte que cette équipe ne relayait que très peu d’articles sur les candidats républicains (et Trump en particulier), ils s’en sont plaint et l’équipe a été remplacée par un algorithme
    • Vous noterez que cela s’applique également à Twitter où le bloc « Trending topics » peut être facilement détourné en mettant à contribution un certain nombre de personnes pendant un court laps de temps, mais il se trouve que c’est à Facebook qu’on le reproche, car la portée est plus grande.
    • La solution serait de réglementer les publications sur Facebook en supprimant celles qui sont jugées fausses. Le problème est que c’est un jeu dangereux, car la frontière avec une forme de censure est très fine.
    • Idéalement, il serait plus simple de scinder en deux le news feed avec d’un côté ce qui relève du divertissement, et de l’autre les actualités plus sérieuses, mais ça voudrait dire diminuer la puissance de Facebook, donc ses revenus.
    • En fait, quand on y réfléchit bien, on se dit qu’au départ, l’idée de mélanger actualités sérieuses, contenus divertissants et partages de vos proches, le tout en respectant l’étique et la rigueur journalistique est une promesse impossible à tenir.
    • es équipes de Facebook ne décident pas de ce qui va être publié sur votre fil d’actus, ils ne l’ont jamais fait.
    • Le filtrage des publications sur le news feed est régit par un ensemble de règles qui reposent sur les choix des utilisateurs eux-mêmes (les articles qu’ils ont aimés ou relayés précédemment).
    • Et si le vrai coupable dans cette histoire était tout simplement l’infobésité ?
    • Il faut dire que les internautes sont maintenant exposés à un nombre ahurissant de sources et à une somme toujours plus importante d’unités d’information
    • Le vrai problème est que les internautes ont une attention limitée, ils privilégient donc les sources d’informations qui leur apportent le plus de satisfaction avec un minimum d’effort
    • Puisque les utilisateurs peuvent avoir tout ça auprès d’une source unique, gratuite, qui tient dans la poche (leur smartphone) et qu’en plus ils peuvent retrouver dessus leurs amis d’enfance et avoir des nouvelles du petit cousin, alors pourquoi continuer à payer un abonnement pour un journal papier qui déblatère toujours les mêmes histoires (les réactions aux réactions des politiques) et des journalistes qui ne savent même plus anticiper les résultats des élections ?
    • Avec ce raisonnement, on se retrouve avec l’outil de communication le plus puissant de l’histoire de l’humanité, mais sans aucun mode d’emploi ou précaution d’utilisation.
    • un outil numérique (Facebook) qui remplace un support analogique (les journaux papier) avec des utilisateurs qui ne changent pas leurs habitudes (« je me nourris tous les jours avec de l’info« ) et ne savent pas prendre un minimum de recul (« si c’est écrit, c’est que c’est vrai« ).
    • Au final, la seule véritable solution durable à ce problème de faux articles serait d’éduquer les utilisateurs
    • vérifier la source (l’origine de la publication)
    • ne pas se laisser influencer (vérifier celui ou celle qui relaie)
    • ne pas relayer sans avoir lu ou vérifié…
    • Et n’oubliez pas que le premier filtre, c’est vous, pas un algorithme auto-apprenant conçu à l’autre bout du monde.
    • Conclusion : le média idéal n’existe pas. Vous pouvez faire confiance à Facebook pour vous divertir (de même qu’à Instagram ou Youtube), mais vous ne pouvez pas leur faire confiance pour vous informer ou vous instruire (c’est le pré carré des professionnels de l’information).
    • Vous pouvez télécharger l’ensemble de ce billet en cliquant ICI. (PDF) Il contient des schémas qui ne sont pas présents dans le billet publié.
    • les actes et les outils
    • la pensée en action dans une CRP est un réseau de conduites et de dispositions qui s’entremèlent, qui se supersposent.
    • Les outils que nous utilisons dans une CRP nous plongent régulièrement dans ce rapport parties/tout. Ainsi, évaluer une raison (partie) est un acte qui consiste à réfléchir sur l’acte de réfléchir (tout), mais réfléchir sur l’acte de réfléchir (tout) va bien au-delà de cet acte (pour y arriver, on peut être en train d’évaluer la valeur d’un exemple, d’un contre-exemple, de la façon dont on s’y prend pour rechercher, etc. : parties).
    • La vie de la pensée dans une CRP est un vaste réseau de relations entre différentes conduites
    • Regardons d’un peu plus près quelques-unes de ces conduites
    • Chercher un exemple consiste à trouver un cas particulier qui pourrait illustrer une règle, une loi, un principe.
    • Un bon exemple sera celui qui montrera le mieux ce dont il est question.
    • Par ailleurs, chercher un contre-exemple consiste à identifier un cas qui remet en cause une généralisation ou qui contredit un argument. Le contre-exemple est un bon outil pour défaire une généralisation hâtive; ou pour nuancer un propos
    • Il aide à voir que l’universalité, si désirée par certains, n’est guère facile à trouver.
    • Le raisonnement de classe est l’un des plus importants de l’univers de la pensée. Nous disons souvent du raisonnement de classe qu’il correspond à l’habileté à organiser l’information.
    • Une classe est une catégorie générale dans laquelle nous insérons des éléments divers qui présentent des points communs entre eux.
    • La classification est intimement liée aux critères, en ce sens que pour classifier, nous utilisons généralement des critères.
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    Lu cette semaine (weekly)

    • tags: collecte données personnelles modèle économique technologie cookie navigateur adresse IP publicité contextuelle objets connectés

    • tags: anonymat tor ultrason publicité tracking

      • Les annonceurs cachent dans leurs publicités des ultrasons. Quand la publicité est diffusée sur une télévision, sur une radio ou en ligne, elle émet des ultrasons pouvant être captés à proximité par les micros des ordinateurs ou des smartphones. Ces terminaux peuvent ensuite interpréter les instructions cachées des ultrasons via une application. En général, elles demandent d’effectuer un ping vers le serveur de l’annonceur. Objectif de ce dernier avec l’uXDT : connaître les liens d’une personne avec l’ensemble de ses terminaux et proposer de la publicité ciblée.
      • Première étape de l’attaque, amener l’utilisateur du réseau Tor vers une page web contenant des publicités émettant des ultrasons ou une page web intégrant un code JavaScript caché qui force le navigateur à émettre des ultrasons via l’API Audio HTML5.
      • Si un smartphone est à proximité et qu’il dispose d’applications supportant uXDT, une agence gouvernementale ou un Etat pourrait assigner une liste d’annonceurs à fournir les détails sur les utilisateurs.
      • Et les tests réalisés par l’équipe de Vasilios Mavroudis sont concluants. En analysant le trafic émis par les ultrasons vers le smartphone, elle a pu découvrir l’adresse IP réelle de l’utilisateur, les coordonnées de géolocalisation, le numéro de téléphone, l’ID d’Android, le code IMEI et l’adresse MAC du PC.
    • tags: parole capitalisme linguistique droit oralité preuve enregistrement frontière privé public assistant personnel

    • tags: réussite scolaire classe sociale différenciation réflexivité apprentissage langage fonction de l’école sociologie

      • ces deux sociologues font le constat d’une corrélation entre l’origine sociale d’une part et l’orientation scolaire d’autre part, et montrent que l’école joue un rôle de légitimation et de reproduction des inégalités sociales.
      • Bourdieu et Passeron montrent que l’école, reproduisant le modèle culturel des catégories sociales favorisées, sanctionne ce qui est culturellement légitime et sélectionne ceux qui sont capables de se l’approprier.
      • qu’est-ce donc que ces élèves qui échouent à l’école n’arrivent pas à faire ?
      • Echouer à l’école, c’est avoir des mauvaises notes, redoubler une ou plusieurs classes, avoir un parcours scolaire davantage subi (en obtenant des orientations non désirées) que voulu, ou simplement un parcours scolaire socialement dévalorisé (en faisant des études techniques ou professionnelles ou en allant à l’université plutôt que dans une grande école).
      • C’est ne pas obtenir son diplôme, ou obtenir un diplôme peu valorisé.
      • C’est se trouver dans une position à la fois socialement peu légitime et économiquement difficile, dans une société où l’accès aux emplois et le niveau de revenu dépendent étroitement du diplôme.
      • l’échec scolaire est à la fois une notion relative (un parcours scolaire est plus ou moins réussi ou raté)
      • relationnelle (l’échec est décrit en référence à ce que serait la réussite).
      • L’échec scolaire est donc un « problème social » qui se développe à partir des années 1960, dans un contexte de massification de la scolarité secondaire, présentée comme une « démocratisation » (son ouverture aux enfants des classes populaires).
      • Confrontés aux exigences de la culture scolaire secondaire, eux-mêmes produits des codes culturels des classes dominantes, les enfants des classes populaires échouent à en assimiler les codes parce qu’ils se trouvent dans une situation de décalage culturel.
      • Que montre-t-il ? Que c’est leur rapport différent au langage qui met les élèves en difficulté dès les premières classes.
      • Bernard Charlot, Jean-Yves Rochex et Elizabeth Bautier mènent une enquête auprès de collégiens de ZEP et hors ZEP à qui les auteurs ont fait rédiger des « bilans de savoirs » (dans lesquels ces derniers étaient invités à écrire sur ce qu’ils ont appris à l’école) et avec qui ils ont mené des entretiens.
      • Leur interrogation porte sur le rapport que les élèves portent au savoir (on peut définir le savoir comme un ensemble de processus de production de ce qu’on sait et un ensemble de produits qui constituent l’ensemble de ce qu’on sait).
      • A leur tour, ils montrent que les différences de réussite scolaire sont déterminées par un rapport différencié au savoir en fonction de l’origine sociale.
      • Elles ont ainsi pour point commun de montrer que l’échec scolaire est avant tout l’échec dans l’appropriation d’un univers étranger.
      • L’enquête de Bernard Lahire reposait sur une hypothèse forte : l’école reproduit les normes langagières des catégories sociales dominantes, qui sont celles d’un rapport « scriptural » (qui passe par l’écrit) au monde
      • Les catégories sociales dominantes utilisent le langage pour exercer un pouvoir économique (par les opérations comptables que l’écrit permet)
      • social et symbolique (par les opérations de classement et d’ordonnancement des individus et du réel en général que l’écrit permet)
      • politique (par le pouvoir de fixer la loi que l’écrit permet).
      • Les catégories sociales favorisées, qui sont aussi les catégories sociales dominantes (celles qui exercent le pouvoir), ont un rapport au langage qui tend à l’objectiver, à le mettre à distance : le langage est codifié (par la grammaire), il est réfléchi (par la linguistique, mais aussi par exemple par la poésie, qui est un jeu avec le langage).
      • Parallèlement, dans les catégories sociales défavorisées (et dominées), le langage est avant tout un outil de communication.
      • Il n’est pas intéressant pour lui-même : il sert à passer et recevoir des messages : il s’agit d’un rapport « oral » au langage.
      • l’enfant en difficulté ne comprend pas que l’enseignant lui demande de prendre le langage comme objet de réflexion et continue d’utiliser le langage comme il le fait habituellement, comme un outil non réflexif de communication.
      • c’est qu’elle permet de centrer la réflexion du sociologue sur ce qui rate dans la communication scolaire, sur ce qui met les enfants des catégories défavorisées dans une situation de difficulté spécifique que ne rencontrent pas les enfants habitués, dans leur milieu social, à un rapport « scriptural » au langage.
      • les élèves les plus en difficulté (qui sont aussi ceux qui viennent de milieux sociaux défavorisés) se définissent par un rapport à l’école qui n’implique pas le même type de rapport au savoir.
      • Ces élèves relient le fait de se mobiliser à l’école au fait d’avoir plus tard un métier et non au contenu scolaire lui-même.
      • A contrario, chez les bons élèves (qui sont aussi ceux qui viennent des milieux les plus favorisés), le rapport au savoir est central, il présente du sens en lui-même, indépendamment de la question de son utilité sociale.
      • L’enquête de B. Charlot, E. Bautier et J-Y Rochex montre plus généralement un rapport plus « professionnel » à l’école chez les élèves issus des milieux défavorisés:
      • Le cas de ces « méshéritiers », qui sont statistiquement des exceptions, relève pourtant de régularités statistiques renvoyant à la question de la transmission : leurs difficultés s’expliquent par ce qui, du capital culturel et scolaire, a été effectivement transmis, et par le contenu même de cette transmission, en termes de perception de l’école, de pratiques culturelles et d’organisation du temps.
      • L’échec scolaire, dans les analyses que nous avons citées, apparaît principalement comme une forme de désorientation liée à l’incompréhension par l’élève de ce que requiert la réussite scolaire.
      • le malentendu qui se noue en classe entre l’enseignant et l’élève lorsque le premier enseigne et le second apprend.
      • L’hypothèse d’Escol est celle d’« une inadéquation des pratiques d’enseignement (objectifs assignés, choix des tâches, modes de régulation, etc.) aux caractéristiques de certains élèves les moins performants des milieux populaires ».
      • Cette hypothèse se fonde sur la notion de « secondarisation », par laquelle le linguiste Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) distingue les genres de discours premiers (qui relèvent d’une production spontanée, immédiate) et les genres de discours seconds (qui prennent les premiers pour objet, pour les analyser, les re-contextualiser).
      • Par « secondarisation des activités scolaires », il faut entendre une attitude « qui implique simultanément décontextualisation et adoption d’une autre finalité » que celle qui apparaît à première vue dans la tâche scolaire
      • Par exemple: lorsque le professeur de géographie fait colorier une carte, ce n’est pas le coloriage qu’il cherche à enseigner, mais le découpage de l’espace en ensembles de nature différente (par exemple zones immergées en bleu, zones de glace permanente en blanc, déserts chauds en jaune…)
      • Ils ont tendance à considérer les objets et les supports dans leur existence et leur usage non scolaire alors qu’en classe, ceux-ci sont spontanément des objets de questionnements: ils convoquent des univers de savoirs, ils sont des objets d’étude et pour l’étude, ils sont aussi des ressources.
      • Tous les élèves ne réussissent pas à l’école parce qu’ils ne sont pas tous préparés à recevoir ce que l’école transmet : les codes de la culture dominante.
      • Entre eux et l’école, entre eux et les enseignants, se noue un malentendu à la fois sur les usages du langage, la fonction du savoir et plus largement, celle de l’école.
    • tags: légumineuse changement climatique cop 21

      • le protoxyde d’azote (51%), le méthane (41%) et le dioxyde de carbone (8%)[2]
      • La révolution industrielle et son énergie bon marché ont changé notre modèle alimentaire, en particulier durant les cinquante dernières années.
      • Trois caractéristiques de ce modèle ont un impact fort sur le climat.
      • L’azote, nécessaire à la croissance des plantes, n’est plus présent en quantité suffisante dans le sol lorsqu’il est intensivement exploité et que les équilibres naturels sont rompus au profit de monocultures.
      • Des procédés industriels, coûteux, sont utilisés pour la transformation de l’azote de l’air en engrais.
      • Ce processus requiert une grande quantité d’énergie, émettant alors du dioxyde de carbone.
      • Mais, l’impact principal se situe au niveau de l’épandage : une grande partie de l’engrais n’atteind jamais les cultures et se transforme en protoxyde d’azote, relâché dans l’atmosphère.
      • Le régime alimentaire occidental repose quand à lui sur une large base de produits issus de l’exploitation animale : viandes mais aussi lait, œuf, etc.
      • Or le rapport entre l’énergie (ainsi que d’autres ressources, comme l’eau) dépensée pour la production de ces produits et le nombre de calories qu’ils apportent, est très faible.
      • Pour terminer, les chaines d’approvisionnements se sont considérablement allongées durant toute l’ère industrielle
      • de plus en plus de kilomètres, d’étapes de transformation et d’emballages viennent s’intercaler entre producteur et consommateur.
      • l’une des clefs de son succès n’est autre que l’augmentation de notre consommation de légumineuses !
      • production et leur consommation peuvent en effet considérablement diminuer l’impact de notre assiette sur le climat, en agissant sur deux leviers
      • réduire le recours à la fertilisation chimique
      • diminuer notre dépendance à l’élevage.
      • fixer l’azote de l’air. Cette caractéristique a un double intérêt, agronomique et nutritionnel.
      • cet apport d’azote bénéficie également aux cultures environnantes, si bien que cultivées en association ou en rotation, les besoins en apports de fertilisants baissent drastiquement voir disparaissent.
      • La fixation de l’azote par les légumineuses a un autre avantage : elle leur permet de produire leurs propres composants protéiques.
      • Les protéines sont composés de 20 acides aminés dont 9 sont considérés comme indispensables à notre équilibre nutritionnel. Si la viande contient 8 de ces derniers, un bon équilibre entre légumes secs et céréales complètes permet un apport complet en acides aminés.
      • Le scénario Afterre, visant à dessiner les contours d’un modèle alimentaire durable, se base sur une division par deux de notre consommation de produits d’origine animale (viande, œuf, lait) et un doublement de celle des légumes secs[5].
      • les légumes secs fournissent en outre de nombreux nutriments intéressants, et ont des vertus antioxydantes, protègent contre le cancer du côlon et réduisent les risques de maladies cardio-vasculaires.
      • Faire des légumes secs en circuit (plus) court, une alternative concrète !
    • tags: troll "loi de poe" lutz lol racisme "en ligne"" effondrement des contects"

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