Construction des savoirs, débats et fonction prescription : un souvenir de TPE

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Je voudrais vous faire partager un souvenir et une réflexion par ce billet.  Il s’agit de relater une erreur que j’ai faite un jour avec un groupe de travail d’élèves. C’était dans le cadre des Travail Personnel Encadré.

Un groupe d’élève discutait ferme, s’engueulait à l’occasion sur leur sujet. Il n’était pas d’accord sur les deux formes du diabète.  Nous sommes là dans un débat typique dans un groupe de pairs qui sont en train de construire leurs connaissances. On parle, à la suite de Lev Vygotsky de conflit socio-cognitif. En voici une définition donné par un étudiant de l’université de Genève :

l’interaction sociale est constructive dans la mesure où elle introduit une confrontation entre les conceptions divergentes. Un premier déséquilibre interindividuel apparaît au sein du groupe puisque chaque élève est confronté à des points de vue divergents. Il prend ainsi conscience de sa propre pensée par rapport à celle des autres. Ce qui provoque un deuxième déséquilibre de nature intra-individuelle : l’apprenant est amené à reconsidérer, en même temps, ses propres représentations et celles des autres pour reconstruire un nouveau savoir. Le narratif devient, dans cette perspective, un moyen de « penser notre propre pensée » (Bruner, 1995) et renvoie à la compréhension de sa propre pensée ainsi que celle d’autrui.

C’est en cela que les TPE sont formateurs quand des situations de ce type apparaissent. Et là j’ai fait une grosse bêtise, je suis intervenu ! Les élèves m’ont demandé de trancher, je l’ai fait je n’aurai pas du. J’ai donné raison à l’un au détriment de l’autre. Ce faisant j’ai arrêté le processus de construction des connaissances et j’ai remis en cause l’identité en construction d’un élève puisque construire ses connaissances, c’est aussi construire son identité.

Au moment où je donnais ma sentence, comme un juge peut le faire, (expression consciente ici), je voyais que ce n’était pas ce qu’il fallait faire ! Au résultat, celui à qui j’ai donné raison était gêné et celui à qui j’ai donné tort s’est retrouvé face à un mur de science sur lequel il s’est cassé les dents : un prescripteur, celui qui a l’autorité à tout point de vue. Il n’a pas eu d’autre échappatoire que d’accepter ! Le savoir sur le diabète n’est pas en cause, ce que j’ai dit était juste. Ce qui est en cause, c’est la méthode.

Cet exemple montre, je crois, l’importance de notre rôle, le pouvoir que nous avons et les limites de notre intervention en tant qu’enseignant/accompagnateur. J’aurais du laisser le processus continuer à son terme. J’aurais juste du indiquer les moyens pour sortir du conflit, à savoir poursuivre les recherches ou chercher une source neutre, n’ayant aucun rôle dans l’apprentissage. Je n’avais pas à intervenir.

À propos de Richard Peirano (ran)

Passionné par tout ce qui touche à l'expérience professionnelle et à la réflexivité dans l'apprentissage au travail, je veux faire évoluer ma pratique vers l'accompagnement et la formation à l'employabilité (promotion de son identité, développement de son réseau, analyse de son activité...) et à la professionnalité (bilan de compétences et d'orientation, portfolio...) Pour en savoir plus sur ma démarche de praticien réflexif

Une réponse à Construction des savoirs, débats et fonction prescription : un souvenir de TPE

  1. […] tutorat et que je fais moins à Limoges. C’est aussi ce qui m’intéresse quand j’accompagne les TPE ou quand je renseigne un élève au CDI. Au centre c’est donc la relation […]

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