Les communautés villageoises comme analogie des communautés virtuelles

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Quand on parle de communautés virtuelles, il est tentant de faire un parallèle avec ce que nous connaissons sur les communautés réelles, qu’ils s’agissent de représentations, de métaphores ou de tout autres figures de style.

Il en est une qui est fertile, c’est la communauté villageoise de l’ancien régime ou du moyen-âge. Fertile parce qu’il y a implicitement, il me semble, un discours qui véhicule l’idée d’un paradis perdu face au méchant individualisme, cause de tous nos maux (j’exagère mais à peine). Participer à des communautés virtuelles permettraient alors de se rapprocher de ce paradis.

Je m’appuie sur des lectures récentes sur Ferdinand Tönnie et Georg Simmel pour faire cette partie, ainsi que sur des souvenirs d’histoire médiévale, notamment le village, qui est une des partie du (le) Moyen âge de hugues capet à Jeanne d’Arc de Georges Duby.

Tönnie va distinguer, dans communauté et société (1895), deux formes sociales antagonistes, la communauté et la société qui sont pour lui deux modèles en tension. Simmel, dans Sociologie (1908) va distinguer forme et contenu de la socialisation. la sociologie devenant alors l’étude des formes de la socialisation avec au centre la tension entre groupe et individu. Voir la bibliographie à la fin.

La communauté est d’abord locale, organisée autour de la motte castrale ou du monastère. Le niveau supérieur est le pagus hérité de l’administration romaine et qui va donner en français la notion de pays, dans le sens local traditionnel : et que l’on retrouve dans l’expression « jambon de pays » par exemple.

C’est donc une géographie proche qui nécessite des moyens de communication frustres : les communications se font à pieds et conduise à l’intérieur du territoire de la commune vers les lieux de production : les champs et la forêt. Quelques chemins partent vers la commune voisine et plus loin vers le grand monde qui est largement une abstraction. L’échelle est donc celle les capacités humaines de déplacement.

Les échanges se font par oral (tout le monde est illétré) et la parole collective est porté par le prêtre lors des multiples offices. C’est d’ailleurs le prêtre qui garde le secret de la confession qui le rend ami de tous le monde. La parole de l’extérieur est porté par le troubadour qui véhicule l’information du monde ; le marchand qui passe et qui va à la foire, à la ville voisine ; les officiers divers et variés et en premier lieu ceux du seigneur local ; les troupes « étrangères » qui traversent le pays et qui laissent une empreinte plus ou moins profonde.

Dans un village traditionnel, les gens sont en relation les uns avec les autres, ont des projets en commun, s’aiment ou se haïssent, se parlent ou s’emmurent dans leur silence, en un mot vivent ensemble parce qu’ils sont proches géographiquement les uns des autreChristophe Hébrard

Le village est composé de familles étendues qui interagissent sous l’hospice de l’autorité locale. L’individu n’existe pas au Moyen Age. L’unité minimale est donc la famille élargie dans le village. Mais le village n’est pas le seul  lieu d’expression où s’exprime cette famille : monastère, brigands, forestiers, marchands…

Tout le monde connait tout le monde et la vie privé n’est pas constitué comme elle l’est maintenant. Dans tous les cas la part de l’individu est ténu. Son appartenance à cette communauté villageoise est de toute façon le fruit du hasard et des droits lié à la naissance. Il n’y a aucun choix de sa part.  D’ailleurs, le village est sous le contrôle de Dieu, dans une société d’ordre, où les tâches sont justement définies et immuables : le paysan cultive pour lui, le prêtre et le chevalier ; le prêtre prie pour le paysan et le chevalier ; le chevalier protège la communauté et guerroie au besoin.

D’ailleurs l’individu naît plus tard, avec la réflexion sur le libre arbitre et la réforme (16e siècle) (affirmation peut être critiquable).

Dans le village, la nature des liens est très forte. Il s’agit de liens d’amitiés et d’entr’aide autour de biens communs : si le village a une charrue, elle circule sur tous les terrains. La forêt appartient à tout le monde. Les travaux des champs sont collectifs ainsi que la cueillette. La vie du village est rythmée par les temps des fêtes collectives et des offices religieux divers et variés.

La communauté implique donc un commun – des idées, valeurs et signes partagés qui établissent la particularité du groupel’identité des membres du groupe est alimentée par cette identité collective. Berhnard Rieder

Ce qui soude la communauté villageoise, c’est une morale collective engagé dans la sauvegarde de la communauté (hors de la communauté pas de salut). Si la justice est exercé par le seigneur (basse justice et parfois haute justice) par délégation de l’autorité royale, il ne fait qu’appliquer la coutume qui est de tradition orale. C’est donc la coutume qui gère les relations dans la communauté et avec les différents ordres et non la loi. La communauté est porteuse de la coutume et peut à l’occasion le rappeler en interne comme vers l’extérieur. Elle est la mémoire de la loi.

Et alors, qu’en est-il du rapport aux communautés moderne ?

Le principal critère de différenciation, c’est que aujourd’hui, l’adhésion à une communauté, est un acte libre porté par un individu selon son propre contexte et ses propres besoins. L’unité c’est l’individu et non la communauté.

Cette communauté est établi dans un monde urbain, industriel et salarié. Elle utilise des moyens de communication inimaginable pour l’homme du Moyen-âge qui élargissent les communautés à la planète. Lesquels moyens forment aujourd’hui de nouveau territoire d’expressions.

La loi n’est plus dans la mémoire, mais a été formalisée, écrite. Les ressources ne sont plus seulement lié à la subsistance mais touche d’autres aspects de la vie humaine comme les loisirs. Les modes d’organisation du travail ont eux même fondamentalement changés. Le taylorisme ou le travail collaboratif sont récents.

Le contrôle social n’est plus exercé par le groupe, mais par la loi au niveau de l’Etat ou du contrat au niveau de l’entreprise et des autres structures.Au niveau du groupe, enfin, ce qui règle les relations, c’est la confiance et non plus la coutume.

Bibliographie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Simmel

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_T%C3%B6nnies

http://socio.ens-lyon.fr/agregation/reseaux/reseaux_fiches_simmel.php

http://socio.ens-lyon.fr/agregation/reseaux/reseaux_fiches_forse_2002.php

http://ticetsociete.revues.org/822

À propos de Richard Peirano

Passionné par tout ce qui touche à l'expérience professionnelle et à la réflexivité dans l'apprentissage au travail, je veux faire évoluer ma pratique vers l'accompagnement et la formation à l'employabilité (promotion de son identité, développement de son réseau, analyse de son activité...) et à la professionnalité (bilan de compétences et d'orientation, portfolio...) Pour en savoir plus sur ma démarche de praticien réflexif

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