Besoin d’une classe moyenne d’enseignants documentalistes

A la lumière des débats actuels qui traversent la profession, et des perspectives offertes qui me paraissent bien sombres, je voudrais revenir sur cette profdocasphère que j’ai toujours appelée de mes vœux mais qui ne s’est jamais constituée en groupe homogène pouvant influer sur les débats professionnels.

Je crois que c’est aujourd’hui la principale source de nos ennuis que l’absence d’une classe moyenne visible et assumée. Pour moi, une classe moyenne, c’est un ensemble de personnes qui se reconnaissent en dehors d’une institution et qui sont capables de produire un discours où chacun se répond librement, un discours tourné vers la profession comme vers l’extérieur de la profession, un discours qui traduise en acte pédagogique les résultats de la recherche et qui les transmette vers tous. Un discours commun dans lequel chacun puisse se reconnaître et qui vise à la transformation de la profession.

Bien entendu, le modèle c’est la blogosphère et plus particulièrement ces microsphères orientées métier que l’on rencontre et qui forment des communautés d’individus libres. Je pense particulièrement à la bibliosphère et surtout au groupe des zhybrides autour de blogueurs comme silvae, lionel dujol, risu, liber libri et d’autres.

Il existe des blogueurs enseignants documentalistes qui font un travail intéressant et depuis fort longtemps. On peut citer la petite passerelle, docablog, mesdocsdedocs, kallirrohé, Dac ô doc, blog-O-nOisette, la tribu doc, nota bene, les aventures de superdoc et j’en oublie beaucoup…  Une autre expérience a été celle de gineste d’un réseau social de profs docs. Je n’ai pas l’impression qu’il soit très actif et c’est dommage car nous avions là un outil qui aurait pu s’inscrire dans cet écosystème. Pour plus d’informations, voici un bundle google reader qui est loin d’être exhaustif.

Mais à la différence de la bibliosphère, et particulièrement des hybrides, nous n’avons pas réussi à nous rendre visible autrement que dans un entre-soi assez fermé, centré sur l’exposition de nos pratiques ou sur le lieu de notre exercice, le CDI. Pour le dire dans le langage de la sociologie des réseaux, nous avons su faire du lien, mais nous n’avons pas su établir de pont vers d’autres sphères.

Se rendre visible, pour la bibliosphère, cela a signifié occuper l’espace public et produire un discours politique et performatif, au nom d’une vision cohérente et partagée de ce que doit devenir la bibliothèque au sens large (BU, institutionnelle, quartier, etc.) Le groupe s’est alors constitué de manière assez informelle en think thank/groupe de pression. Les réussites, en termes de communication et de production d’idées faisant sens et s’imposant comme une évidence dans le débat interne à cette profession, sont indéniables.

Parmi les idées qui sont aujourd’hui d’actualité dans ce monde, on peut noter par exemple  : l’investissement des réseaux sociaux par la bibliothèque, sa constitution en communautés réelles et virtuelles, le changement de paradigme du lieu, de conservation en lieu d’accueil et de sociabilités, tout ce qui tourne autour de la médiation etc. Autant de thèmes qui aujourd’hui investissent le champs des profs docs, avec cette notion de learning center, mais qui ne sont pas portés par nous.

En terme de groupe de pression, on peut noter rapidement la présence de ce groupe au sein des institutions (bureau de l’ADBS par exemple) comme sur le terrain. Je pense que le discours de la directrice des Champs Libres de Rennes à savoircdi2011 (témoignage directe) présentant sa bibliothèque, est dans cette mouvance comme le fait de valoriser l’ouverture de la BU Saint Serge à Angers jusqu’à tard le soir. L’ouverture maximum, ne l’oublions pas est dans la logique des learning centers. On peut aussi noter des bibliothécaires membre du jury de capes externe pour devenir enseignant documentaliste.

On peut très bien ne pas être d’accord avec le discours porté, on ne peut que louer leur mode opératoire de présence systématique dans tous les espaces possibles, à partir de cette bibliosphère, et leurs réussites.

Pendant ce temps, nous n’avons pas su  atteindre ce niveau. Nous sommes toujours restés sous la ligne de la visibilité. Pour s’en convaincre, il est intéressant d’aller voir du côté du classement des blogs des doc-SI de ebuzzing. Combien de blogs appartenant à la bibliosphère dans les 50 premiers ? A la louche, la moitié. Et en ce qui concerne les profs docs ? 3, constantinople, kallirrohé et votre serviteur (j’ai volontairement enlevé le guide des égarés, qui est désormais, à mon avis le blog d’un chercheur). La base est moins large probablement mais j’y vois un indice.

Nous ne nous sommes pas constitués en groupe cohérent et nous n’avons pas produit un discours politique conquérant. La profdocasphère est restée soit un entre-soi, soit n’a produit qu’un discours du quotidien. Il ne s’agit pas d’une critique, car je pense que c’était un préalable à la constitution de cette classe moyenne. Simplement, nous n’avons jamais atteint la masse critique et nous n’avons pas eu de leaders pour entraîner ce groupe. Un bon départ donc, de la qualité aussi, mais pas assez de blogueurs pour atteindre cette fameuse taille critique qui fait basculer vers la constitution d’un espace public.

D’où également la question de la qualité des productions qui peut être un frein chez beaucoup d’entre nous gênés par la peur de mal dire. C’est un faux problème ! Ce dont nous avons besoin, c’est d’abord de nombre, la qualité viendra avec le temps et l’exercice. il n’y a pas assez de blogueurs profs docs tout simplement, et surtout qui acceptent de tenir un discours centré sur le « je ».

Le problème n’est de toute façon pas la qualité, il suffit de lire les listes de discussions ou les publications dans les espaces institutionnels. Mais il y a une peur à s’exprimer dans l’espace public. Les collègues préfèrent les espaces fermés des listes de discussion qui sont encore très actives et très fermées, et donc non publiques et non ouvertes aux cousinages, aux métissages, aux discussions avec l’extérieur de la communauté.

C’est là un des aspects importants que nous avons loupé avec l’absence de visibilité, et le confinement dans l’entre-soi, c’est la discussion avec les autres professions qui nous sont proches, celle des bibliothécaires d’une part et celle des profs de disciplines et des pédagogues d’autre part.

En ce qui concerne les premiers, nous avons à apprendre aux collègues de BU en matière de pédagogie, eux qui depuis quelques années prennent conscience des besoins en la matière et pour qui nous étions, à un moment, un statut enviable. Nous avons aussi à entendre les discours des bibliothécaires critiquant les CDI fermés. Mais nous devons surtout produire un discours argumenté qui puisse expliquer et dialoguer et qui fasse sens. On peut expliquer la fermeture d’un CDI, encore faut-il être présent quand la discussion a lieu. Mais nous n’étions pas là.

Et au final, un  public que nous devrions viser est celui des parents qui ont les représentations du CDI qui remontent à leur propre scolarité. Si j’en crois mes souvenirs, le CDI était un lieu lointain. Si je n’étais pas enseignant documentaliste aujourd’hui, je serai resté sur cette impression.

Il ne faut pas s’étonner aujourd’hui si le discours de l’inspection s’appuie en partie sur le monde des bibliothèques et particulièrement sur le discours de la bibliosphère. Il n’y en a pas d’autre qui soit si largement visible. Il ne faut alors pas s’étonner de la présence de membres des zhybrides au capes externe de documentation, ni de voir un atelier sur la veille à destination des profs docs au dernier salon de d’éducation sans profs docs mais avec un bibliothécaire, et avec tout le respect que j’ai pour lui !

Concernant la discussion à avoir avec les profs de discipline, c’est plus diffus car il n’y a pas de blogosphère disciplinaire, ou du moins je connais moins ces espaces et c’est un tort de ma part. Le débat serait à mon avis fertile également dans des espaces pédagogiques plutôt que disciplinaires. Je pense à agoravox par exemple avec effectivement toutes les critiques à apporter sur les financements de cet espace. Parler pédagogie documentaire et didactique aurait également permis de faire émerger, de rendre public les débats actuels et de montrer qu’ils s’inscrivent dans des questionnements globaux comme les savoirs à enseigner par exemple.

Le dialogue, nous ne l’avons pas porté en tant que groupe mais simplement à titre individuel et fort peu en définitive. Quant à l’affirmation politique de notre spécificité, elle est, là aussi, restée confinée sur les listes, toujours dans ce cercle fermé. On voit d’ailleurs dans le débat actuel, le second problème lié à la non constitution de cette classe moyenne après l’absence de l’agora publique : le recours systématique à la confiance en l’institutionnel.

Aujourd’hui, Le seul lieu de débat visible, qui permette aux enseignants documentalistes d’échanger est la liste non institutionnelle. II ne s’agit pas de parler de censure chez cdi-doc, il n’y en a pas. Simplement ces deux listes se sont construites historiquement sur deux fonctions différentes : l’une sur la pratique documentaire non politique et l’autre sur le débat professionnel politiquement engagé.

Où sont les autres lieux d’expression politique de notre communauté professionnelle ? Ils sont purement et simplement institutionnel. Qu’ils s’agissent de la communication descendante de l’inspection générale ou de la DGESCO ou qu’ils s’agissent des espaces de communication prof docs des académies, des crdp, ou des groupes associatifs ou syndicaux qui eux aussi sont structurés hiérarchiquement ou le cadre local des établissements dans lequel nous exerçons. Nous restons dans le domaine institutionnel. Nous avons peur de nous échapper de ce domaine. Le seul lieu qui permette une parole collective est le blog des trois couronnes. Il s’agit d’un espace unique. C’est en ce sens que multiplier les espaces et les voir se répondre donneraient, à mon sens un plus grand impact à ce discours.

Après l’absence de visibilité, c’est à dire la production d’un discours commun vers l’extérieur, c’est là le second souci de notre communication auquel aurait pu répondre cette profdocasphère : la désinscription des institutions et la constitution d’une autonomie individuelle. C’est le rôle d’un blog que de porter une parole individuelle et c’est de la responsabilité des blogueurs que de se relier afin de produire un discours commun. C’est le préalable à toute classe moyenne, l’affirmation d’un individu libre qui s’engage pour le bien commun et ne se réfugie pas dans son espace privatif.

Nous avons besoin d’une classe moyenne si nous voulons réintroduire un peu de démocratie dans tout cela. Nous ne pouvons pas nous contenter de pleurer et de nous faire consoler (même si c’est utile). Nous devons assumer qui nous sommes : des enseignants documentalistes. Et le mot enseignant ne renvoie pas simplement à un confort de vie, à nos enfants ou aux vacances scolaires. Ils renvoient aussi à des engagements sociaux que nous devons exprimer publiquement ! Et que nous devons assumer en tant que tel en tant que groupe de pression informel constitué d’individus libres !

Ou d’autres penseront à notre place, comme on le voit aujourd’hui dans le débat sur notre statut. Cette classe moyenne doit pourvoir faire le pont entre les nouveaux savoirs info-documentaires et la base, entre les expériences divers et variées, entre les personnes.

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16 commentaires sur “Besoin d’une classe moyenne d’enseignants documentalistes

  1. fabifi Répondre

    C’est vrai que le fossé s’est vraiment creusé entre les bibliothécaires et les professeurs documentalistes ces dernières années.
    Pour avoir connu les deux métiers, je dirais que le problème principal des docs, c’est la confiance en soi. Quand on voit certains d’entre nous travailler de manière formidable, professionnelle, innovante, mais sans jamais être sûrs de bien faire, toujours se remettre en question, douter…. Je rencontre peu de documentalistes fiers de ce qu’ils font.
    Et pourtant !
    Quand on est en contact avec nos cousins des bibliothèques, quand on échange sur nos pratiques, ils sont souvent époustouflés de voir tout ce que l’on fait, et EN PRESENCE DES ELEVES ! C’est la remarque que j’ai reçue le plus souvent : « mais comment tu fais pour travailler en ouverture continue au public ? ». Je n’ai pour ma part jamais entendu que les CDI étaient toujours fermés.

    Pour en revenir à nous, je suis d’accord, il est temps de s’ouvrir sur l’extérieur… Moi la première. Je n’ai pas ouvert de blog en tant que documentaliste… Je commente des blogs de profs, de bibliothécaires, j’en tiens un sur une pratique non professionnelle que j’ai, mais c’est vrai, pas en tant que prof doc. Et pourquoi ? Tu as vu juste en ce qui le concerne, Richard : pas envie de faire un blog professionnel qui donne des trucs pour le métier, qui propose une veille ou quelque chose dans ce goût-là, et pas assez de cran pour écrire en commençant par « je »…

    Ton post m’aiguillonne…

    • admin Auteur d'articleRépondre

      J’espère qu’il t’aiguillone. Je suis persuadé que notre salut ne peut passer que par l’écriture. Nous sommes des métiers de l’information, et l’écriture est encore notre matière principale. Il faut écrire, ne serais ce que pour garder une trace de l’avenir que l’on veut. On joue pour après demain voir plus

  2. Gildas Dimier Répondre

    Tu me fais penser, Richard, qu’il y a sur Cactus acide une rubrique « Réflexions ». La dernière publication, par Olivier Le Deuff, remonte à septembre 2008. Il y est question du blogueur au cœur de l’histoire, où l’on peut notamment lire que le blogueur a vocation à devenir « un citoyen pouvant faire état de sa capacité à veiller sur les autres » et qu’à cette fin « il a principalement le devoir d’alerter ».
    Dans le contexte actuel je pense donc réactiver cette rubrique pour alimenter la profdocasphère afin d’œuvrer, comme tu l’appelles de tes vœux, à la naissance d’un pont.

  3. Pukka Répondre

    Je fais partie des blogueurs référencés dans ton google reader. Ton article m’interpelle parce que mon blog me gratte : je n’y fais pas de veille, n’y parle pas des débats du métiers. Je n’y raconte pas non plus mes journées par le menu. Je suis davantage dans le ressenti et l’émotionnel car je me sens mal depuis toujours dans ce métier. La joie d’avoir mon CAPES du premier coup, après avoir tant réfléchi, tant écrit, tant lu et si mal dormi pendant des mois tellement j’avais envie d’exercer ce métier a disparu . Seule, ne restent que noeuds au ventre, aigreurs et soupirs. En collectif, sourires, énergie, porte ouverte et activités. Tout n’est que compromis, pansements, oublis, mépris et reproches au profit de bilans, powerpoint, réunions, poignées de mains et consignes départemento-academico-nationales qui s’entrechoquent et sont portées par un chef d’établissement à qui il ne manque que les talonnettes. Globalement, je trouve qu’on m’empêche de travailler.
    Lorsque je lis les blogs, articles, messages de listes de diffusion et revendications syndicales, je ne sais plus qui je suis, qui je dois croire et qui je dois suivre, tellement nous sommes différents.
    Alors souvent je me bouche les oreilles et mes battements de coeur s’accélèrent. Je n’arrive pas à déméler le vrai du faux, l’utile du confortable, les ambitions personnelles des uns, le gain pour les élèves.
    Je suis tout simplement paumée et il m’est très difficile d’en parler puisque j’ai en permanence envie d’hurler.

    A signaler aussi, des blogs de docs mais pas que, qui touchent un public de lecteurs, parents, et qui, s’ils parlent de vie de famille, tricot et cuisine, permettent aussi d’informer et de faire connaître le métier de professeur documentaliste. Je pense notamment à http://mamanchevalier.canalblog.com/, http://apartca.blogspot.com/

    • admin Auteur d'articleRépondre

      C’est exactement le sens d’une réponse que je viens de faire à un commentaire de ce billet. Nous sommes dans une situation de déséquilibre permanent où nous sommes toujours en situation de demandeurs.

      Exigeons un véritable statut d’enseignant ! obligeons les collaborations si, dans le cadre de l’établissement nous ne pouvons pas les avoir.

      Mais pour ça il faut être en position de force.

  4. Géraldine Répondre

    Merci Richard pour ce billet qui me permet d’ajouter une pierre à ma réflexion sur l’évolution de notre métier et sur notre action professionnelle. Nous devons nous emparer de ces outils qui sont à notre portée et que nous maîtrisons.
    Pourtant quand on lit l’enquête sur les pratiques professionnelles de savoirscdi, 21 % des sondés affirment rédiger un site ou un blog. L’enquête ne détaille pas l’activité engagée dans cette démarche : blog personnel, rubrique CDI du site de l’établissement…
    http://www.cndp.fr/savoirscdi/metier/reflexion-regards-pluriels-sur-le-metier-de-documentaliste-de-cdi/plus-belle-la-doc/lenquete-1.html
    Pour reprendre l’idée du premier commentaire, c’est vrai qu’il y a une chape de plomb dans notre profession dès qu’il s’agit de communiquer sur nos pratiques. De gros tabous entourent nos missions et nous souffrons d’un complexe d’infériorité qui nous empêche d’avancer, de nous affirmer. Finalement, nous avons du mal à communiquer, paradoxal pour des professionnels de l’information. En faire le constat devrait nous permettre de faire le premier pas. Affaire à suivre…

    • jadlat Répondre

      C’est une chose que de rédiger un blog et s’en est une autre que d’en faire un outil politique. J’entends par politique, un ensemble d’actions coordonnées dans le but d’orienter les décisions, ou de mettre en avant une position ou etc.

      Exposer ses pratiques devrait servir à montrer qui on est pour ensuite dire ce que l’on veut être. C’est à la fois un outils d’explicitation de soi, de ses attentes, mais aussi un outil de communication. Les deux doivent avancer de concert.

      Pour moi la chappe de plomb vient d’une définition qui n’est pas clair de notre statut et de l’obligation absolu de devoir toujours négocier en position d’infériorité. Nous ne faisons que proposer là où un enseignant n’est pas tenu de nous écouter. Et cette situation pourri la vie de chacun.

  5. Bldine Répondre

    Bonjour,
    je me reconnais lorsqu’on parle de manque de confiance en soi, et je vais essayer de vous faire comprendre pourquoi.
    J’ai passé le CAPES en 1994, j’avais 25 ans. Tout ce que je connaissais de l’informatique, c’était un logiciel d’absence (j’étais pionne) et Mémolog (l’ancêtre de BCDI ) … à l’oral, on nous demandais dans quelle configuration de CDI on se mettait, (pour l’épreuve de technique doc, il me semble), gestion papier ou informatique. J’étais très fière de choisir l’informatique, je me sentais en avance sur mon temps ou presque… A l’époque, ce qu’on était censé enseigner aux jeunes, c’est à trouver de l’information tout court… pertinente de préférence, mais trouver était la notion essentielle, il me semble… aujourd’hui, 20 ans après, le métier que je voulais faire a énormément changé, mais il me plait tout autant, sinon plus… Aujourd’hui, mon boulot, c’est d’aider les jeunes à se débrouiller dans un foisonnement d’informations en tout genre, le mot pertinent est devenu la notion essentielle… Mais cette évolution, il faut pouvoir l’assumer, il faut arriver à suivre, sans réelle formation, juste avec le temps passer à faire l’autodidacte… c’est pour ça que moi, je n’ai pas toujours confiance en moi, j’ai toujours une petite voix qui me dit « et si tu te plantes, là ?  » . C’est pour ça que j’hésite à intervenir dans tel ou tel débat, parce que parfois, je me dis que j’aime bien élaborer des outils que d’autres utilisent et pas moi… Les learning center, en fin de compte, pourquoi ce ne serait pas une évolution positive du métier ? Est-ce si important qu’on me paye des heures sup comme aux profs de discipline ? Et je remets aussi parfois l’élève au centre du débat : et eux, qu’est-ce qui est le mieux pour eux ? Que je sois là plus souvent ? ou que je leur « fasse » des cours plus régulièrement ? Et puis le CDI, est-ce que ça vaut encore le coup de mettre tellement de fric dans des documentaires ? Ne vaudrait-il pas mieux avoir plus de PC ?
    Donc je me sens nager à contre courant… Alors je lis des articles, je m’interroge à propos de ce que MOI je veux vraiment, pour moi, pour mon métier…
    Bref, le monde évolue, à nous d’évoluer avec… et nos peurs n’y changeront rien, c’est vrai…

    • jadlat Répondre

      Oui j’ai le même cursus que toi. J’ai accepté de me former sur mon temps personnel et de faire un travail très important sur moi, mais c’était mon choix. Et je comprends bien que l’on a pas à imposer à quelqu’un, sur son temps personnel ce type de formation. C’est pourtant ce vers quoi nous tendons avec ces fameuses 6 heures qui reviennent sur le devant de la scène.

      Là où on pourrait entendre veille, moi j’entends formation personnelle.

      Une autre chose, c’est que la formation personnelle, sur temps personnel, à laquelle je crois, n’est possible que si il y a aussi une formation institutionnelle. Je suis aussi assez mal à l’aise avec pas mal de choses dont nous avons besoin aujourd’hui, mais je ne baisse pas les bras car je veux comprendre, mais il faudra aussi, pour notre génération, et probablement aussi pour celle postérieure à la réforme des iufm, un gros travail personnel pour rester à niveau.
      A terme, je crois qu’il y a une volonté de classement des gens pour qu’ils restent captifs des politiques institutionnelles.

      C’est pourquoi je milite aussi pour que nous nous constituons en espace public.

  6. Sophie Répondre

    Bonsoir
    Je me reconnais dans ce que dit Fabifi, Puka ou Bldine… J’adore ce métier, je prends un pied phénoménal dans un collège à taille humaine où pour l’instant je peux former les élèves selon une progression que j’ai choisie. Je suis reconnue en tant que professeur par les élèves, les profs, la vie sco, l’administration.
    J’ai la chance d’exercer ce métier dans l’académie de Rouen, d’avoir été formée par Françoise Chapron et d’avoir une inspection à l’écoute (cf circulaire académique), je me sens donc peut être un peu protégée… J’ai pris une grande claque dans la figure quand je suis allée au séminaire Esen sur les Learning center, par l’institution bien sur mais aussi en entendant certains de mes collègues professeurs documentalistes parler… A la sortie de ce séminaire je me suis dit qu’il fallait que je change de carrière…
    Pourquoi quitter un métier que j’adore ? Parce que je n’ai que 35 ans et que je ne vais pas rester dans mon collège cocon jusqu’à la retraite, que j’aimerais bouger mais à quel sauce vais je être mangée ? J’aimerais évoluer, je multiplie les activités les formations, les interventions… mais c’est toujours en dehors de mon temps de travail… Et j’avoue qu’être obligée d’expliquer mon métier à chaque fois qu’on me demande ce que je fais, commence à me lasser sérieusement. Sans parler des réflexions désagréables…
    J’ai un site internet, je ne l’ai jamais utilisé pour donner mes opinions sur la profession. Pourquoi ? Comme Bldine, je n’ai absolument pas confiance en moi, je me forme sur le tas, j’expérimente, et comme beaucoup de profs docs j’ai la tête dans le guidon », je ne prends pas le temps de me poser et de réfléchir à ce que je pense vraiment. Mon style n’étant pas génial, il me faudrait une journée pour écrire 20 lignes Mon site reflète ce que je sais faire : de la veille, du technique et un peu de péda quand j’ai assez confiance !:-)

    Mais je suis d’accord avec toi Richard, il faut vraiment que les professeurs documentalistes se bougent pour sauver leur peau et pour être enfin reconnus ! Il me reste encore un peu de temps et j’aimerais bien l’utiliser pour ça.

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