Retour aux sources et regard critique sur une formation sur Google

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Ce billet est une republication d’un article paru sur mon ancien blog enrichi par des réflexions actuelles dans le cadre de la préparation de l’année prochaine. Pour se faire, il y a un code couleur pour différencier les deux écritures, normale pour aujourd’hui et en gris pour le texte ancien.

L’élément déclencheur, c’est la demande de deanie pour du matériau de formation. Mais plus largement, cela correspond aussi à la volonté de me recentrer professionnellement sur mon coeur de métier, la formation aux sciences de l’information à destination des lycéens.

Je supprime le contexte de l’époque et je ne conserve du billet initial que l’inscription de cette formation dans le travail que Frédéric Rabat a pu faire sur Google et auquel je renvoie même si les articles commencent à dater un peu, vu l’évolution tentaculaire, omnisciente, omni…

Les élèves, à qui j’avais joué  cette formation, avaient déjà suivi des formations toute l’année autour du moteur de recherche et la recherche. Ils avaient vu les opérateurs booléens, les mots clés, ils avaient travaillé sur la démarche de recherche d’information, ils avaient vu d’autres moteurs : le logiciel documentaire, exalead, yahoo search, quintura, ils avaient travaillé sur la référence, etc.

Mais ils n’avaient pas vu google !

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A chaque fois nous leur disons : « il n’y a pas que Google dans la vie ». Mouais ! Discours !

Bien plus que sur le contenu de la formation, c’est la démarche qui a été intéressante et que je retiens pour l’année prochaine.

Le dispositif

Ces élèves de seconde ont été regroupés, la dernière semaine selon leur orientation prochaine. Il s’agit donc de futurs élèves de première. Donc, nous avons proposé une séance avec une thématique de première en français.

Les élèves doivent, dans le cadre de cette année, acquérir une culture littéraire de base. Pour chaque auteur qui fera l’objet d’une étude, ils doivent faire des recherches sur son contexte. Cela doit aller un peu plus loin que la simple bibliographie. Nous leur avons donc demandé de faire une recherche sur Voltaire comme possible objet d’étude.

Introduction : le cadre de la formation

La prof présente donc le cadre puis, on demande aux élèves d’indiquer par oral ce qu’ils savent de voltaire. La prof note au tableau ce que les élèves disent sans commentaires. Il y a des choses justes, des approximations, des erreurs.

En même temps, au vidéo projecteur, sur le tableau blanc, une diapo « titre de la séance » s’affiche. La présentation faite, nous demandons aux élèves de faire une recherche sans autres consignes. Une demi heure de recherche. Nous observons !

Partir des méthodes de recherche des élèves, ici et maintenant

Au tableau, une seconde diapo avec 6 questions :

- Quels outils avez-vous utilisé ?

- Quels mots clés avez-vous utilisé ?

- En utilisant l’historique, quel a été votre chemin de recherche ?

- Comment prenez-vous des notes ?

- Avez-vous noté vos références ?

- Qu’avez-vous appris ?

Il y a suffisamment d’espace entre les questions pour que je puisse écrire au marqueur les réponses.

Réponse à la question 1. Quels outils de recherche ?

Trois chemins apparaissent :

- recherche directement sur google : la majorité

- Recherche directement sur wikipedia : le reste

- Entre les deux, il y a ceux qui sont passés par google pour accéder sur l’article de wikipedia sur Voltaire.

 

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Parenthèse 2012 – Je pense qu’il faudra revoir les chiffres bien sûr, ointégrer aussi de nouveaux chemins d’accès à l’information, mais aussi voir comment on intègre le search via Facebook. Après tout nous continuons à avoir une vision « classique » alors que pour les élèves, mais c’est pas une vue de l’esprit de ma part, l’accès à l’information se fait principalement via Facebook.

J’ai noté hier sur mon tumblr une idée de sujet de recherche autour de la dernière DS 3D, je me demande si je ne vais pas leur demander de passer par leur Facebook pour faire cette recherche. De tout manière, il faut que je construise la première séance que je vais faire l’année prochaine autour de leurs pratiques numériques.

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Je leur indique qu’ils ont un comportement de chercheur conforme à 90 % des utilisateurs en France… et ce malgré avoir travaillé dans l’année sur d’autres moteurs de recherche.

Je leur demande aussi pourquoi wikipedia arrive en premier dans les résultats. C’est l’occasion de revenir sur le pagerank avec cette animation d’Hubert Wassner que je trouve très bien faite.

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Désormais il va falloir aussi que je travaille cette partie pour introduire la notion de personnalisation. On peut alors peut être faire un travail spécifique dans la première partie de l’année sur l’identité numérique.

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Réponse à la question 2. Quels mots clés ?

3 séries de mots clés reviennent : « voltaire », « biographie de voltaire », « vie voltaire » (je mets entre guillemet pour la commodité de lecture mais les élèves ne les ont pas utilisés pour leur recherche).

Je présente alors mes quatre diapos sur les mots clés (nintelligent petit nélève à nous, Polnareff, expressions, contexte – slides 32 à 36) et je leur demande de comparer le nombre de références trouvées avec et sans guillemets ; en utilisant le « – » pour enlever des références non pertinentes, en utilisant le « OR » pour chercher voltaire OR diderot ; en forçant la présence du mot avec +déiste +voltaire…

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Rajout de ce diaporama ancien pour indiquer les slides correspondants au dernier paragraphe. Ce diaporama correspond au contenu de formation de 2008.

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Réponse à la question 3. Cheminement de la recherche via l’historique

Chacun, comme pour les questions précédentes, va indiquer ce qu’il a fait pour arriver sur le site qu’il est en train de lire. C’est plus l’occasion d’introduire la recherche comme un chemin dont la trace est l’historique.

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Et là, on va pouvoir faire je pense plusieurs types de travail autour de la notion d’historique de recherche sur lesquels il faut que je réfléchisse :

- l’historique côté navigateur

- est aussi l’historique de mes traces et qui est à mettre en relation avec la personnalisation côté google

- et qui est à travailler autour du concept de redocumentarisation (à ne pas employer avec les élèves) et qui peut s’appuyer sur ce travail.

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Réponse à la question 4. Prise de notes

Pour cette question, il va y avoir 3 types de réponse plus une

- je prends des notes et je reformule sur une feuille de papier

- je prends des notes et je reformule sur un billet numérique

- je fais des copier-coller

- Je prends des notes en fonction de la question posée. cette réponse est celle d’un seul élève que j’exploite à cette occasion.

J’indique aux élèves que je n’apporte aucun jugement sur leurs pratiques. Je veux juste pouvoir comparer ce qu’ils font.

J’en reste là sur cette question. Vu les réponses apportées, ils savent, parce que l’institution le répète depuis la sixième, qu’il ne faut pas faire de copier coller. Alors quand la question est posée par un adulte, il donne la réponse que l’adulte attend (pas tous heureusement).

Ceci étant, vu les débats de ce printemps sur e-doc sur la prise de notes, je suis beaucoup plus circonspect sur le copier-coller.

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Et je suis aujourd’hui beaucoup plus circonspect sur mes circonspections de l’époque. Il faut que l’on travaille différemment cette question. Et probablement qu’il faut que l’on travaille par cercle.

– Un premier cercle de recherche sur les aspects généraux et en utilisant wikipedia mais avec évaluation de la compréhension de ce premier cercle.

– un second cercle, autour de la question posée, plus précis et en introduisant la question des sources.

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Réponse à la question 5. Prise de références

Et là, je pleurs. Personne. Quand les profs mettront autant de hargne à travailler ce point qu’ils le font avec le copier coller ou wikipedia, on aura bien avancé ! Ceci étant, je ne suis pas persuadé que le bourrage de crâne soit la bonne méthode !

Il faudra retravailler cette question de la référence (bibliographique, référencement des notes, des sources etc.) Je pense qu’il faudrait argumenter plus sur le versant social et identitaire. Et comme le dit Bruno Devauchelle, si c’est pour faire du formalisme au détriment de l’apprentissage, cela ne vaut pas le coup. Car là aussi et la dernière question est là pour le rappeler, l’objectif est d’apprendre !

Réponse à la question 6. Qu’avez-vous appris ?

C’est vraiment la question centrale. celle qui nous permet de dire cette chose simple : « si vous venez faire une recherche d’information, c’est pour apprendre quelque chose et non pour faire une recherche pour la recherche ».

On reprend alors notre brainstorming et les élèves précisent, corrigent ou enrichissent leur travail initial !

Et là, je crois qu’on est loin de google !

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Et on touche aussi les limites du modèle actuel. Aujourd’hui, j’ai l’impression que le travail scolaire de l’élève consiste à répondre à une demande formelle de l’enseignant et non à apprendre. Il font les productions attendues par les enseignants mais est-ce qu’ils apprennent ?

 

À propos de Richard Peirano (ran)

Passionné par tout ce qui touche à l'expérience professionnelle et à la réflexivité dans l'apprentissage au travail, je veux faire évoluer ma pratique vers l'accompagnement et la formation à l'employabilité (promotion de son identité, développement de son réseau, analyse de son activité...) et à la professionnalité (bilan de compétences et d'orientation, portfolio...) Pour en savoir plus sur ma démarche de praticien réflexif

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