La distance rapproche (nouvelle publication)

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<maj0512>Nous avions eu en 2007, avec le réseau apprendre 2.0 (article original non travaillé),  une présentation, fait par Erwan de Moodle. C’est à partir de cette présentation que j’avais écrit cet article intitulé « la distance rapproche ». Cet article a été republié sur ce nouveau blog en 2010. Il est pour moi un article un peu fétiche, car j’y exprime en filligramme ce que j’ai ressenti de ma formation de 2006 à Limoge et de mes premières années d’expérience de tuteur en ligne. Aujourd’hui, je viens de lire un article de nettrainers qui s’intitule  y a-t-il une distance qui rapproche ?

Ecrit il y a trois ans, mon article entre donc en cohérence avec l’article de nettrainers. La différence entre nous deux, tiens je pense sur le point de vue choisi : je suis plus sur un volet psychologique alors que nettrainers est plus sur un versant pédagogique.  Je vais essayer d’intercaler les arguments que je retiens de cette lecture et dans lesquels je me retrouve entièrement. Pour distinguer, les ajouts : <maj0512> </maj>. Par contre, je ne marque pas les transformations syntaxiques.</maj>

Lors de cette présentation, faite par Erwan, j’avais eu très fortement cette impression que je ressens sur la distance dans l’apprentissage : la distance rapproche.

<maj0512>Cette impression est à mettre en regard avec ce que dit Nettrainers de l’opposition entre les termes présence/distance. Les oppositions réelles sont plus entre les termes présence et absence et entre les termes proximité et distance. Il dit alors, en s’appuyant sur Moore « il s’agit de sortir de la dichotomie « distance » ou « non distance », afin de se demander si les dispositifs de formation comportent plus ou moins de distance. Et bien sûr, il s’agit alors de considérer le dispositif de formation indépendamment des moyens de communication mis en oeuvre</maj>

<maj0512> La distance est alors avant tout transactionnelle. ce qui importe alors est de considérer la relation entre les acteurs et les objets qui s’y échangent. Ces objets sont ici des connaissances, qui deviennent des informations qui redeviennent des connaissances. Il importe alors de prendre en compte :

1) la «structure» (nous disons plus volontiers le dispositif) de la formation est-elle plus ou moins rigide ou plus ou moins souple ; 2) y a-t-il plus ou moins de dialogue effectif entre les acteurs de la formation, et notamment entre apprenants et formateurs ; 3) les participants disposent-ils d’une plus ou moins grande autonomie ?</maj>

C’est en ce sens, je crois, qu’Erwan</maj>, en parlant de Moodle et de sa mise en place, Erwan nous a montré que son rôle d’enseignant changeait. Il n’est plus le dispensateur des savoirs, il est devenu un accompagnateur.

L’outil permet une plus grande souplesse et une plus grande individualisation dans la relation pédagogique avec les étudiants. D’autant plus que l’outil permet de faire une suivi statistique des activités des étudiants. Pour eux, il n’est plus question de se cacher derrière de faux arguments car l’outil statistique est là pour calculer leur fréquence d’usage. Bien entendu les étudiants sont au courant de ces statistiques, ce qui peut probablement occasionner quelques biais.

Un autre intérêt, c’est le gommage du phénomène « grosse gueule » dont parlait déjà Richard Collin lors des étés TIC de Rennes 2007. Erwan nous a rapporté le cas d’une étudiante qui ne s’exprime jamais dans la classe, qui n’est pas très bonne, mais qui utilise à très bon escient la plateforme pour comprendre et progresser et qui s’y exprime beaucoup plus facilement qu’en classe. Comme si il y avait deux étudiantes en elle, celle qui est réservée en classe et celle qui s’exprime sur la plateforme et qui a noué une relation autre avec le formateur.

Mon expérience de l’apprentissage à distance va dans ce sens. j’ai travaillé avec des gens avec qui je n’aurais probablement pas travaillé et surtout avec qui je n’aurai pas eu la même liberté. Le fait d’être en présence des gens créé des phénomènes de retenues. Et la distance change la relation, un peu à la manière des hérissons de Schopenhauer.

« Une légende sibérienne — reprise par Schopenhauer — met fort opportunément en scène des hérissons pour théâtraliser [l']éthique de la distance idéale. Deux animaux se trouvent dans un endroit désert et gelé. La neige épaisse et la glace abondante les contraignent au grelottement, au péril et au risque de la mort par le froid. De sorte qu’ils se rapprochent, se côtoient physiquement, et finissent par se réchauffer — mais pour ce faire, ils se touchent, puis se piquent. Afin d’éviter la piqûre, ils s’éloignent, prennent de la distance, se séparent — mais se mettent à nouveau à éprouver la morsure du climat. Excessivement proche d’autrui, ou trop éloigné de lui, les risques négatifs paraissent semblables : un écoeurement de déconvenue et de solitude, une nausée de désappointement ou de réclusion, une lassitude, un désenchantement, un dégoût généralisé. » –
M Onfray sité via ce commentaire à ce billet http://emiliefolie.blogspot.com/2006/02/lanimalerie.html

La distance lève les appréhension et change le rôle de l’enseignant. Elle permet une autre liberté.

Pour finir, je vous renvoie à cette vidéo de l’université de Nantes sur le rôle d’un tuteur en université. Je la trouve vraiment intéressante car concrètement, elle dit que la distance rapproche. Je m’explique la distance géographique est abolie par les TICE mais il y a aussi la distance temporelle et surtout la distance inter-personnelle qui est abolit, « le décorum de l’université ».

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<maj0512>Alors oui, la distance rapproche si le dispositif promeut les interactions, abolit la distance géographique pour la remplacer par la souplesse du dispositif, et laisse aux apprenants une « large autonomie d’organisation.

Une question reste néanmoins posée pour moi : la grammaire de l’apprentissage. Mais je ne sais pas encore comment exprimer cette notion ?</maj>

À propos de Richard Peirano (ran)

Passionné par tout ce qui touche à l'expérience professionnelle et à la réflexivité dans l'apprentissage au travail, je veux faire évoluer ma pratique vers l'accompagnement et la formation à l'employabilité (promotion de son identité, développement de son réseau, analyse de son activité...) et à la professionnalité (bilan de compétences et d'orientation, portfolio...) Pour en savoir plus sur ma démarche de praticien réflexif

3 réponses à La distance rapproche (nouvelle publication)

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Sayapa and Sayapa, Virginie Paillas. Virginie Paillas said: Le rôle d’enseignant change : n’est plus le dispensateur des savoirs, il est devenu un accompagnateur. lu chez @jadlat http://shr.im/adlh [...]

  2. Jacques Rodet dit :

    Bonjour Richard,

    Dans la même veine, je me suis interrogé, il y a quelques temps sur la notion de proximité en formation à distance et plus particulièrement de quoi et comment un apprenant à distance peut-il être proche.

    https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/mes-documents/essai/delaproximiteenformationadistance

    Bien cordialement
    Jacques

    • jadlat dit :

      Je lis ton texte. Cela évoque une conversation avec un étudiant en foad, cette semaine, qui me disait que des étudiants pensent que le système du tutorat profite d’abord aux bons étudiants. Je ui ai fait part de mon expérience en lycée dans lequel n’importe quel dispositif profite d’abord aux bons élèves à mon avis et j’ai noté la difficulté pour quelqu’un ayant eu un rapport douloureux à l’école à demander de l’aide. Cela rejoint ce que tu dis d’un apprenant proche de lui-même. D’où la question aussi de la proximité au tuteur et du rôle du tuteur qui doit installer la confiance mais est-ce suffisant ? Est-ce que le dispositif est suffisante ? Comment déconstruire un passé/passif (oui on est en période d’élection présidentielle – j’avais pas envie de le louper celui-là)
      Ton « je sais que je ne sais pas » va aussi dans le sens du besoin d’informations. Il n’y a besoin que parce qu’il y a reconnaissance d’une absence, d’un vide. Celui qui ne sait pas ne sait d’abord pas qu’il a un manque.
      Sur la métacognition que tu évoques, je pense qu’elle n’est possible et souhaitable qu’à la fin de la formation sinon je pense qu’elle entraine une coupure dans la formation, un peu comme un ordinateur qui traite plusieurs tâches à la fois. Ici on aurait une succession de « je fais », je me décentre pour me voir faire ». AU final, c’est préjudiciable au faire car la cohérence de l’apprentissage s’efface au profit d’une incrémentation de données.

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