Retour sur « réseaux et communautés »

Bon l’activité est finie, il ne reste plus que les traces. Sur l’animation du cours qui a duré trois heures, je ne sais trop quoi en penser. J’en ressorts assez frustré. En premier lieu, 3 heures, c’est vraiment trop peu pour ce sujet aussi bien en terme de contenu qu’en terme d’interaction avec les étudiants ; deuxièmement s’il faut que je continue à faire des diaporamas, il faut s’en échapper lors de l’animation et proposer des activités. J’en avais prévues, mais elles étaient là pour illustrer le cours. J’aurais du faire l’inverse, faire des exercices et à partir de là, proposer des règles.

Le fil directeur du projet était de partir d’un existant supposé, l’appartenance des étudiants à des réseaux sociaux. Après avoir posé la question, je me demande quoi en penser, car la plupart ne semble pas être sur Facebook. En tant que professionnels de l’information pour qui les réseaux sociaux seront susceptible d’être des objets d’étude et qui doivent travailler avec un public qui lui y est, cela me semble étonnant. Maintenant, ont-ils répondu sincèrement ?

A partir de cet a priori initial, j’ai posé comme problématique le rapport entre réseau social et communauté. J’ai donc ensuite fait une présentation sur la notion de réseau et son rapport avec la représentation du réel. J’ai ensuite voulu montrer qu’il fallait avant tout chose avoir une vision claire de la notion de plateforme comme préalable technique, fonctionnel et économique. J’ai abordé de manière succinte (et mal maitrisée et mal amenée aussi) la notion de pratiques sociales au coeur des réseaux sociaux actuels. De ce besoin de sociabilité éprouvé par les individus mais aussi de l’instrumentalisation de ce besoin par les plateformes. Cette partie est clairement à revoir. J’aborde ensuite le rapport entre réseau et média et les notions d’audience, d’attention et de recommandation et permettant d’appréhender la définition actuelle (et son détournement aussi) du concept de communauté autour soit de la marque, soit de soi comme une marque qui débouche sur une vrai interrogation des organisation aujourd’hui autour du concept de machin2.0. Et enfin je conclue cette partie sur l’idée d’amitié et de sociabilité au coeur des réseaux sociaux. En tout beaucoup de choses et un plan bancal.

Les deux autres diapos sont beaucoup plus clairs, aussi peut être parce que les concepts sont balisés désormais alors que la réflexion sur les réseaux sociaux est en cours de construction.

Le second diapo présente les communautés historiquement à la lumière de l’évolution de nos sociétés et le rapport qu’il y a entre communautés et société, propose une définition pour ensuite travailler sur la notion de virtuelle et présenter la typologie classique des 4 communautés. J’avais prévu ici un travail un peu plus conséquent sur la communauté e-doc mais c’est un travail qui aurait demandé plus de temps. C’est dommage.

Je voulais présenter dans le dernier diapo la tension qui est à mon avis essentielle pour expliquer une communauté entre un besoin d’autonomie et un besoin d’encadrement entre structuration et processus. Il s’agissait dans un premier temps de travailler autour de la notion de territoire de la communauté, et à partir de la taille expliquer le rôle structurant du réseau excroissance du réel, exosquelette structurant un collectif disparate en terme d’outils et en terme d’évolution et squelette d’une communauté. Pour ensuite aborder le rapport entre transversalité et hiérarchie dans une organisation à travers les communautés de pratiques. Et à partir de là aborder la question des processus avec au centre le principal : apprendre. Les processus sont alors vu comme mettant en perspective trois points : les acteurs, les interactions et les connaissances. A chaque fois il convient de poser l’analyse au niveau de l’individu et au niveau du collectif en terme d’identité, d’apprentissage et de construction de relations sociales.

J’avais prévu le cours avec un avant et un après, matérialisé dans un blog, réseaux et communautés. L’idée est toujours la même, donner quelques pistes dans le blog et proposer en pré-animation les outils dont on va se servir. Après, il s’agirait de répondre aux étudiants sur des questions qu’ils n’ont pas comprises. Je ne suis pas sure que cela ait fonctionné ! Mais comment susciter l’intérêt ? En faisant une rencontre virtuelle au préalable quelques semaines avant ?

Pour terminer sur cette activité qui m’aura demandé en préparation plus d’une centaine d’heure, j’ai fait un pearltrees que j’ai scindé en 4 perles plus une : réseaux, réseaux centré objet, communautés et réinvention du concept. Ils sont à consulter dans cet ordre là, dans l’optique du cours. Le +1, c’est une perle que j’ai prise à Jacques Rodet après que nous eussions échangé sur ce sujet dernièrement.

Dans le premier hub on retrouve des pearls sur les réseaux sociaux et sur les outils pour faire son réseau social.

Dans le second hub, il s’agit de montrer la notion de réseau dans d’autre contexte que celui de l’explosion actuelle du concept et de montrer que les réseaux sont centrés sur des objets qui en sont leur coeur. Il me semble qu’il y en a 4 ; des réseaux centrés sur les interactions et dont l’objet principal et la réunion d’un collectif ; centré sur des ressources à partager ; centré sur des actions à mener ; centré sur un le regroupement autour d’une plateforme et sur l’effet masse produit par ce regroupement. Cette typologie est probablement à parfaire et sa validité reste à prouver.

Le troisième hub reprend la traditionnelle représentation des communautés en communauté d’intérêt, de projet, d’apprentissage et de pratiques auxquels j’ai ajouté communauté de marques et où il faudrait rajouter communauté personnelle egocentrée.

Le dernier hub veut montrer comment les réseaux sociaux et leurs fonctionnalités irriguent désormais l’ensemble du web et donne une seconde vie au concept de communauté.

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Construction des savoirs, débats et fonction prescription : un souvenir de TPE

Je voudrais vous faire partager un souvenir et une réflexion par ce billet.  Il s’agit de relater une erreur que j’ai faite un jour avec un groupe de travail d’élèves. C’était dans le cadre des Travail Personnel Encadré.

Un groupe d’élève discutait ferme, s’engueulait à l’occasion sur leur sujet. Il n’était pas d’accord sur les deux formes du diabète.  Nous sommes là dans un débat typique dans un groupe de pairs qui sont en train de construire leurs connaissances. On parle, à la suite de Lev Vygotsky de conflit socio-cognitif. En voici une définition donné par un étudiant de l’université de Genève :

l’interaction sociale est constructive dans la mesure où elle introduit une confrontation entre les conceptions divergentes. Un premier déséquilibre interindividuel apparaît au sein du groupe puisque chaque élève est confronté à des points de vue divergents. Il prend ainsi conscience de sa propre pensée par rapport à celle des autres. Ce qui provoque un deuxième déséquilibre de nature intra-individuelle : l’apprenant est amené à reconsidérer, en même temps, ses propres représentations et celles des autres pour reconstruire un nouveau savoir. Le narratif devient, dans cette perspective, un moyen de « penser notre propre pensée » (Bruner, 1995) et renvoie à la compréhension de sa propre pensée ainsi que celle d’autrui.

C’est en cela que les TPE sont formateurs quand des situations de ce type apparaissent. Et là j’ai fait une grosse bêtise, je suis intervenu ! Les élèves m’ont demandé de trancher, je l’ai fait je n’aurai pas du. J’ai donné raison à l’un au détriment de l’autre. Ce faisant j’ai arrêté le processus de construction des connaissances et j’ai remis en cause l’identité en construction d’un élève puisque construire ses connaissances, c’est aussi construire son identité.

Au moment où je donnais ma sentence, comme un juge peut le faire, (expression consciente ici), je voyais que ce n’était pas ce qu’il fallait faire ! Au résultat, celui à qui j’ai donné raison était gêné et celui à qui j’ai donné tort s’est retrouvé face à un mur de science sur lequel il s’est cassé les dents : un prescripteur, celui qui a l’autorité à tout point de vue. Il n’a pas eu d’autre échappatoire que d’accepter ! Le savoir sur le diabète n’est pas en cause, ce que j’ai dit était juste. Ce qui est en cause, c’est la méthode.

Cet exemple montre, je crois, l’importance de notre rôle, le pouvoir que nous avons et les limites de notre intervention en tant qu’enseignant/accompagnateur. J’aurais du laisser le processus continuer à son terme. J’aurais juste du indiquer les moyens pour sortir du conflit, à savoir poursuivre les recherches ou chercher une source neutre, n’ayant aucun rôle dans l’apprentissage. Je n’avais pas à intervenir.

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