Enjeux du numériques dans un établissement scolaire : besoin d’une réponse collective

J’ai fait une présentation, à une dizaine d’enseignants, hier, pendant une heure, sur les enjeux liés au numérique. Il me semble que ces enjeux demandent une réponse collective et non une réponse individuelle, faite par chaque adulte, dans son espace d’enseignement ou en faisant comme si cela n’existait pas ou en considérant que c’est en dehors du champs de  préoccupation de l’enseignant.

Je suis parti des pratiques numériques adolescentes que l’on peut observer au CDI. J’ai indiqué que la réponse que nous avions trouvée pour encadrer ces pratiques, avait été la distinction faites entre pratiques récréatives et pratiques scolaires. Les pratiques scolaires sont définies comme la commande institutionnelle d’un enseignant, ce qui permet d’y insérer des situations de cours un peu plus ludiques.

L’intérêt du terme récréatif est de faire le lien avec la cour de récréation vue comme l’espace scolaire d’apprentissage de la sociabilité et aussi l’espace dans lequel on peut observer des pratiques déviantes. Les pratiques facebook qui font peur à la majorité d’entre nous se trouvent ainsi réinscrite dans le champs scolaire, ce qui permet aussi d’avoir une réflexion globalement en terme de vie scolaire.

J’ai conclu qu’il nous fallait retravailler la charte informatique de l’établissement et probablement l’appeler désormais la charte numérique.

Je me suis ensuite appuyé sur le travail mené en seconde sur l’identité numérique que j’ai défini rapidement pour indiquer qu’il fallait passer d’une vision de l’identité numérique qui soit faite de protection à une vision de l’identité vue comme promotion de soi. Ce qui revient alrs à inscrire les apprentissages dans le champs du travail sur l’orientation. Construire son profil c’est se poser la question de ce que l’on sait et de ce que l’on veut faire. C’est dans la logique proposée par le dispositif INO pour identité numérique et orientation.

Il me semble que ce dispositif et ces conclusions sont intéressante à considérer dans une logique de maitrise de l’environnement numérique et de sa présence. C’est la conclusion de mon article sur la curation : passer d’une pédagogie de la peur à une pédagogie de la présence.

Le dernier point a été abordé succinctement autour de l’expérience du pourrisseur du web. Cela a permis d’indiquer quelques pratiques adolescentes et de voir  que c’était un questionnement partagé, mais ça on le savait.

Les collègues ont dit avoir appris des choses mais au final que va-t-il se passer, je n’en sais rien et je suis plutôt méfiant d’ailleurs. La preuve, cette activité concluait une journée pédagogique où le matin j’ai pu croire qu’il était peut être possible, éventuellement, sait-on jamais et pourquoi pas, que nous puissions travailler en équipe autour d’un objectif commun énoncé aux élèves. L’après-midi les profs ont réinventé les modules.

Fermez le ban !

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Retour sur « ‘j’ai pourri le web »

Voici un compte rendu de l’expérience, discutable, sur j’ai pourri le web. Ce qui suit va avoir un peu l’aspect d’un collage. C’est exactement ce que c’est. Je me suis servi dans un premier temps d’un billet posté sur mon carnet de note tumblr ainsi que du scoop.it d’une collègue l’affaire du pourrissseur du web. cette affaire est très intéressante car elle pose, au delà de tous les arguments développés la question suivante :

…qu’est-ce qu’apprennent les élèves aujourd’hui et quels sont les savoirs que l’école doit faire apprendre aux élèves aujourd’hui ? – mon commentaire à l’article de culturevisuelle. –

Dans ce billet j’essaye d’organiser les différents arguments en un tout cohérent qui représente ce que je pense. Exercice difficile. J’espère n’avoir oublié aucune référence et avoir cité chacun.

La première partie tourne autour des critiques générales apportées à cette expérience. La suite tourne autour de l’apprentissage des élèves. La dernière partie aborde les enjeux que je vois dans cette histoire.

Les critiques générales

Dans cette partie, comme dans le reste de ce travail, il ne s’agit pas d’être exhausitif, mais de mettre en avant les arguments qui me semblent intéressants à mon avis.

La rupture du contrat de confiance

David Monniaux, dans son article indique bien une chose, nous sommes dans une société de la confiance et cet article, de la même manière que la précédente expérience sur edoc il y a quelques années (souvenir sans références), voire celle de David Assouline autour de wikipedia, est d’abord une atteinte à cette confiance – quelque part cette expérience est d’abord une atteinte à la communauté ! En ce sens elle génère un sentiment de mal-être !

Bref, il y a quelques chose d’un peu malsain à utiliser ses compétences professionnelles pour concocter des histoires fausses, mais plausibles, et à ensuite se moquer de ce que des lycéens n’aient pas su détecter la fausseté.

Chez culturevisuelle, il rajoute en commentaire

Sinon, je me pose une question. Je lis en ce moment un ouvrage assez épais de théorie de la complexité. J’arrive au chapitre “calcul quantique”. Je me dis que si les auteurs avaient volontairement dit des bêtises sur ce sujet, je ne m’en apercevrais pas… Il y a un moment où il faut faire confiance!

A cette notion de confiance, qui est pour moi un construit, je préfère la notion de bienveillance, qui est un donné.

De la confiance en soi

Cette question de la confiance, dans le cadre du contrat pédagogique, est doublée par une question beaucoup plus lancinante et qui attaque au coeur même du modèle pédagogique français, celle de la confiance en soi des élèves

L’école soumet les élèves à des injonctions contradictoires : pensez par vous-même, répétez ce qu’on dit. Prenez des risques, ne vous trompez pas. Apprenez par cœur, ne plagiez jamais. Ces contradictions sont structurelles, inscrites dans les fonctions ambivalentes de l’institution. D’un côté, on impose aux élèves une culture dominante de pure autorité. De l’autre, on leur demande d’entretenir la fiction selon laquelle cette culture est librement choisie, aimée, appréciée comme supérieure par tous. La bonne élève, c’est celle qui a le bon goût de sincèrement aimer Flaubert.

La stigmatisation d’Internet

Cela a été dit et répété, et est à l’origine de l’article de culture visuelle, ce qui gêne aussi dans cet article est la posture de cet enseignant qui veut prouver qu’il maîtrise tout, y compris ce qui n’est pas pour lui nécessaire à un enseignant de maîtriser, à savoir internet.

Ce qui gêne, c’est également la pédagogie sous-jacente. Voici ce que dit un collègue sur edoc

Partir de l’échec de l’élève (et celui qui est le moins autonome à la base est celui qui sera le plus en échec) sans lui donner les moyens nécessaire de s’en sortir pour ensuite apporter la bonne réponse, n’a finalement pas permis à l’élève de construire ses compétences.

Et puis ce qui gêne, c’est aussi la récupération des médias mainstream qui ont simplifié à l’extrême cette expérience dans le sens d’un internet lieu de toutes les turpitudes et du discours du « c’était mieux avant. Quelque part, il y a une alliance objective entre les scribes, anciens détenteurs du pouvoir.

A titre personnel, je trouve cette expérience beaucoup plus intéressante que la pâle copie télévisuelle, cette pédagogie de la peur. Pour le traitement médiatique, voir cet article.

De l’égalité des chances ?

Entre autre argument est aussi développé la question de l’égalité des chances et de l’industrialisation numérique de notre société que nous voyons à tous les étages. Le patron d’Oodoc, entre autre le dit clairement et avec justesse

Dans cette expérience, combien d’élèves ont réalisé leur devoir grâce à un membre de leur famille, combien d’entre eux ont fait appel à un professeur particulier, combien d’entre eux ont recopié un livre d’une bibliothèque familiale bien fournie ? Toutes ces méthodes ont un seul point commun : l’inégalité d’accès entre les élèves. Or ces élèves se trouvent valorisés par leur professeur sous prétexte qu’ils n’ont pas trouvé l’information sur Internet !

Des modèles donnés

Et puis, sur cette question du copier coller, comme il est dit justement à latoisondor

Des élèves de lycée recopient leurs devoirs ? Et pourquoi ne le feraient-ils pas ? On a vu en moins d’un an un journaliste culturel à succès, une ancienne ministre, un présentateur vedette de journal télévisé et celui qui est présenté comme le plus grand écrivain actuel se rendre coupable de plagiat ! Soit ils ont avoué, soit ils ont présenté des excuses tellement lamentables que personne n’a été dupe.
Quelles conséquences pour eux ? Aucune !

Nous sommes dans un copier-coller général qui va du téléchargement illégal à la curation et aux mashup. Où le copier coller est rejeté par tous en apparence mais ne donne lieu à aucune sanction particulière. Combien d’élèves ont-ils réussi leur TPE en pompant allègrement, avec l’assentiment larvé de pas mal d’enseignants ! Qui se bât pour que les bibliographies soient présentes dans ces TPE ?

L’apprentissage des élèves

Le document au coeur de l’exercice

C’est ce qui est au coeur de cette expérience à mon avis et qu’à déjà exprimé, chez Eric, une enseignante documentaliste

Je ne pense pas que des élèves qui ne sont pas formés à la recherche d’information puissent tirer une conclusion pédagogique de ce qui s’est passé. Il aurait été bien plus pertinent à mon sens de monter une séance pédagogique avec le documentaliste, par exemple, où justement le but était de trouver des réponses justes aux questions qui leur étaient proposées. Il n’est pas très difficile de trouver des erreurs, voire des bêtises sur Wikipedia, par exemple, et sans falsifier quoi que ce soit, il aurait pu être aisé de leur démontrer le manque de fiabilité que peut avoir ce site.

Sans en être sûr, il me semble que c’est la même documentaliste qui affirme sur son blog

J’estime que la création d’une séquence pédagogique sur la recherche et la fiabilité des sources (avec le documentaliste, par exemple) aurait été plus pertinente et plus pédagogique pour ces élèves.

Alatoisondor dit la même chose quand il affirme en critiquant l’expérience dans ce qu’elle n’apporte pas, à savoir un apprentissage

Les compétences à acquérir par un élève doivent-elles être les mêmes en 2012 et en 1990 ?

Un manque de compétences documentaires : la source

André Gunthert dit plus bas en commentaire à propos des intentions de l’auteur de l’expérience

le point de l’exercice c’est justement de leur montrer qu’ils peuvent être trompés par les ressources numériques… autant que par leur prof. Bishop

D’où la question non plus de la formation au document comme dans le précédent commentaire mais cette fois ci de la formation aux sources. Qu’est-ce qu’une source ?

Quelques commentaires sur culturevisuelle vont dans ce sens :

Le fait de leur donner accès à la source est plus formateur que de leur rappeler que le professeur est le “maître absolu du document” comme c’est le cas dans cette expérience vengeresse… Olivier Beuvelet

Si internet est en partie responsable de ce changement, je pense que l’évolution est plus ancienne, même si je ne sais pas la dater. Le prof est auparavant le maître du document. Il ne le communique jamais. L’affiche dans la classe, ou le manuel scolaire sont les deux seuls documents à disposition de l’élève et servent à prouver la « toute puissance » du prof. D’où l’importance de la didactique et des disciplines.

Avec les CDI et les travaux sur documents, l’élève se trouve confronter au document lui-même. C’est remonter la chaine de l’information et enlever un intermédiaire SI et Seulement SI on forme l’élève au document ! Ce que dit plus loin la conclusion de David Monniaux :

Ma principale critique contre l’action de ce professeur est qu’au fond elle n’incite pas les élèves à se poser la vraie question, à savoir celle de la fabrication de l’information et du savoir, de ses mécanismes réels (et non idéalisés).

Nous sommes au coeur de ce que nous réclamons, en tant qu’enseignant documentaliste, à savoir un enseignement autour de cette fabrication de l’information et du savoir aujourd’hui. C’est à dire permettre aux élèves un usage raisonné de l’information, matière première de notre monde mais qui ne fait l’objet d’aucun apprentissage réel.

Des enjeux à apprendre pour les élèves

La question que me pose cette expérience, fondamentalement, c’est celle de l’apprentissage des élèves. Il y a la question des savoirs que je viens d’évoquer et qui me laisse penser que l’école ne répond plus aux besoins sociaux qui sont des besoins d’actions et de consommation.

David Monniaux l’exprime bien, pour qu’il y ait apprentissage, il faut qu’il y ait des enjeux

Examinons maintenant la situation du lycéen à qui l’on demande de produire un commentaire sur un texte d’un obscur auteur du XVIIe siècle. Voit-il un enjeu intellectuel, éthique ou carriériste susceptible de justifier des réflexions approfondies, des recherches documentaires poussées ?

Quelles sont alors les finalités de l’apprentissage ? Le gros problème dans cette histoire, c’est que les élèves ne sont pas là pour apprendre mais pour répondre à une commande professorale. Ils ont fait leur boulot. Ils n’ont mis aucune qualité dans ce travail mais ils ont répondu à la commande, on peut passer à autre chose !

Les élèves comme nous, faisons des choix en fonction des enjeux et en fonction des gains escomptés. Une mauvaise note et une accusation de plagiat, quand elle reste dans le sein de la classe, et qu’elles ne sont pas traitées à l’échelle de la communauté, sont toujours rentables car le boulot a été fait, et que la perte ici n’est pas bien grande pour l’élève. Une mauvaise note qui compte moins qu’un devoir sur table. Sauf bien sûr si on introduit un contrôle continu effectif et efficace.

On peut se désoler d’une pareille optique « consumériste » de l’enseignement, dont la finalité serait la note et non le développement intellectuel. Mais cette optique, n’est-ce pas justement l’enseignement secondaire français qui l’inculque ?

Une petite histoire vraie arrivé au CDI en même temps que cette histoire. Des terminales finalisent leur travail d’ecjs seul au cdi. Je passe derrière eux et j’en vois un qui est sur un article de wikipedia sur une notion de  biologie. Je lui signale alors le bandeau wikipedia mentionnant que cette article est une ébauche, et qu’il faut qu’il aille plus loin. Il a hoché les épaules et il a continué.

Le prof n’est pas là ! L’élève ne savait pas que wikipedia avait des critères de qualités. Il le sait maintenant mais il s’en fout, ce qui importe c’est qu’il ait répondu à la commande.

Dit autrement par un collègue canadien à propos plus largement des TIC dans l’éducation,

Oui, les TIC sont entrées à l’École, mais sous leur forme sauvage justement. Dans les mains des jeunes, mais sans supervision, formation ou guidance… Une majorité d’enseignants ont oublié de les dompter, d’apprendre à les utiliser correctement et ensuite de transmettre ces habiletés aux jeunes.

La question de la forme

Dans cette histoire, ce qui est au centre, c’est à mon sens le statut du copier coller et au final la reproduction de la forme.

A mon avis il y a deux formes de copier coller, une forme à prohiber et une forme à encourager. Ces deux formes touchent soit au contenu (le texte), soit à la mise en forme.

Quand ce dernier constitue la production attendue et que les choix des pièces à copiées le sont sur des apparences de formes (des mots compliqués non compris, de belles phrases), alors la demande professorale est un échec.

Quand il s’agit de proposer aux élèves des canevas qui vont leur permettre de proposer de belles présentations, comme j’en ai parlé avec madmagz, alors je pense également que nous sommes dans l’erreur si nous encourageons cela.

Quand le copier coller est agencé intelligemment et mise en scène alors il y a création et c’est sur cette création que va porter l’apprentissage.

Quand le copier coller est le résultat d’une sélection avant traitement approfondie de l’information, il s’agit déjà d’un travail sur l’information comme le montre le travail de Nicole Boubée, alors nous sommes dans l’apprentissage.

Le besoin d’une réponse claire

Tout revient à poser la question du statut du copier coller. Y a-t-il création d’une nouvelle forme par l’élève ou clônage ?

A quel niveau doit pouvoir se situer le copier coller ?

Cette question ne peut pas être résolu au niveau seul de la classe ou au niveau seul de l’enseignant. C’est à mon avis un enjeu central à traiter au niveau de l’institution car il renvoie à la question elle-aussi centrale, qu’est-ce qu’apprendre aujourd’hui ? Et avec quels moyens ? C’est aussi autour de cette question que les enseignants documentalistes voudraient se positionner.

Comme il est dit sur alatoisondor « il faut agir de manière raisonnée, intelligente et globale » ce qui suppose de changer de posture et de réfléchir collectivement sur cette question.

Les enjeux

Le rôle du prof

André Gunthert le dit également en commentaire de son article sur culturevisuelle

Il n’y a qu’une tentative de se rassurer sur les usages de ses élèves, par la maîtrise complète des sources, puisqu’elles sont autoproduites. C’est un fantasme de prof vexé que ses élèves ne passent pas par les fourches caudines de l’institution, les seules légitimes à ses yeux

Ce que marque cette affaire, c’est le changement de rôle d’un enseignant, qui n’est plus le maître du document et du savoir didactisé et transmis. Mais alors qu’elle est le rôle de l’enseignant ? Je ne vais pas répondre à cette question, car je n’en sais rien en ce qui me concerne !Par contre il y a des évolutions en cours sur lesquelles ils convient de s’interroger. Deux points, ces derniers temps, la pédagogie inversée et le rôle des industries numé.riques

Vers l’élève responsable

Débarqué des Etats-unis, on parle aujourd’hui de pédagogie inversée. C’est à dire que c’est à l’élève d’arriver en cours en sachant. Et donc le cours est consacré à l’acquisition de compétences et non plus à la construction des savoirs. Je suis très dubitatif sur cette évolution car elle va tout à fait dans le sens de cette personnalisation qui me pose question avec son corolaire, la responsabilisation accrue de l’individu et la déresponsabilisation des structures (plateformes, institution etc.) Ceci étant, elle existe !

le fournisseur d’outils, formateur

Le second point, je m’appuie sur la réponse du patron de oodoc, mis en cause par cette expérience :

Pour cela, il est nécessaire, au-delà des stigmatisations, d’envisager une « grande discussion » regroupant autour de débats les acteurs du monde éducatif (professeurs et acteur du numérique) afin de tirer avantage de la chance pour notre pays de compter des compétences fortes (pédagogiques pour les uns, techniques pour les autres)… Dans le but de proposer une solution universelle permettant aux futures générations « d’apprendre mieux » en tirant partie de la formidable chance qu’elles ont de vivre dans une société où l’information est abondante et accessible.

Dans cette conclusion, j’en lis une autre.

Ce qui est écrit d’abord, c’est une offre de collaboration de l’industrie à l’école, chacun dans son domaine de compétences, un partenariat public privé en somme.

Ce que je lis pour l’avenir, et que j’ai dit en commentaire sur edoc :

Les conséquences pourraient être plus grave qu’on ne le pense si on lit la dernière phrase qui en substance revient à dire ceci : « si vous (les profs) n’êtes pas foutu d’utiliser internet de manière pédagogique, nous (les entreprises du web) allons nous en occuper »

Passé relativement inaperçu, cette information : en PACA, Google va former les chefs d’entreprise. C’est à dire qu’après avoir fabriqué des outils et s’être transformé en régie publicitaire, Google s’attaque à la relation humaine, d’une part dans son rapport à la machine mais aussi un jour dans son rapport à l’autre, ce qui est l’essence de l’apprentissage. La prochaine étape sera probablement alors en direction de l’enseignement, non plus à la marge, par le biais de fondations, comme cela existe déjà mais frontalement, en concurrence ou bientôt à la place de.

La remise en cause de l’école et de l’enseignant

Car au final, on assiste avec cette histoire à une remise en cause de l’institution et de l’enseignant vu comme un scribe à qui on retire son pouvoir. Voici ce qui est dit sur ralentirtravaux

C’est précisément cela que je trouve détestable. Cette vaine propension à regretter ce qui est, au lieu de le prendre en compte et d’agir en conséquence. Vous pouvez regretter tant que vous voulez l’omniprésence des machines, elles sont bien là et toutes les incantations visant à restaurer un état antérieur sont frappées d’inanité.

Et surtout, la critique la plus virulente vient d’atlantico

Depuis l’invention des hussards noirs de la République, le monopole de l’enseignement est confié à des fonctionnaires dont les modèles qu’incarne M. Bonot ne sont que des copies décadentes des originaux de 1880. De l’ambition républicaine, celle d’un savoir universel, ils ont tout oublié. Du réflexe clérical de confiscation du savoir, de stigmatisation de ce qui n’est pas validé par les manuels scolaires qu’ils rédigent en toute opacité, de méfiance vis-à-vis de la plèbe profane, ils ont tout repris.

Pour conclure cette revue de web, une histoire à lire, raccontée par Bruno Devauchelle qui remet bien en perspective cette expérience comment j’ai pourri les livres de mes profs.

Si nous ne pouvons pas réinventer l’école, d’autres s’en chargeront sans nous ! Et nous ne pouvons pas compter sur l’institution pour cela. Alors est-ce que ce n’est pas à nous, enseignant de nous en charger ?

Bibliographie

sur le sujet, plusieurs références à noter

l’article initial à l’origine du buzz http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/009-comment-j-ai-pourri-le-web.html

un second article en réponse au buzz http://www.laviemoderne.net/clapotis/009-comment-j-ai-pourri-le-web-suite.html

http://culturevisuelle.org/totem/1617

un autre article très intéressant qui se place plus sur le versant moral http://alatoisondor.wordpress.com/2012/03/25/eduquons-a-lesprit-critique-pas-au-mepris-du-travail-des-autres/

Il cite notamment l’acte de ce lycéen qui veut changer wikipedia pour faire croire à sa prof qu’il a raison http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Discussion_utilisateur%3A217.128.28.184&diff=28450186&oldid=28395941

la réponse du patron d’Oodoc http://www.oodoc.com/presse-2012-03-26.php

http://internetmonamour.blogspot.fr/2012/03/le-plagiat-le-professeur-et-la.html

http://david.monniaux.free.fr/dotclear/index.php/post/2012/03/22/Un-prof-trolle-ses-%C3%A9l%C3%A8ves-sur-Internet%2C-la-belle-affaire%C2%A0!

le prof taquin

http://www.ralentirtravaux.com/le_blog/?p=1535

http://damienbabet.com/contrebande/?p=511

http://leszed.ed-productions.com/le-prof-saboteur-de-wikipedia-qui-soffusque-du-plagiat-suite/

http://docsdocs.free.fr/spip.php?breve652

http://gingko.neottia.net/post/19957451439/eduquer-aux-medias-numeriques-mais-qui-va-sen

http://pedagotic.uqac.ca/?post/2012/03/28/Il-a-pourri-le-web%2C-mais-je-ne-crois-pas-qu-il-a-conclu-correctement

http://blogs.rue89.com/hotel-wikipedia/2012/03/25/wikipedia-favorise-t-elle-lesprit-critique-227008

http://parents3point0.wordpress.com/2012/03/26/petit-breviaire-des-parents-numeriques/

une bibliographie des clionautes

un dossier sur scoopt.it http://www.scoop.it/t/l-affaire-du-pourrisseur-du-web-points-de-vue-critiques

ma prise de notes sur tumblr

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