Pratiques sociales augmentées dans un réseau social numérique

Ce billet est la suite de l’essai de typologie des réseaux sociaux que j’ai publié dernièrement. Il poursuit les objectifs suivants :

  • construire et formaliser ma propre connaissance des réseaux sociaux (tacite → explicite)
  • réemployer les connaissances acquises de ma veille/apprentissage (explicite → explicite/tacite)
  • essayer de didactiser pour construire des formations sur le sujet

A la relecture, je ne suis pas sur d’être arrivé à exprimer ce que je pense mais à un moment, il faut dire stop.

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J’aimerais dans ce billet essayer de voir ce qui fonde les réseaux sociaux aujourd’hui. En premier lieu il me semble utile de considérer les réseaux sociaux à partir des pratiques sociales qu’ils permettent et de voir qu’il s’agit d’abord de pratiques qui trouvent déjà leur expression dans le monde réel.
Ce qui pose alors la question du rapport en pratiques réelles et pratiques numériques dans une articulation classique entre réel et virtuel. Mais est-ce une bonne articulation ? Et, pour paraphraser la réalité virtuelle/augmentée, ne doit-on pas parler d’une augmentation des pratiques existantes.
Reste alors à considérer ces pratiques numériques dans le contexte d’un espace-temps-relationnel numérique.

Numériser des pratiques sociales ?

Un des premiers aspects à mettre en avant dans l’essor des réseaux sociaux numérique tient pour une part dans la numérisation de certaines pratiques existantes dans le monde réel. La plus évidente, dans le domaine professionnel est celle du réseautage ou networking avec Linkedin ou Viadeo.

Autre exemple de pratique numérisée, la simple rencontre que propose  des sites  comme Meetic. Il s’agit dans ces deux cas de transposer des pratiques existantes dans le réel avec comme ambition, l’un comme l’autre, de transformer le lien virtuel en un lien réel  : passer d’une relation numérique vers une relation incarnée et palpable (relations amicales, sexuelles, professionnelles,  etc.).

Quand Voisineo veut se faire parler les voisins entre eux, il met alors le numérique comme le moyen le plus efficace de la rencontre. Le postulat de départ est de dire que les gens ne se parlent plus. Ces réseaux sont alors la meilleure manière  pour renouer le dialogue.

Une autre pratique qui existe en réel depuis la nuit des temps, la vie adolescente qui se retrouve sur la cour de récréation, dans la rue, au téléphone et qui est un être ensemble et se construire ensemble se trouve aujourd’hui sur internet, d’abord avec les skyblogs, puis msn puis aujourd’hui facebook. Ce faisant, les pratiques en réel ne sont pas toujours les mêmes que celles qui naissent sur les réseaux, par exemple le langage inventé pour ces réseaux n’est pas celui que les ados usent sur la cour de récréation, en partie aussi parce que la cour de récréation est parcouru par les adultes.

Les pratiques commerciales sont aussi transformées par les réseaux sociaux ainsi que celles liés aux managements d’équipe, de projet, des connaissances etc.

Cette numérisation n’est donc pas un simple décalque. Par  la formalisation des liens implicites, elle permet d’enrichir ces pratiques en travaillant en amont et en aval de la relation.  Par exemple la visibilité donnée à ces liens permet de voir qui connaît qui et donc de pouvoir savoir exactement ce que l’autre peut apporter. C’est aussi en amont la possibilité de tester la relation avant la rencontre et le « et plus si affinité ».  C’est aussi la possibilité d’augmenter la présence en dehors des espaces traditionnels. La numérisation a donc un impact direct sur la pratique.

Ces exemples du passage de pratiques sociales existantes vers des pratiques en ligne indiquent que se qui est fait sur les réseaux sociaux n’est pas tout à fait ce qui est fait en réel d’une part et d’autre part postule que ce qui “est fait sur les réseaux sociaux a un impact dans le réel, au moins par l’approfondissement ou l’enrichissement des relations. Il y a une transformation du réel.

La transformation du réel : l’espace

Les pratiques sociales trouvent à s’exercer dans des lieux définis, la rue, le café, le club, la cour de récréation etc. On retrouve donc sur les réseaux sociaux numériques cette notion de lieu d’expression. On le voit bien avec Facebook, cette plateforme agit comme la cour de récréation pour les adolescents.   Les plateformes sociales fonctionneent alors comme les lieux clos dont on vient de parler. Elles en sont même parfois la métaphore exacte : chambre virtuelle, machine à café…

On peut le voir également dans des réseaux sociaux plus spécifiques comme Les réseaux sociaux politiques qu’essayent de mettre en place les grands partis : par exemple  les créateurs de possible de l’ump ou La coopol rattaché au PS. Ils proposent un espace où les militants  peuvent se regrouper, échanger des informations et y trouver de la documentation, mais aussi pour les sympathisants, un endroit pour prendre contact.  En ce sens, cet espace va plus loin que la cellule locale du parti à la devanture bien souvent peut engageante et peut fonctionner comme un produit d’appel à destination de nouveaux militants.

Si ces plateformes peuvent permettre de développer des relations à l’échelle nationale ou mondiale, elles renforcent surtout au niveau local, les réseaux existants en proposant des lieux qui permettent d’essaimer l’information plus rapidement et plus efficacement.  Il vise donc, à travers cet espace virtuel à agir sur l’espace réel.

Viadéo avec la création de communautés locales comme Rennes ou Laval veut donc, dans son domaine de compétences, passer du national au local avec comme objectif de développer et renforcer les liens existants, à ce niveau de développement avec l’objectif de mailler finement le territoire.

Les réseaux numériques visent alors à  renforcer le réel et non être un à côté de. Ce qui est important, c’est le réseau. Un territoire est donc d’abord un tissu de réseaux qui s’entrecroisent. Les réseaux numériques visent donc à augmenter la réalité.

Espace ou action sur l’espace, ces réseaux sociaux sont avant tout des territoires bornés par la limite de la plate-forme pour une part mais surtout par le graphe de chacun, le cercle de ses connaissances et de celles que l’on peut faire. Le réseau de mes amis est mon réseau. C’est un territoire, constitués de profils et de relations entre ces profils.

La transformation du réel : le temps

Si les réseaux sociaux s’inscrivent dans des espaces numériques, ils sont marqué par le temps de la relation. Le temps, c’est d’abord le moment que l’on passe ensemble et qu’on veut poursuivre encore. C’est une mémoire, une trace que l’on cherche alors à retenir et à faire revivre à volonté.  C’est par exemple celui des vacances abordées avec copainsdevacances dans le but de prolonger ce moment. «  C’est la réunion diapo, super 8 de nos enfances. »

Le temps, c’est aussi celui de la vie quotidienne. Le temps Facebook des ado, le soir. Le temps, c’est aussi celui des âges avec beboomer entre autre. Le temps, c’est le temps passé sur Internet don on apprend que 22% est consacrés aux Réseaux sociaux. Le temps est une donnée incompressible des réseaux sociaux…

Le temps, c’est enfin depuis Twitter, le temps réel. C’est la logique ultime de l’actualité, de l’information  in real time. Être toujours connecté et savoir, de suite ce que les membres de son réseau font. Foursquare et sa géolocalisation, où il convient de dire et de savoir où est son réseau au moment où la question se pose. C’est aussi des expériences de documentation de soi où chacun de nos actes seraient consignés automatiquement. La réalité rejoignant la fiction, d’une vie se déroulant sur un double continuum réel et virtuel.

Espaces temps relationnels

Ces réseaux sociaux numériques dialoguent avec la réalité physique. Ils touchent et renforcent des espaces temps relationnels existant. Ils sont eux même partie intégrante de ces espaces-temps-relationnels. C’est à dire qu’ils touchent à des relations qui s’expriment de manière réelle ou virtuelle dans des espaces physiques ou numériques délimités et dans des temps donnés :  l’école comme mémoire (copainsdavant),  les interactions amicales renforcées d’un après l’école / pendant l’école / sur la cour de récréation (Facebook), les voisinages (voisineo), le professionnel (linkedin), étudiants ( Reseau campus)...

D’autres espaces temps sont susceptibles d’être transformés comme l’école côté enseignant, côté enseignement et côté institutionnel, les associations, lesquelles disent souffrir du manque d’engagement et de renouvellement des gouvernances,  l’entreprise…

Ce dialogue entre les deux dimensions réel et virtuel, vise à agir sur le réel  pour le transformer. Ici se pose alors  un problème : celui de la mise sur le même plan de réel et de virtuel pour transformer le seul réel.

Réel vs virtuel

On oppose souvent les termes réel et virtuel, comme s’ils étaient antinomiques. Ce qui laisse alors songeur quand on parle de réalité virtuelle. Les professionnels de ce secteur ne s’y trompe pas quand il préfèrent le terme de réalité augmentée.

J’ai toujours en tête cette phrase de Jacques Tissot, à laquelle je renvoie souvent qui dit de manière approximative que ce qui est important dans la réalité virtuelle, c’est la réalité !

Le terme de réel est-il alors bien choisi pour l’opposer à virtuel dans le cas des relations sociales qui existent dans les réseaux ? Ne faudrait-il plutôt pas introduire un élément absent du virtuel : le corps. Est-ce que ce n’est pas charnel ou corporel (sans connotations sexuelles) qui s’oppose à virtuel ici  ?

Nous aurions alors des réseaux charnels et des réseaux virtuels ; des pratiques sociales charnelles et des pratiques sociales virtuelles. Ces dernières visant alors à augmenter les pratiques sociales existantes vu comme un tout homogène ?

Reste alors à caractériser en quoi ces espaces-temps-relationnels sont augmentés ?

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vadémécum pour créer et développer son réseau professionnel

 

Nous devons avec Anne, pour l’université de Limoge,  créer un module de formation sur les réseaux sociaux en ligne à destination des animateurs d’EPN du Lot. Voici le document préalable pour travailler son réseau dans un cadre professionnel.

Cette première note se veut un vademecum de la mise en réseau

Quelques adages avant de commencer

– Un premier adage des réseaux : développer son réseau quand tout va bien et non quand tout va mal.
– Un deuxième adage indissociable : un réseau, cela s’entretient tous les jours.
– un troisième adage : créer, développer, animer son réseau demande du temps.
– un quatrième adage : il faut donner pour recevoir.
– un cinquième adage, la bienveillance est la caractéristique des réseaux – ni confiance, ni défiance a priori mais une attente active de l’autre

 

Admettons que vous souhaitiez changer de job, vous allez donc devoir vous mettre en projet afin de pouvoir réaliser votre objectif dans les meilleurs délais.

Quelques préalables

– définir quel emploi vous visez, dans quel domaine, pour quel moment de votre existence
– définir vos compétences et le niveau de maîtrise de ces compétences – travailler son cv de manière approfondie – faire un bilan de compétences

 

Choisir son réseau

– choisir le ou les réseaux qui vous sont les plus pertinents par rapport à cet objectif, dont un réseau dit professionnel type viadéo, xing ou  linkedin
– choisir des réseaux dans lesquels se retrouvent des professionnels des métiers que vous visez
– certain réseau ning sont particulièrement adaptés mais il existent d’autres plateformes en ligne qui permettent de créer son propre réseau. Ils vous faut donc les chercher, voir qui y participe et vous y abonner. Attention car il peut y avoir plusieurs réseaux sur la même thématique (et parfois des conflits entre eux). Rien ne vous empêche d’ailleurs de créer votre propre réseau.
– et ne pas choisir un réseau (facebook bien sûr) si vous préférez le consacrer à un autre pan de votre existence. Vous pouvez aussi créer plusieurs comptes sur un même réseau, étanche les uns par rapport aux autres.

 

Travailler son profil

– vous inscrire et travailler votre profil. Cela doit vous demander de travailler également sur votre CV et sur vos compétences pour mettre en adéquation tous les outils de votre future recherche d’emplois
– vous allez de ce fait publier ce profil sur ce réseau. Ce profil, vous allez le doubler sur votre compte facebook si vous en avez un (et si vous le souhaitez) et sur tous les services en ligne sur lesquels vous êtes et qui vous demandent ces informations. Attention à bien vérifier que ces services ne donnent pas une image négative pour votre recherche d’emplois.
– Bien documenter votre travail car à chaque évolution du profil, vous allez devoir mettre à jour tous ces services.
– des services particulièrement intéressant sont ceux qui vous permettent de publier votre profil comme d’un CV, comme par exemple doyoubuzz qui permet d’avoir une bonne visibilité en un temps assez court
– attention à bien travailler ce profil, cette première publication, que vous pourrez par la suite retravailler doit déjà être vendeuse du premier coup. C’est en effet à ce moment-là que vous allez drainer du trafic de curiosité dû à la première publication. Si vous n’êtes pas attractifs dès ce moment-là, ces premiers lecteurs, souvent des chasseurs de tête ne reviendront pas sauf à faire « un coup » marketting », dévoreur d’énergie et de temps.

 

S’abonner

– Selon le principe de similarité, vous devez repérer les profils qui « vous ressemblent » et vous y abonner
– les abonnements en retour se feront selon deux principes si votre profil correspond aux besoins de la personnes que vous visez selon un principe d’efficacité
– et aussi selon un principe sous-jacent de symétrie. Les gens s’abonneront à votre profil parce que vous les avez choisi (cela fait toujours plaisir) et parce qu’on ne sait jamais
– vous devez caractériser ces profils selon le degré d’expertise. Vous devez travailler de manière égale ces profils mais toujours en sachant qui ils sont.

 

Animer son réseau, c’est rendre service à l’autre vu comme un individu unique

– le mail ou les messages directs (pour l’asynchrone) et les chats (pour le synchrone) sont de bons moyens pour échanger avec quelqu’un et apprendre à le connaitre
– pour cela il faut contacter la personne avec un objet d’échange qui va vous permettre d’engager le dialogue.
– Un objet d’échange, cela peut être une demande de renseignement qui vous mette en position de débiteur par rapport à la personne. C’est à dire que vous allez lui devoir un service.
– un objet d’échange cela peut être un centre d’intérêt professionnel, ou non, commun qui va permettre de vous individualiser aux yeux de la personne (ne pas oublier le nombre de Dunbar).
– il ne faut pas que la personne se sente aggressée par une sorte de spam social ou par une intrusion dans sa vie privé.
– dans un deuxième temps, il va falloir entretenir ce lien ainsi créé. Vous pouvez alors recommander des résultats de veille à ces profils selon ce que vous aurez appris d’eux.
– vous pouvez aussi prendre contact de loin en loin pour échanger sur tout et rien. Le badinage une forme de sociabilité dont il ne faut pas abuser mais qui peut s’avérer utile.

 

Animer son réseau c’est vendre son expertise en communauté

– vous devez montrer vos propres expertises ce qui suppose de montrer ce que vous savez effectivement faire et au niveau où vous savez le faire. Cela suppose de bien se connaitre et de ne surtout pas mentir.
– Vous devez donc vous vendre.
– Un blog peut être un bon outil pour montrer cela. Mais vous pouvez aussi participer à des forums tels qu’on les trouve sur les réseaux professionnels.
– vous pouvez même créer des forums et ainsi de fédérer une communauté professionnelle autour de ces outils.
– vous allez alors inviter votre communauté ainsi que toutes les personnes à venir participer à ce forum (attention il y en a énormément et le temps des personnes n’est pas extensible)
– vous allez ensuite publier les résultats de votre veille et publier également de courts posts visant à faire interagir les membres de votre communauté (pour plus d’info sur les communautés, voir le module consacré). Il est alors utile de savoir engager un débat, ce qui n’est pas forcément donné à tout le monde

 

Ces quelques conseils sont assez classiques et ne visent qu’à donner un cadre général. C’est en réseautant, comme dit le proverbe, que vous deviendrez réseauteur.

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