La surveillance interpersonnelle, souvent négligée dans les débats relatifs à l’informatisation de la société au profit d’autres figures de la surveillance telle que celle de la surveillance étatique ou institutionnelle et celle de la surveillance marchande, n’est certes pas née avec les NTICs.

c’est la conclusion de l’excellent article de Bénédicte Rey sur les traces numériques au sein des relations proches et du couple : entre surveillance et confiance, la gestion des frontières du privé.

J’ai beaucoup réfléchi sur cette collecte des traces en terme de situation de communication triadique : moi, la machine, autrui.

Il s’agissait, ici, d’envisager la production des traces et le contexte de leur production. C’est la logique du travail que je propose aux élèves de seconde et c’est aussi pourquoi je veux faire cette fameuse anatomie d’un status dont j’ai parlé récemment, un peu à la manière de commoncraft.

Mais j’ai peu travaillé sur la destinée de ces traces et sur les acteurs qui sont intéressés par leur collecte. C’est la conclusion de l’article évoqué que de les mettre en lumière.

La surveillance étatique est encadrée par la loi, aussi bien en ce qui concerne l’enregistrement dans les grandes bases de données de contrôle social, que pour la surveillance proprement dite (par exemple les écoutes téléphoniques). C’est la forme la  plus ancienne de surveillance et probablement la mieux acceptée, à condition qu’elle respecte le périmètre de l’Etat, comme le rappelle l’émoi autour d’échelon.

La surveillance marchande est relativement connu je crois et fait l’objet de toutes les attentions autour de l’idée de contenu et de personnalisation. J’ai toujours été frappé par ce terme de contenu qui apparaît assez tôt dans l’internet généralisé. Je dirais 1995/7. Le fait que google apparaisse à ce moment là n’est pas anodin. Tout est contenu, l’essai universitaire en pdf ou la publicité contextuelle ; le status phatique et le post de forum. Et tout est sujet à regard. C’est l’économie de l’attention et la personnalisation est l’évolution logique. Proposer du contenu qui va me séduire (et non m’intéresser comme on dit).

La surveillance s’inscrit donc dans d’énormes base de données que l’on va pouvoir agréger pour définir des profils ciblés précis (lire le livre « porte à porte » et voir comment on définit les quartiers d’abstentionnistes potentiellement de gauche). Elle s’inscrit aussi dans l’étude des historiques de navigation pour permettre d’établir des profils identifiés que l’on va nourrir de besoins, y compris dans la vie réelle. Par rapport à la surveillance étatique, la problématique est ici mondiale et est dicté par la loi du serveur, en l’occurrence américaine, la plupart du temps.

Enfin la surveillance des littles sisters (terme consacré il y a quelques années) provoquent du malaise car si on sait accepter la surveillance par les hiérarchies (nous sommes bien conditionnés), on a du mal avec la surveillance par les pairs car cela renvoie surtout à la relation interpersonnelle et au fonctionnement par cercle de secret.

Dans le cadre de l’Etat, nous avons une surveillance globale et égalitaire, dans le cadre du commerce, c’est une surveillance séductrice à la manière de la pomme d’Eve. « On veut pas mais on veut quand même ». Par contre, on veut maitriser sa communication vers les autres soi-même dans des cercles que nous avons choisis.

Est-ce que cela ne renvoie-t-il pas à trois modes de circulation de l’information que nous connaissons bien : la communication hiérarchique  (top down) qui correspond à la surveillance institutionnelle,  la communication media qui évolue des mass media vers la personnalisation (one to many vers one to one), et enfin la communication en communauté ? Si nous acceptons la surveillance les deux premiers modes de communication pour des fins que nous jugeons au final légitime, est-ce que nous ne voulons pas rester maître chez nous du troisième ?