Le canal de Suez, inauguré le 17 novembre 1869, est un canal artificiel qui permet la navigation de l’Europe vers l’Asie (et vice-versa), en évitant le contournement de l’Afrique.

Il est situé en Égypte et relie Porto Saïd, sur la Méditerranée, à Suez, sur la mer Rouge. Cette route maritime a modifié l’itinéraire de transport et amélioré le commerce.

Le canal de Suez est un canal situé en Égypte, long de 193,3 km, large de 280 à 345 m et profond de 22,5 m, qui relie, via trois lacs naturels, la ville portuaire de Port-Saïd en mer Méditerranée et la ville de Suez dans le golfe de Suez (partie septentrionale de la mer Rouge), permettant ainsi de relier les deux mers.

Histoire

Antiquité

Carte du canal des Pharaons. En pointillé, on remarque le niveau des eaux du golfe de Suez à l’époque de Sésostris III.
Article détaillé : Canal des pharaons.
Il est probable que durant la XIIe dynastie, le pharaon Sésostris III ait fait creuser un canal orienté d’ouest en est à travers le Wadi Tumilat, reliant le Nil à la mer Rouge, afin de pouvoir commercer avec le Ta Netjer (le Pays de Pount), permettant ainsi directement les échanges entre la mer Rouge et la Méditerranée. Son existence est certaine au xiiie siècle av. J.-C., pendant le règne de Ramsès II, il est ensuite abandonné.

D’après l’historien grec Hérodote, des travaux pour remettre le canal en état auraient été entrepris vers -600 par Nékao II, mais ne furent jamais achevés. Le canal fut finalement terminé par le roi Darius Ier (vers -550 à -486), le conquérant perse de l’Égypte. Darius a illustré sa réalisation par diverses stèles de granit disposées sur les rives du Nil, dont celle de Kabret à 200 km de Pie. L’inscription de Darius dit :

« Le roi Darius a dit : je suis un Perse. En dehors de la Perse, j’ai conquis l’Égypte. J’ai ordonné ce canal creusé depuis la rivière appelée Nil qui coule en Égypte à la mer qui commence en Perse. Quand ce canal a été creusé comme je l’ai ordonné, des bateaux sont allés de l’Égypte jusqu’en Perse, comme je l’avais voulu. »

Le canal fut de nouveau restauré par Ptolémée II vers -250. Au cours des mille années qui suivirent, il fut successivement modifié, détruit et reconstruit, notamment par Amr ibn al-As en 640, et devint le « canal du Commandeur des croyants ». Il est finalement détruit au viiie siècle par le calife Al-Mansur pour isoler la ville de Médine, et éviter ainsi le risque d’une attaque.

Renaissance
Venise, au début du xvie siècle, est confrontée à la concurrence des Portugais dans le commerce en Orient. Vasco de Gama a en effet découvert en 1498 une nouvelle route contournant l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Les Portugais évitent ainsi de payer les taxes du sultan d’Égypte pour le commerce et le transport des épices. Mais cette nouvelle concurrence nuit à Venise, qui procurait les épices à l’Europe via l’Égypte. Les Portugais pourront en effet proposer des prix plus bas aux clients de Venise (les Hongrois, les Flamands, les Allemands et les Français). Il faut donc trouver une solution pour améliorer le passage des épices en Méditerranée. Et dans le débat de Pregàdi, la république de Venise a l’idée de creuser un canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge. Le Conseil des Dix recommande en mai 1504 à Francesco Teldi (en), son envoyé auprès du sultan, « une chose […] que beaucoup envisagent comme une mesure tout à fait opportune pour empêcher et interrompre la navigation des Portugais, c’est-à-dire qu’avec facilité et rapidité de temps il serait possible de faire un canal depuis la mer Rouge qui relie directement cette mer-ci ». Néanmoins le projet n’aboutit pas, à cause de la situation interne égyptienne instable.

En 1586, avec l’aval du Sultan Mourad III, le Grand Amiral de la flotte ottomane Euldj Ali entreprend de creuser l’ancien canal reliant Suez à la mer Rouge. Mais à ce moment la guerre de Perse se rallume de nouveau, Constantinople se trouve engagée dans d’énormes dépenses et le projet est donc ajourné.

Rupture avec le Royaume-Uni et crise de Suez

Le 29 octobre 1956, le Royaume-Uni, la France et Israël se lancent dans une opération militaire, baptisée « opération Mousquetaire ». Cette action est justifiée par la restitution aux actionnaires qui ont financé et contribué à la prospérité du canal de ce qui, selon le droit international et les accords passés, leur appartient.

Guerre des Six Jours, guerre du Kippour : huit ans de fermeture
Onze ans plus tard, en juin 1967 lors de la guerre des Six Jours, Israël occupe l’ensemble du Sinaï et donc la rive orientale du canal, qui va rester fermé pendant huit ans, jusqu’en juin 1975. Quatorze navires de commerce sont ainsi bloqués pendant 3 016 jours sur le lac Amer, formant la flotte jaune.

Israël construit une ligne de défense sur la rive orientale : la ligne Bar-Lev.

En octobre 1973, l’Égypte et la Syrie attaquent Israël par surprise, c’est le début de la guerre du Kippour. La zone du canal redevient une zone de combats. L’armée égyptienne franchit le canal et pénètre profondément dans le Sinaï avant que les forces israéliennes, après quelques jours, ne reprennent le dessus et franchissent à leur tour le canal. Une force de maintien de la paix de l’ONU est déployée, la FUNU II qui reste sur place jusqu’en 1974.

Pendant cette longue fermeture, les pétroliers s’adaptent en renforçant la création de supertankers qui contournent à nouveau l’Afrique, mais ne sont plus assujettis à la contrainte de gabarit imposée par la taille du canal.

Juin 1975 : réouverture du canal
Après quinze mois de travaux, de déminage du canal et de ses abords, avec l’aide des marines américaines, britanniques et françaises, qui permettent de retirer 45 500 mines, 686 000 engins anti-chars et anti-personnels et 209 tonnes de matières explosives, le canal est officiellement rouvert le 5 juin 1975 par le président Anouar el-Sadate qui le descend de Port-Said à Ismaïlia. Le lendemain, le premier convoi franchit le canal vers la Méditerranée. Durant quelques mois, le temps de remettre en état complet les installations du canal, un seul convoi par jour peut passer, avec un tirant d’eau maximal de dix mètres.

À la suite de l’augmentation de la piraterie autour de la Corne de l’Afrique à la fin des années 2000, il est évoqué la possibilité de l’éviter à nouveau. Mais les revenus assurés par le canal, bien qu’en diminution, sont vitaux pour l’Égypte. Ils représentent la troisième source de devises : cinq milliards de dollars par an (chiffre 201323), soit 20 % du budget de l’État.

Agrandissement et nouveau canal en 2015

Le 5 août 2014, l’Égypte annonce son intention de creuser un deuxième canal parallèle au canal de Suez sur sa partie orientale, afin de permettre de supprimer la circulation alternée des convois dans cette partie du canal. Ce nouveau canal a une longueur de 72 km et coûte environ trois milliards d’euros. Ce projet réduit le temps d’attente maximale de passage pour les bateaux de onze à trois heures.

Les travaux impliquent l’approfondissement et l’élargissement du canal existant sur 35 km, ainsi que le creusement d’un nouveau canal de 37 km au niveau de la ville d’Ismaïlia. Les premiers tests de navigation commencent le 25 juillet 2015 alors que six navires répartis en deux groupes de trois traversent l’extension du canal dans le cadre de ce test25. L’ouverture du nouveau canal a eu lieu le 6 août 2015.

Le canal de Suez rapporte en 2015 environ 5,3 milliards de dollars US par an à l’Égypte. Selon les projections financières égyptiennes de 2015, le canal devrait rapporter annuellement 13,2 milliards de dollars en 2023 avec les améliorations.

Les débuts du port et du canal

Cependant, il faut trois siècles pour que le projet prenne forme. Napoléon, en 1799, après avoir retrouvé une œuvre intéressante du savant allemand Leibniz, a arrêté le rêve de réaliser le canal à cause d’une différence de hauteur de 10 mètres entre les deux mers, qui – selon la pensée de l’époque – nécessite également la réalisation d’un système complexe d’écluses. Selon des études topographiques ultérieures et plus précises, il n’existe pas d’obstacle de ce type. En 1830, l’ingénieur Prosper Enfantin a commencé à travailler sur le projet de canal et en 1846, il a créé une entreprise de construction, démontrant que les travaux étaient faisables, même avec une petite limitation. Le canal ne permet la navigation qu’aux bateaux à vapeur, qui ne représentent que 5 % des navires.

C’est un Italien qui a élaboré le projet final en 1854. La signature est celle de Luigi Negrelli, un ingénieur du Trentin. En réalité, Negrelli est né à Fiera di Primiero, un village italien qui appartenait à l’époque à l’Empire austro-hongrois. On dit cependant que ses parents étaient d’origine génoise.

La construction du canal a commencé le 25 avril 1859 et il a fallu dix ans pour achever cet énorme travail. C’est Ferdinand de Lesseps (le diplomate français qui a reçu une concession de 99 ans de Saïd Pacha, vice-roi d’Égypte) qui a été chargé de la supervision des travaux et non Negrelli, qui est mort la veille de la construction. De Lesseps se retrouve ainsi à coordonner environ un million et demi de travailleurs égyptiens. Beaucoup d’entre eux (125 000), malheureusement, meurent pendant la construction à cause d’une épidémie de choléra.

Le premier bateau a traversé le canal le 17 février 1867, bien que l’inauguration officielle ait eu lieu le 17 novembre 1869. Depuis son ouverture, Suez a changé le marché et a eu un impact immédiat sur le trafic de fret. Mais il y a plus. Le succès de ce travail va également dans d’autres directions. D’abord, le rôle de la navigation a été développé pour le transport des marchandises, puis l’Afrique est devenue le centre d’intérêt européen et les Français ont décidé de se lancer dans un autre travail important, cette fois sans succès : la construction du canal de Panama.

Idéal pour le passage maritime

Le canal de Suez est une œuvre d’art gigantesque : il est long de 163 kilomètres, large d’environ 52 mètres (il est ensuite élargi jusqu’aux 352 mètres actuels) et a un tirant d’eau de 8 mètres (il est aujourd’hui de 16 et devrait atteindre 20). La navigation prend 15 heures. L’entreprise est financée par des fonds français pour 56% de la valeur et pour le reste par des fonds égyptiens.

Depuis 1888, grâce à la Convention de Constantinople, le canal a été élu “zone neutre” et peut être utilisé aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre, évidemment dans ce dernier cas pas par les pays en conflit avec l’Egypte. Revenons ensuite aux tensions des années 50 pour le contrôle (économique) de Suez, lorsque le 26 juillet 1956, le président Gamāl ʿAbd al-Nāser, bien que la concession n’ait pas encore expiré, nationalise le canal, bien 14 ans à l’avance : la crise de Suez éclate et en octobre de cette année-là, la France, le Royaume-Uni et Israël attaquent l’Égypte. L’objectif des Egyptiens est de lever des fonds pour financer la construction du barrage d’Assouan sur le Nil, mais il est évident que les autres Etats ne prennent pas bien la démonstration de force du pays. Le canal a été fermé jusqu’en avril 1957, avant d’être à nouveau bloqué en 1975 en raison de la guerre des six jours (qui a éclaté en 1967).