Quiconque a eu la joie de connaître l’amour se souvient très bien de l’accélération du cœur, de l’essoufflement, de la dilatation des pupilles nécessaire pour signaler l’intérêt et l’attraction, autant de symptômes déclenchés par l’adrénaline, mais que se passe-t-il dans le corps lorsque le sentiment amoureux se stabilise dans le temps ? Découvrons les effets d’un amour durable sur notre cerveau.

Voltaire disait que “l’amour est la plus forte de toutes les passions parce qu’il attaque à la fois la tête, le cœur et le corps”.

Qu’est-ce que l’amour ?

Et surtout, que se passe-t-il dans notre corps lorsque nous aimons ? L’amour est une vibration, un organisme vivant et, en tant que tel, il doit être continuellement alimenté et nourri, afin qu’il puisse se développer de manière harmonieuse, afin qu’il ne s’arrête pas et ne stagne pas, donnant lieu à des troubles tant physiques que psychiques. Et comme tout organisme, elle a ses étapes de développement et ses époques, tous nécessaires et gratifiants si elles sont bien vécues. Pour vivre pleinement l’amour, nous avons besoin de temps, nous devons attendre que les mécanismes impliqués soient activés et désactivés de manière équilibrée. Nous ne pouvons pas penser à aimer vraiment si le sentiment n’est pas suffisamment ancré, si nous ne sommes pas vraiment centrés dans cette vibration subtile, en la laissant nous accompagner à chaque étape de notre vie. Le chemin de l’amour est jalonné d’étapes très précises, dans lesquelles interviennent aussi bien les systèmes qui régulent les émotions primordiales que ceux liés aux fonctions supérieures, qui, une fois activés, peuvent nous aider et nous guider vers l’étape suivante du voyage.

L’amour est une drogue

Ce n’est pas pour rien qu’on se dit accro à la personne dont on est amoureux. Ce sentiment libère des hormones telles que la dopamine, l’ocytocine et l’adrénaline, les mêmes qui provoquent l’euphorie liée à certains types de drogues et à la consommation d’alcool. Ces hormones nous aident à renforcer les liens avec notre partenaire et à ressentir la sensation de manque en cas d’absence. Comme quoi, ce type d’addiction n’est pas néfaste, tant qu’elle reste équilibrée.

Les “symptômes” de l’amour

Ceux qui ont eu la joie de connaître l’amour se souviennent très bien du cœur qui s’emballe, de la respiration laborieuse, des pupilles dilatées nécessaires pour signaler l’intérêt et l’attraction, autant de symptômes déclenchés par l’adrénaline. Comment oublier la sueur sur les paumes, la bouche sèche causée par l’excitation de la noradrénaline et ce sentiment de bien-être que l’on ressent lorsqu’on est proche de la personne que l’on aime (Fisher, 1998). Un bien-être qui émerge si l’hypophyse est stimulée pour produire des endorphines, les molécules responsables de l’effet euphorisant de l’amour, qui nous fait oublier de manger, nous prive de sommeil et ne nous fait ressentir aucune fatigue. L’amour se manifeste aussi parfois par une passion déclenchée par un excès de dopamine, qui ordonne au cerveau de désirer, un ordre qui se manifeste au niveau conscient sous la forme d’un comportement passionnel déclenché par un excès d’adrénaline, la molécule d’agitation produite par l’hypophyse, qui déclenche la tempête, laquelle menace de compromettre l’équilibre psychologique, si la sérotonine, le neurotransmetteur qui peut aider à équilibrer l’humeur, n’intervient pas.

Les émotions

L’aspect intéressant de cette tempête biochimique est que si la passion initiale implique les zones du cerveau liées à la gratification et aux instincts, les sentiments stimulés par une sensation durable et stable activent les zones du cerveau qui sont le siège des émotions. Cela nous permet de comprendre pourquoi les sentiments liés à l’amour évoluent au fil du temps sous l’effet de processus neurobiologiques.

Ainsi, les émotions sont des fonctions biologiques du cerveau qui comprennent une sensation physique, c’est-à-dire ce que nous ressentons au niveau corporel, dont le but est de signaler notre état émotionnel, et une composante psychique, qui consiste en la conscience de ce que nous ressentons. Ce sont donc ces obscurs persuadeurs, qui nous envoient des messages subliminaux sans que nous en soyons immédiatement conscients, qui nous font comprendre que nous sommes merveilleusement et désespérément amoureux.

Connaître les mécanismes qui régissent ces entités mystérieuses, enfermées dans le secret impalpable et profond de notre âme, ne signifie pas renoncer à la magie et au mystère de l’un des sentiments les plus importants, mais au contraire, l’habiller de cette intelligence capable de partager les émotions.

Existe-t-il des signes qui ne trompent pas ?

Chaque amour est différent puisque chaque histoire est unique. Cependant, il existe des signes communs qui ne trompent pas sur le sentiment amoureux : le plaisir d’être avec l’autre, de penser à lui ou de parler de lui ; les autres qui constatent votre bonheur ; l’envie de le ou la surprendre avec des petites attentions ou des surprises ; l’envie de prendre soin de soi ; l’intérêt pour découvrir ce qui le ou la passionne ; l’énergie qui se décuple dans la vie de tous les jours ; l’envie de passer le reste de sa vie avec lui ou elle.

Être amoureux c’est aussi accepter l’autre tel qu’il est, et non pas tel qu’on se l’imagine ou que l’on souhaite. C’est ce qui différencie principalement la passion de l’amour authentique et véritable.

Les étapes de l’amour

Comment expliquer que, traversé par une pensée soudaine, l’on puisse se retrouver submergé par une impression, une odeur, une image, un souvenir ? Ce phénomène repose sur l’équilibre fragile qui existe entre des systèmes excitateurs et des systèmes calmants, qui rend nos comportements souvent spontanés et immédiats. Au cœur de l’envie d’entrer en relation avec l’autre se trouve un messager essentiel du cerveau : la dopamine, véritable hormone du désir. L’amour se déroule en plusieurs étapes, qui s’échelonnent dans le temps. Tout débute par l’attirance, cette alchimie subtile qui est le signe d’une rencontre réussie. L’envie de séduction et le désir qui en résultent, souvent concrétisés par le sexe, peuvent mener ensuite à la passion, puis évoluer vers un attachement durable.

L’amour passionnel

La libération de dopamine commande le comportement de désir et freine, en partie, le cerveau du jugement. Conséquence : le premier soir, on est fou amoureux et l’autre ne possède aucun défaut. C’est fait, l’amour est bien monté à la tête ! C’est le moment de foncer, et pas le moment de regarder les petits défauts du partenaire. Après la rencontre survient donc, avec une intensité variable, une phase d’amour passionnel. Ce comportement, qui frôle parfois l’obsession, active le circuit cérébral du désir, ce qui se manifeste par des conduites souvent compulsives : on ne cesse d’appeler son ou sa partenaire, on est impatient, bref le désir est à son maximum.

Toutefois, très vite, cette phase s’estompe, car la relation amoureuse permet l’arrivée de la récompense : le plaisir partagé. Celui-ci peut se conjuguer de différentes manières, baiser, étreinte, rencontre empathique, relation sexuelle. Le cerveau active alors un circuit baptisé « désir-plaisir », dont les mécanismes sont maintenant parfaitement connus des psychologues et des neurobiologistes.

Le sexe et l’apaisement

Si la relation déclenche une relation sexuelle, celle-ci met en jeu un cocktail chimique : testostérone et dopamine se conjuguent, chez les deux partenaires, pour déclencher l’acte sexuel. La mécanique de l’acte n’est commandée que par quelques neurones situés dans l’hypothalamus, encore lui. D’où le surnom que lui donnent parfois les neurobiologistes : « la cave aux plaisirs » ! Mais que se passe-t-il lors de l’orgasme ? Le lobe de l’insula, situé près du cerveau des émotions, un carrefour de l’intégration de multiples informations sensorielles, se met à activer fortement tout un réseau de neurones. On assiste alors à un véritable orage électrique : l’extase érotique.

Une fois le couple formé, une intimité s’établit et le cerveau active les circuits du plaisir. Il inhibe toute réaction de stress, et favorise une relation calme, apaisée, mais encore mêlée de désir. Le principal messager chimique déclencheur est l’ocytocine, véritable hormone de l’intimité. Elle supprime le stress, et active à son tour des hormones libérées par différentes régions du cerveau pour percevoir le plaisir : les endorphines (littéralement des « morphines endogènes »), l’anandamide et la sérotonine. L’anandamide est particulière, car c’est une substance naturelle du cerveau dont le cannabis mime les effets. Elle supprime la mémorisation des faits déplaisants et procure un sentiment d’extase et de plaisir.

La passion amoureuse n’est pas encore complètement expliquée par les neurobiologistes. Elle repose sur un subtil équilibre entre de nombreuses molécules, dont les récepteurs ne fonctionnent pas exactement de la même façon chez les uns et les autres. Nous sommes donc tous inégaux par rapport à la perception des comportements qu’elle induit, leurs effets, leur déroulé, leur efficacité, leur durée. Quoi qu’il en soit, à la passion, qui s’épuise après quelques années, succède un comportement de confiance, d’empathie et de relation longue : c’est l’amour des couples qui dure. Confiance et empathie, qui alternent avec la tendresse, stimulent et maintiennent une libération régulière d’ocytocine, véritable messager cérébral de l’attachement. Ses effets positifs, qui réduisent le stress, stimulent la communication et l’empathie, participent à la perception d’un ressenti de bonheur.