Siegfried Bernfeld a été l’un des psychanalystes de la première génération qui a gagné le respect et l’admiration de Sigmund Freud. Son travail se concentre sur la relation entre la psychanalyse, la pédagogie et le marxisme. Au fil du temps, Siegfried Bernfeld a adopté une position de gauche radicale. Il a été un grand protagoniste de son temps, mais a été injustement marginalisé. Son travail est intéressant et sa contribution est d’une pertinence considérable pour le monde d’aujourd’hui. Anna Freud a déclaré que Siegfried Bernfeld avait été l’une de ces figures hors série qui ont impliqué les premiers stades de la psychanalyse. Sigmund Freud lui-même le nomme dans une de ses lettres, en disant : éminent expert en psychanalyse. Il le considère comme peut-être le plus doué de ses élèves et disciples. De plus, il possède des connaissances supérieures, est un orateur irrésistible et un professeur extrêmement influent. Tout compte fait, il ne peut que dire le meilleur de lui”. Comme ses contemporains, il a vécu à une époque convulsive, tant sur le plan social que politique. Pour cette raison, et face à la persécution dont il a été victime en tant que Juif, il a concentré ses réflexions sur le domaine social. Il a laissé de côté l’aspect strictement psychanalytique pour s’engager davantage dans les phénomènes collectifs du point de vue politique.

Définition de l’éducation

L’éducation peut être définie comme le processus de socialisation des individus. En s’éduquant, la personne assimile et acquiert des connaissances. L’éducation implique également une sensibilisation culturelle et comportementale où les nouvelles générations acquièrent les modes de vie des générations précédentes. Le processus éducatif est inscrit dans un ensemble de compétences et de valeurs produisant des changements intellectuels, affectifs et sociaux sur l’individu. Selon le degré de sensibilisation atteint, ces valeurs peuvent durer toute une vie ou juste une certaine période de temps. Dans le cas des enfants, l’éducation vise à favoriser la structuration de la pensée et des formes d’expression. Elle contribue au processus de maturation sensorielle et motrice et stimule l’intégration et la convivialité en groupe.
En revanche, l’éducation formelle ou scolaire est la présentation systématique d’idées, de faits et de techniques aux élèves. Une personne exerce une influence ordonnée et volontaire sur une autre dans le but de la former. Ainsi, le système scolaire est la façon selon laquelle une société transmet et conserve son existence collective parmi les nouvelles générations. D’autre part, il y a lieu de noter que la société moderne accorde une grande importance au concept d’éducation permanente ou continue, qui stipule que le processus éducatif ne se limite pas qu’à l’enfance et à la jeunesse puisque l’être humain a besoin d’acquérir des connaissances tout au long de sa la vie. Dans le domaine de l’éducation, un autre aspect-clef est l’évaluation, qui présente les résultats de l’enseignement et de l’apprentissage. L’évaluation contribue à améliorer l’éducation et, à vrai dire, elle ne se termine jamais, étant donné que chaque activité réalisée par un individu est soumise à une analyse afin de déterminer s’il a atteint ou pas les objectifs visés.

Les débuts de Siegfried Bernfeld

Siegfried Bernfeld, comme beaucoup d’autres psychanalystes, était d’origine juive. Il est né à Lemberg (Galice), en 1892. Ses parents étaient engagés dans le commerce du textile à grande échelle. Il a étudié la zoologie et la botanique, car il était passionné par la nature. Cela lui a donné une connaissance scientifique très solide. Encore très jeune, il s’intéresse également à la pédagogie et à la psychologie. Il était enthousiaste quant à l’impact de l’hypnose, une innovation complète à l’époque. Il était également très curieux des théories de Maria Montessori. Plus tard, il a étudié la psychanalyse en profondeur et a été fasciné par la méthode de la libre association. À 22 ans, il épouse Anne Salomon, une jeune étudiante en médecine, fervente adepte des idées marxistes. Ce dernier a eu une influence décisive sur sa pensée et ses activités. Trois ans seulement après le mariage, il organise une réunion géante de la jeunesse sioniste, au cours de laquelle Martin Buber prononce un discours qui devient très célèbre.

Famille et jeunesse

Bernfeld est né le 7 mai 1892, à Lemberg, en royaume de Galicie et de Lodomérie dans l’Autriche-Hongrie. Il est l’aîné des trois enfants issus du mariage d’Ermine Schwarzwald avec Isidor Bernfeld, un grossiste en tissus d’ascendance juive. Bernfeld a une sœur, Lilly et un frère Manfred qui meurt au camp de Theresienstadt ; une partie de la famille de Bernfeld disparaît à Auschwitz. Il grandit à Vienne où il achève ses études secondaires à l’été 1911. À l’exception d’un semestre passé à Fribourg où il s’agrège au groupe formé autour de Walter Benjamin, il fait toutes ses études universitaires à Vienne : il étudie d’abord la biologie, la zoologie et la géologie mais déjà aussi la pédagogie, autour de laquelle il choisit d’axer ses études. Il étudie également la philosophie, la psychologie et la sociologie. Pendant ses études il prend part à des mouvements socialistes et sionistes alors en pleine ébullition.

Carrière

Encore lycéen, Bernfeld commence à s’intéresser vraiment à la psychanalyse dont il avait déjà pris connaissance : il analyse ses rêves et ses fantasmes et cherche à lire ce qui s’écrit sur le sujet. Porté par ses convictions socialistes, dans une période troublée marquée par la guerre, la chute de l’empire, le moment dit “Vienne la Rouge”, l’avènement de la République de Weimar, l’austrofascisme et la montée du nazisme, il a cherché à articuler socialisme et psychanalyse. Pour cette raison il est considéré comme un des initiateurs de la mouvance regroupée sous le nom de freudomarxisme. C’est aussi un pionnier de l’Éducation nouvelle. Après son immigration aux États-Unis, il joue un rôle déterminant dans la création de la Société de psychanalyse de San Francisco et se démarque par son attachement à la possibilité de l’analyse profane. Il publie son premier article et il devient membre de la Société psychanalytique de Vienne. Il est membre invité de la Société psychologique du Mercredi. Entre mai 1913 et juillet 1914 il est avec Georg Gretor alias Georges Barbizon, co-rédacteur de Der Anfang, Zeitschrift der Jugend, sous la responsabilité de Gustav Wyneken, théologien et célèbre réformateur qui avait fondé une communauté d’éducation libre à Wickersdorf ; la revue, qui fait scandale à l’époque, et à laquelle contribue également Walter Benjamin (alias Ardor), cesse de paraître à la déclaration de guerre.

Le 8 janvier 1915 il épouse Anna Salomon à Vienne, sous la loi mosaïque. Ils se sont connus à Munich et ont passé ensemble un semestre à Freibergen. Ils auront ensemble deux filles Rosemarie, et Ruth née. Tout comme son frère Fritz, Anna, qu’on appelait Anne, a fréquenté, mais brièvement, l’école de Wickersdorf, elle en fut retirée par son père, le Dr Max Salomon qui était en conflit avec Wyneken ; ce conflit, médiatisé, prit une dimension publique. Les filles d’Anna et de Siegfried, Rosemarie et Ruth fréquenteront aussi cette école. Anna poursuit ses études de médecine et obtient son diplôme à Vienne. Anna a aussi un engagement socialiste et sioniste.

Mobilisé pendant la première guerre mondiale, comme traducteur, il est affecté la plupart du temps à Vienne où il peut poursuivre ses études. Enrôlé dans les “Landsturmdienst”, il est exempté de service actif, à cause d’un catarrhe pulmonaire, jusqu’en mars 1915, date à laquelle il est définitivement rendu à la vie civile. Il change d’ailleurs d’orientation, abandonnant la biologie pour la pédagogie et la psychologie. Il obtient son doctorat en biologie et en psychologie à l’université de Vienne ; sous la conduite d’Alois Höfler il soutient sa thèse intitulée. Le 12 mai de la même année, il devient membre invité de la Société psychanalytique de Vienne, ensuite il en devient membre à part entière. Après l’obtention de son doctorat il est de nouveau mobilisé pour être affecté en divers lieux, notamment en Turquie.

Pendant l’épisode révolutionnaire, il crée les forces d’autodéfenses juives dont il assure le commandement.Il crée cette milice d’autodéfense juive, ultérieurement intégrée aux forces de l’ordre municipales, avec Isidor Schalit. Freud le considère comme son élève le plus doué. Il inaugure le Kinderheim Baumgarten qui ne fonctionnera que pendant six mois. En février 1920, surmené, il doit séjourner quelques mois dans un sanatorium à Heidelberg, où, à partir d’août, il assure le secrétariat de Martin Buber avec lequel il collabore à la rédaction du journal Der Jude. Il regagne Vienne au milieu. En 1922, il commence à exercer comme psychanalyste en libéral à Vienne, sous la supervision de Freud, Bernfeld avait obtenu de Freud, que, dans son cas du moins, une analyse didactique n’était pas un prérequis ; Bernfeld commence également à enseigner à l’Institut psychanalytique de Vienne. Il devient secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne. Il met sur pied un comité (Propaganda-Komitee) qui organise une campagne de publicité sur Vienne. À la création de l’institut de formation de la Société psychanalytique de Vienne en 1925, Bernfeld en devient le vice-directeur, la direction est assurée par Hélène Deutsch et le secrétariat par Anna Freud.

Il divorce d’Anne Salomon, notamment du fait de désaccords politiques. Celle-ci émigre en URSS, laissant à Bernfeld la garde de leurs deux enfants. Bernfeld se remarie en 1930 avec l’actrice Elisabeth Liesl Neumann4, une élève d’Erwin Piscator. Elle est la tante d’Edith Kramer, future pionnière de l’Art-thérapie, qui reconnut l’influence de Bernfeld. Il assure des formations à l’Institut psychanalytique de Berlin. En parallèle, il suit une analyse personnelle avec Hanns Sachs de 1930 à 1932, ce sera là son unique analyse. En 1932 il divorce d’avec sa seconde femme Liesl Neumann celle-ci se remariera avec Berthold Viertel. De 1932 à 1934, il est analyste didactique et conférencier à Berlin. À cette époque, dans un effort d’ancrer la psychanalyse aux sciences physiques, il tente, brièvement et vainement de mesurer la libido avec le physicien Sergei Feitelberg. La publication en 1930 de Énergie und Trieb témoigne de cette “libidométrie”, une tentative d’objectivation partagée par d’autres à l’époque. Pendant cette période berlinoise il s’intéresse à la gestalt Psychologie avec Kurt Lewin ; il adhère au Bund Entschiedener Schulreformer et entre dans une controverse avec Wilhelm Reich.

En 1932, au moment de la prise du pouvoir par Hitler, il regagne Vienne. Là, avec Anna Freud, August Aichhorn et Willi Hoffer, il anime un groupe d’étude sur la pédagogie psychanalytique qui dispense des formations à l’intention d’instituteurs et de travailleurs sociaux.Ils collaborent également au Zeitschrift für Psychoanalytische Pädagogik, fondée en 1926 par les Suisses Heinrich Meng et Ernst Schneider cette publication se relocalisant à Vienne sera ultérieurement dirigée par Hoffer. À Vienne, il prend part aux séminaires de Waissman et de Moritz Schlick.

Vers 1934, il épouse Suzanne Aimée Cassirer Paret, fille de Paul Cassirer, qui fait une analyse avec Freud en 1934 ; elle fut aussi analysée par Hanns Sachs ; elle pratique elle-même la psychanalyse et partage les travaux de son mari. Il émigre en France fin 1934 avec sa femme ses deux filles ainsi que les deux filles de sa femme. Ils s’établissent à Menton, où Ernest Jones possède une maison de vacances. Là, Bernfeld, qui ne reçoit que peu de patients, continue à étudier les relations entre la biologie et la théorie psychanalytique ; il fait une demande de visa pour les États-Unis via l’Angleterre. En 1935, à Paris, il rencontre René Spitz et fait la connaissance de René Laforgue ; avec sa famille, passant par Amsterdam, il quitte la France pour l’Angleterre où il reste de janvier à août 1937, Bernfeld exercera brièvement à Londres. Rudolph Ekstein situe le mariage de Suzanne Cassirer avec Bernfeld en France, à Menton.

Le 15 août 1937, Bernfeld et sa famille arrivent à New York ; lors de leur voyage vers la côte ouest, ils passent par Chicago, pour arriver à Los Angeles, où Bernfeld pense un moment s’établir. Il se décide pour San Francisco, où il arrive le 15 septembre. Là très rapidement après son arrivée il forme un groupe d’étude psychanalytique, formé de Anne Bernfeld, Bernhard Berliner, Anna Maenchen, Emanuel Windholz, Erik Erikson, Donald et Jean Macfarlane, Josephine and Ernest Hilgard, Else Frenkel-Brunswik, Egon Brunswik, Edward Chace Tolman, Harold Jones, Olga Bridgman (en), Alfred L. Kroeber, Robert Lowie, Ernst Wolff et Robert Oppenheimer). Parallèlement à sa pratique et à son enseignement, il travaille à l’Institute for Child Welfare à l’université de Berkeley.

Il adhère à la Topeka Society.

Fondée en 1941, la Société psychanalytique de San Francisco est reconnue par l’American Psychoanalytic Association. Faute d’être médecin, Bernfeld ne peut être que membre honoraire de Société psychanalytique de San Francisco ; il est toutefois membre de la commission d’enseignement dont il démissionne ultérieurement. En 1944 il prend part à la conférence sur l’antisémitisme (Mass Psychology and Anti-Semitism) organisée à San Francisco par Ernst Simmel en association avec l’Institute for Social Research représenté par Adorno et Max Horkheimer. À compter de 1944 avec sa femme il publie des articles sur la biographie de Freud. Leurs travaux alimenteront l’œuvre d’Ernest Jones. Gêné par la position de l’American Psychoanalytic Association concernant l’analyse profane, Bernfeld propose à son domicile un cycle de formation4. En novembre 1952, peu de temps avant son décès d’un cancer du poumon, il fait une conférence sur l’histoire de l’analyse didactique. Cette conférence, dans laquelle il critique “férocement” les vues de l’Association psychanalytique internationale fait scandale ; son discours n’est publié qu’en 1962, et encore, assorti d’une présentation de Rudolph Ekstein qui en limite la portée.

Mouvements de jeunesse et sionisme

Il participe au lancement des Sprechsäle à Vienne ; il lance un appel via un tract intitulé An die Abiturienten. Avec quelques camarades lycéens, Bernfeld forme un groupe pour critiquer les méthodes d’éducation dont ils font l’objet. De même, il est le rédacteur du journal lycéen Eos- Stimme der Jugend ; il fonde le journal lycéen Das Klassenbuch qui ne connaitra que deux éditions. En 1912 Bernfeld fonde le comité académique pour la réforme scolaire qui comprend rapidement des milliers de membres en Allemagne ou en Autriche. Pour en soutenir l’action est créée une publication, l’Anfang. Walter Benjamin comptera parmi ses contributeurs réguliers. Le comité académique pour la réforme scolaire (Akademische Comité für Schulreform) est dissout sur ordre des autorités en 1914.

Apports et destin de l’œuvre

Bernfeld théorise le lien entre la psychanalyse et la pédagogie. Il s’intéresse au rôle de la psychanalyse dans l’éducation et la lutte contre l’inégalité sociale. L’un des initiateurs du mouvement du freudo-marxisme, il développe des théories concernant le socialisme, à l’aune de la psychanalyse. Son écrit le plus important est Psychologie des Säuglings, dans lequel il analyse la psychologie infantile. En 1925 il écrit Sisyphos oder Die Grenzen der Erziehung, ouvrage où il présente sa théorie d’une pédagogie non autoritaire. Selon lui l’autoritarisme en éducation inhibe la vie instinctuelle de l’apprenant. Il publia aussi un important ouvrage sur la psychanalyse. Il y tente de montrer les liens entre la psychanalyse et les sciences et d’appliquer à la théorie de Freud les outils de la méthode scientifique. En Allemagne, Bernfeld, en tant que pédagogue, est redécouvert après 1968 ; certains de ses écrits sont réédités dans les années 1970 ; la maison d’édition Psychosozial-Verlag s’est impliquée dans ce travail avec notamment une biographie publiée en 2012 par Peter Dudek. Les différentes activités de Bernfeld ont pour cadre un bouillonnant underground culturel, qui n’est pas sans rappeler celui qui émergera. D’après Melzer et Yitzehaki la pédagogie dans les Kibboutz doit beaucoup à Bernfeld tant du point de vue théorique que pratique. En 1913 le mouvement scout d’Autriche exclut les juifs. Bernfeld prend part au premier Freideutsher Jugendtag qui réunit deux mille jeunes sur le Hoher Meissner en Hesse. ; en février 1914 il anime des rencontres dans le café viennois Adlon.

Avant la première guerre mondiale, Bernfeld est une des figures majeures des mouvements de jeunesse en Allemagne ainsi qu’en Autriche. Son engagement est marqué par l’influence de Gustav Wyneken. L’afflux de réfugiés juifs en provenance des territoires de l’est de l’empire – Galicie, Bukovine amène Bernfeld au sionisme. Dans les dernières années de la première guerre mondiale, Bernfeld s’implique activement dans le développement de mouvements de jeunesse juive. Apprenant à connaître ces jeunes juifs de l’est si différents des jeunes juifs occidentaux, il imagine une organisation de jeunesse qui pourrait les regrouper hors de toute affiliation géographique ou politique comme il était alors courant. Cette organisation, prévoyant de faire toute sa place à l’autonomie qui convient à la jeunesse, est lancée en mai 1918 à Vienne. L’évènement, exceptionnel, connaît un fort retentissement. C’est à cette occasion que Martin Buber tient son fameux discours ” Sion et la jeunesse” ; c’est également dans le prolongement de cet évènement que sont créées plusieurs organisations d’orientation sioniste avec la Palestine pour destination. C’est d’avoir pensé le Kinderheim Baumgarten comme une préparation à l’émigration qui facilite l’obtention d’un financement de l’American Joint Distribution Committee. De 1917 à 1921 Bernfeld prit en charge l’administration du Zionistischen Zentralrat für West-Österreich (Conseil central sioniste pour l’Autriche de l’ouest).

Après la fermeture du Kinderheim Baumgarten, l’engagement de Bernfeld pour les organisations de jeunesse et le sionisme faibliront ; c’est alors la psychanalyse qui concentrera son énergie et son intérêt. Au début de 1920 il crée toutefois avec son ami Gerhard Fuchs le Jüdische Institut für Jugendforschung und Erziehung afin de promouvoir l’éducation en Palestine et dans la Diaspora. Il invoque des raisons de santé pour refuser l’invitation qui lui est faite de fonder en Palestine mandataire un institut de recherche sur la jeunesse. Il maintient toutefois des contacts avec une école de Tel Aviv désireuse d’adopter une pédagogie inspirée de Maria Montessori et de John Dewey ; Bernfeld siégea également au comité éditorial de la première revue pédagogique en hébreux.

Activité sociale et psychanalyse

– Siegfried Bernfeld et la politique

Motivé par l’activité politique, Bernfeld a fondé une institution dédiée à l’accueil d’enfants juifs orphelins pendant la Première Guerre mondiale. Le but était de les former pour qu’ils puissent émigrer en Palestine. Il en est venu à avoir 145 protecteurs, dont beaucoup ont été victimes de graves traumatismes. Cela l’a encore plus incliné vers la psychanalyse. Il rencontre bientôt Sigmund Freud en personne et fait partie du cercle des psychanalystes. Enfin, il ouvre un centre de conseil à Vienne. À cette époque, il avait noué une profonde amitié avec Anna Freud et était considéré comme l’une des grandes promesses du nouveau courant psychanalytique. Avec Anna et d’autres psychanalystes de l’époque, il a formé un groupe pour aider les enfants abandonnés.

– L’intérêt principal du groupe était d’étendre les questions psychanalytiques au domaine social.

Bernfeld a publié les deux premiers ouvrages, consacrés à l’éducation sociale. L’un portait sur l’adolescence et l’autre sur les méthodes pédagogiques allemandes, qu’il considérait comme un aliment pour un régime dictatorial.

– Les dernières années

Siegfried Bernfeld s’est marié trois fois et a vécu dans différents pays européens lorsque le nazisme est arrivé au pouvoir. Finalement, il est resté à San Francisco avec sa troisième femme. Contrairement aux autres psychanalystes, il ne s’est jamais conformé à la psychologie du Moi enracinée en Amérique du Nord. Peut-être la nostalgie de ses origines, combinée à une grande curiosité intellectuelle, a-t-elle fait de lui l’un des plus importants biographes de Freud. Ses articles sur le sujet ont clairement été repris par Ernest Jones, qu’Anna Freud considérait comme le biographe officiel de son père. Il a laissé des essais intéressants dans lesquels il mélangeait les principes de la psychanalyse et de l’éducation sociale. Son travail sur la psychologie des adolescents est également remarquable. Il a fondé la première société psychanalytique de San Francisco. Beaucoup se souviennent de lui comme d’un consommateur compulsif de tabac, d’un amoureux des femmes et d’un psychanalyste honnête.

Qu’est-ce qu’un diagnostic systémique ?

La terminologie est importante, et il y a actuellement un manque de cohérence entre ce qu’est un diagnostic systémique et ce qu’il devrait comporter. Cela a conduit à une prolifération d’approches différentes et parfois concurrentes. Tout d’abord, il existe différentes interprétations de la portée d’un diagnostic. Pour certains, un diagnostic fait référence à une description des symptômes, que ce soit sous la forme d’une description narrative tels que des examens de la performance du secteur ou des rapports qui portent uniquement sur les orientations des politiques sectorielles ou de la collecte de statistiques. D’autres ont recours à une analogie avec l’usage de ce terme dans le domaine médical pour définir un diagnostic comme une étude plus approfondie soit le processus permettant de déterminer quelle est la cause sous-jacente aux symptômes observés. Nous partageons cette conception, à savoir que les diagnostics qu’ils soient au niveau systémique ou utilisés au sein d’un système doivent porter sur les causes. Ceci permet de différencier les outils de diagnostic des évaluations du secteur de l’éducation ou des outils analytiques descriptifs. Ensuite, il existe différentes utilisations du terme système. Pour certains, le terme est synonyme de secteur. Nous (et d’autres) employons le terme dans un sens plus technique, définissant un système comme un ensemble d’éléments exerçant certaines fonctions collectives. Appliqué à l’éducation, cela signifie que la réalisation des résultats d’apprentissage repose sur les contributions de nombreux acteurs : élèves, enseignants, parents, communautés locales, administrateurs scolaires et fonctionnaires des ministères, entre autres.

Aucun acteur ou intervenant ne peut à lui seul avoir une incidence sur les résultats d’apprentissage, car ce résultat dépend de la façon dont les acteurs de ce système interagissent les uns avec les autres. Nous définissons donc le diagnostic systémique comme un examen holistique des intrants et des ressources d’un système (infrastructure, livres, manuels, information, finances), des relations au sein du système (acteurs et institutions), des fonctions du système en théorie et en pratique et des politiques et boucles de rétroaction au sein du système. Une troisième différence concerne l’utilisation d’un diagnostic. S’il est important de comprendre un système tel qu’il est, cela n’est pas suffisant pour orienter les acteurs soucieux de faire évoluer les résultats en matière d’éducation. Un diagnostic doit fournir l’information nécessaire pour déterminer comment améliorer le système. Ainsi, un diagnostic ne peut pas être simplement une explication des causes profondes des symptômes identifiés. Il doit également présenter des solutions possibles pour y remédier par la prise de décisions informées, l’établissement de priorités ciblées et, surtout, par une action collective.

L’objectif d’un diagnostic du système est d’introduire un nouvel état d’esprit et de combler l’écart entre l’analyse du secteur de l’éducation, les orientations politiques et la réalité de leur mise en œuvre. Nous souhaitons faire en sorte que le diagnostic systémique établisse un lien entre la compréhension de ce qui est faisable (sur le plan politique, compte tenu de la capacité de chaque pays) en fonction des données probantes les plus fiables qui sont disponibles pour permettre aux autorités nationales de faire des choix et de hiérarchiser les priorités en connaissance de cause. 

Pourquoi un diagnostic systémique pourrait-il être utile ?

Notre hypothèse de départ était qu’une meilleure compréhension du système conduirait à une mise en œuvre de politiques plus adaptées au contexte, qui soient politiquement réalisables et institutionnellement possible, fondées sur des données probantes les plus fiables disponibles pour la formulation de programmes de réforme, des plans, stratégies et autres actions dans le secteur de l’éducation, qui pourraient avoir un impact pour tous les enfants, à une grande échelle. Bien qu’un rapport ait identifié des outils de diagnostic systémique dans d’autres secteurs, aucun de ceux-ci n’avait fait l’objet d’un suivi pour y relever des changements de comportement et d’attitude, ce qui ne nous a donc pas permis de tirer des enseignements de l’utilisation de ces outils dans d’autres secteurs.