Les textes des Pyramides, confirmant le caractère sacré que les anciens Egyptiens associaient au Nil, qui a toujours été la source de la vie, disent : “La voici, l’eau de la vie qui est dans le ciel. La voici, l’eau de la vie qui se trouve dans la terre. Le ciel brûle pour vous, la terre craint la naissance du dieu. Les deux collines se confondent, le dieu se manifeste, le dieu se déploie dans son corps”.

Le haut barrage d’Assouan, aussi appelé barrage d’Assouan, en arabe السد العالي, translittéré en as-Sad al-‘Aly, est un barrage hydroélectrique construit entre 1960 et 1970, à sept kilomètres en amont de l’ancien barrage d’Assouan, et environ dix kilomètres de la ville d’Assouan, sur le Nil en Haute-Égypte.

L’idée pour laquelle le barrage assouan Égypte a été construit

Symbole de prospérité, identifié au dieu Hapi, le sol est extrêmement fertile grâce à ses inondations périodiques qui laissent chaque année sur le sol une couche de limon précieux, un sédiment de nutriments et de minéraux. Cependant, les périodes de sécheresse grave ou d’inondations dévastatrices alternent avec les inondations.

Cela a obligé le peuple égyptien à construire un barrage pour contrôler les inondations, situé juste au sud d’Assouan, une ville sur la rive est du Nil. Achevé en 1902 et rehaussé en deux phases successives en 1912 et 1934, il ne suffit cependant pas pour obtenir un contrôle adéquat du fleuve. Au lieu de relever le barrage pour la troisième fois, il a été décidé d’en construire un nouveau et plus grand : avec l’aide du capital soviétique, les travaux de construction du barrage assouan Égypte ont commencé en 1960. Long de 3600 mètres, large de 980 mètres à la base, de 40 mètres au sommet et haut de 111 mètres, ce barrage aux proportions imposantes a permis de contrôler l’eau du plus long fleuve du monde, permettant de maintenir un débit d’eau constant tout au long de l’année.

Quand le barrage assouan Égypte à été construit ?

Après le début des travaux le 9 janvier 1960, le barrage assouan Égypte a été achevé le 21 juillet 1970 et officiellement inauguré le 15 janvier 1971. Les dommages causés par la sécheresse et les inondations ruineuses du Nil ont ainsi été atténués, avec le bénéfice d’une irrigation régulière des terres arables, qui a augmenté de 20 à 30 %. L’irrigation constante répartie sur toute l’année permet des récoltes plus abondantes, notamment de coton, un produit d’exportation précieux. De plus, l’eau qui coule à travers le barrage produit de l’énergie hydroélectrique grâce à la construction d’une centrale électrique à côté du gigantesque ouvrage d’ingénierie. En plus d’utiliser une énergie propre et donc non polluante, elle a permis à l’Égypte de couvrir plus de la moitié de ses besoins en électricité. Pendant la saison des pluies, le barrage retient les eaux du Nil qui, au fil du temps, ont formé un réservoir artificiel de plus de 500 kilomètres de long, le lac Nasser, du nom du président égyptien Gamal Abd el Nasser.

Les inconvénients de la construction du barrage assouan Égypte

Les tentatives de l’homme pour contrôler la nature entraînent cependant non seulement des avantages mais aussi de graves complications : la naissance de ce lac oblige 90 000 personnes à quitter la zone submergée et de nombreux sites archéologiques, dont Abou Simbel et de nombreux autres temples de Nubie, sont déplacés vers des lieux plus sûrs avec l’intervention de l’UNESCO, pour les sauver des inondations causées par le barrage. Certaines œuvres sont ensuite données par l’Égypte aux pays participant à ce travail de sauvetage. L’Italie reçoit en cadeau le temple rupestre d’Ellesija qui est conservé au Musée égyptien de Turin.

La construction du barrage assouan Égypte et de réservoirs peut entraîner un déséquilibre, voire des dommages irréparables à l’écosystème. Le limon fertile ne peut pas être déposé sur les terres le long de la rivière car il est retenu par le barrage, ce qui oblige les agriculteurs à utiliser davantage d’engrais chimiques. Inévitablement, la pollution des aquifères de la basse vallée et du delta qui en résulte entraîne la disparition de certaines espèces de poissons, une ressource importante pour les populations locales, qui voient la productivité de l’activité de pêche diminuer. La salinité de l’eau a augmenté à mesure que l’eau salée de la Méditerranée a progressé le long du fleuve, ce qui a entraîné la migration d’espèces marines à l’intérieur de celui-ci. Dans les champs proches du fleuve, il y a eu une stagnation de l’eau, ce qui provoque la prolifération de champignons pathogènes, faisant des rives du lac Nasser un environnement idéal pour la propagation des moustiques qui transmettent des maladies comme la malaria.

Plus qu’un exploit technique, une révolution hydraulique

En termes hydrauliques, la différence fondamentale entre l’avant et l’après-Assouan, c’est la capacité du stockage du pays : 4 milliards de mètres cubes d’eau avant 1964 et 165 milliards depuis. Cela impliquait automatiquement deux transformations d’une importance capitale : la fin des cycles de crues parfois catastrophiques qui alors emportaient presque tout et endeuillaient plusieurs milliers de familles. Plus fréquentes, les crues trop faibles réduisaient à presque rien les récoltes et provoquaient des situations dramatiques. Par ailleurs, en augmentant la capacité de stockage, les responsables égyptiens se sont donné, enfin, les moyens techniques de gérer, au mètre cube près, la réserve des eaux du Nil, et ce en amont de l’ensemble du système hydraulique. En 1964, le Nil, certes toujours majestueux, a cessé d’être le fleuve capricieux et arrogant pour devenir un grand canal dont le débit est désormais déconnecté du rythme naturel régi par les précipitations sur ses sources. Il s’agit là d’une véritable révolution hydraulique dont les échos ont résonné, et résonnent peut-être encore à une échelle internationale.

L’année même de sa mise en eau, en 1964, le haut barrage a bloqué derrière les frontières sud du pays une des crues les plus fortes du siècle, qui aurait pu provoquer des dégâts considérables. Il l’a transformée en une colossale réserve pour les années qui allaient suivre. Entre 1984 et 1988, alors que le Soudan et d’autres pays du Sahel africain vivaient la période de sécheresse la plus longue et la plus catastrophique de cette dernière moitié du siècle, la digue du barrage a constitué une véritable barrière de protection contre l’aridité, évitant au pays une situation qui aurait été fort difficile. Du reste, rares furent les Égyptiens qui entendirent parler de la sécheresse au Soudan et de ses conséquences, qui furent pourtant véritablement dramatiques, comme si l’Égypte ne faisait plus partie de l’espace saharien. La crue de 1996, qui fut une crue exceptionnelle et a dépassé les 130 milliards de mètres cubes d’eau, aurait été inévitablement catastrophique si le haut barrage n’avait pas existé. Pour l’Égyptien moyen, comme pour les responsables, l’information qui a le plus de poids, aujourd’hui, n’est pas tant la hauteur de la crue que le niveau de l’eau dans le lac Nasser.

La réponse à des changements géopolitiques dans la vallée du Nil qui marquèrent l’échec d’une grande « hydropolitique » égyptienne

Cette réalisation-révolution qu’a été la construction du haut barrage d’Assouan n’est pas une simple invention d’ingénieurs en mal de notoriété ou de décideurs despotiques : le plan a été dessiné par Daninos, ingénieur égyptien, en 1945 et la décision de construire le barrage a été prise par les « officiers libres », auteurs dela révolution de 1952. Mais il faut se rappeler qu’auparavant les ingénieurs et hommes politiques égyptiens, soucieux d’éviter une frontière artificielle au travers de la vallée du Nil, pensaient à une politique hydraulique qui aurait permis la construction d’infrastructures de stockage de la crue beaucoup plus en amont, vers les sources du fleuve, en Éthiopie, au Soudan et en Ouganda. N’oublions pas que le promoteur de l’Égypte moderne, Méhémet Ali, avait entrepris dès 1820 la conquête du Soudan. En 1881 y éclata un énorme soulèvement aux causes très complexes qu’aujourd’hui l’on appellerait islamiste, celui des mahdistes. En 1889, le Soudan devint anglo-égyptien, car ce furent des troupes britanniques (l’armée des Indes) qui avaient repoussé les mahdistes et assuré la reconquête.

L’idée d’un haut barrage à Assouan était tout à fait contraire au projet géopolitique de contrôle de l’amont de la vallée du Nil. Sa construction a en fait signifié la fin de l’impérialisme hydropolitique égyptien. Présenté comme une nouvelle source de fierté, dans la lignée des grands chantiers pharaoniques, le haut barrage a été en réalité le signe d’une grande déception du Caire, celle provoquée par l’indépendance du Soudan en 1956 et sa séparation d’avec l’Égypte. Celle-ci devait donc désormais se limiter au segment de la vallée qui s’étend de la Méditerranée à la Nubie. C’est donc une véritable « amputation » hydroterritoriale qui est à l’origine d’une nouvelle stratégie hydropolitique élaborée presque à la frontière sud de l’Égypte pour rendre possible le stockage pluriannuel de la crue, ce que seul un très grand barrage pouvait permettre.